La directrice générale de La Maison de Marthe, Rose Dufour, constate quotidiennemment les ravages de la prostitution.

La Maison de Marthe à la croisée des chemins

La Maison de Marthe, un organisme unique au Québec qui aide les femmes à sortir du milieu de la prostitution, compte déménager d'ici peu dans un édifice plus grand. La directrice générale Rose Dufour jongle avec deux options : demeurer dans le quartier Saint-Sauveur ou s'établir en haute-ville, l'argent demeurant évidemment le nerf de la guerre.
En entrevue au Soleil, Mme Dufour explique que La Maison de Marthe est à la croisée des chemins. Confrontée à des besoins grandissants et à des employées forcées de travailler dans des conditions de plus en plus difficiles, l'organisation doit plier bagage «le plus tôt possible».
«Je ne veux pas déménager juste pour déménager, confie-t-elle. Nous accomplissons des efforts souverains pour venir en aide à toutes les femmes qui demandent de l'aide. Mes trois intervenantes en sont réduites, faute d'espace, à les rencontrer dans les corridors, au mépris de la confidentialité et de l'anonymat. Il arrive que je leur laisse mon bureau. C'est une situation devenue insupportable.»
Deux hypothèses sont envisagées : un déménagement dans une résidence du même quartier, un endroit «quasi parfait», capable de répondre sur-le-champ aux nouvelles exigences de l'organisme; ou un déplacement en haute-ville, dans une demeure qui nécessiterait toutefois des «rénovations majeures».
«Une vision d'envergure»
Il y a aussi que Mme Dufour, une doctorante en anthropologie devenue une sommité dans l'étude du monde de la prostitution, nourrit de grands rêves pour La Maison de Marthe, fondée il y a huit ans. Les appels de femmes de l'extérieur de la capitale se multiplient. «Nous avons une vision d'envergure. Nous sommes devenus un centre de référence pour l'ensemble de la province.»
Ne pouvant compter sur aucune subvention, l'organisme doit se rabattre sur la contribution de donateurs privés, de commanditaires et de communautés religieuses. Le gouvernement Harper, qui a mis l'accent sur la lutte à la prostitution avec le projet de loi C-36 - «un grand pas en avant» - a bien débloqué une enveloppe de 20 millions $ pour l'ensemble du Canada, mais c'est «très peu, trop peu» pour répondre aux besoins de tous les organismes comme le sien, déplore Mme Dufour.
Pourtant, les besoins sont là, de plus en plus criants. «Cette année, 64 femmes sont entrées en contact avec nous, ce qui est beaucoup. Depuis cinq ans, on constate aussi un rajeunissement de la clientèle. Comme si les jeunes avaient succombé au discours de l'industrie du sexe voulant que la prostitution, c'est cool, c'est la liberté. Elles déchantent assez rapidement...»
Mme Dufour est aux premières loges pour constater les ravages de la prostitution. Pauvreté, toxicomanie, obligation de subvenir seules aux besoins d'une famille, autant d'éléments qui poussent des femmes à vendre leur corps.
«C'est un parcours de misère et de difficultés. Une femme qui cesse de se prostituer, ça ne veut pas dire qu'elle a quitté la prostitution. Il faut ensuite sortir la prostitution d'elle-même. Il y a toute son estime à reconstruire pour qu'elle arrive à redevenir une citoyenne à part entière.»