À compter du 9 janvier, la Maison Dauphine pourra héberger des jeunes - et leurs chiens - lors des nuits de grand froid, un service jugé nécessaire par l'organisme en raison du nombre grandissant d'itinérants de moins de 30 ans à Québec. 

La Maison Dauphine, un refuge de nuit pour les jeunes de la rue

À compter du mois prochain, les jeunes de la rue auront accès à un hébergement d'urgence à la Maison Dauphine, lors des nuits de grand froid. Sept ou huit d'entre eux pourront y être accueillis en compagnie de leur animal de compagnie, le temps de dormir quelques heures et de se mettre quelque chose sous la dent.
En entrevue au Soleil, le directeur général de l'organisme de la rue D'Auteuil, Ken Risdon, explique que ce service de première ligne s'imposait au regard du nombre de jeunes itinérants de 18 à 29 ans qui ne peuvent être hébergés la nuit au Squat Basse-Ville, un endroit qui accepte seulement les mineurs.
Si L'Auberivière et L'Armée du salut peuvent s'avérer des ressources appropriées dans les circonstances, c'est faire abstraction du rejet épidermique des jeunes pour ces refuges traditionnels. «Les jeunes ne s'identifient pas à la clientèle de ces endroits. Ce n'est pas leur monde, les gens y sont trop âgés. Ils vont préférer dormir dehors», souligne M. Risdon.
Le Réchaud, un petit local de L'Auberivière ouvert l'hiver dernier, est une ressource susceptible de les dépanner lorsque le mercure chute dramatiquement durant la nuit, mais les bénéficiaires ne peuvent que s'y réchauffer et prendre un café.
À plusieurs reprises, en arrivant tôt le matin au travail, Ken Risdon a vu des jeunes qui avaient passé la nuit devant la porte de la Dauphine. D'où l'idée de leur offrir le gîte à même l'édifice du Vieux-Québec, à compter du 9 janvier.
«On a des locaux disponibles et ils sont chauffés. On s'est dit qu'on pourrait les accueillir pour la nuit. On leur offre une douche, une soupe et un déjeuner le lendemain.» Deux intervenants seront embauchés pour offrir des services et assurer la surveillance.
Animaux de compagnie acceptés
Et, facteur d'attraction non négligeable, les animaux de compagnie seront acceptés, contrairement aux règlements en vigueur dans les autres refuges. «Très souvent, ces jeunes ont un chien. C'est leur compagnon et aussi leur protecteur.»
À cet égard, la Maison Dauphine compte maintenant sur une intervenante formée en comportement canin, histoire d'apprendre au jeune à offrir les soins de base à son animal et réduire ses comportements dangereux. «On veut prendre les devants et faire de l'éducation», mentionne M. Risdon, en faisant référence aux histoires dramatiques de chiens agressifs qui ont fait la manchette ces derniers mois.
La facture de ce projet d'hébergement nocturne s'élève à environ 30 000 $, assumée par la Fondation de la Maison Dauphine. 
Refuge permanent
À plus long terme, l'organisme caresse l'idée d'un hébergement permanent capable d'accueillir une douzaine de jeunes itinérants. Un endroit ouvert sept jours sur sept, à longueur d'année, calqué sur le modèle du Bunker, à Montréal. Les jeunes ne pourraient y séjourner que cinq jours au maximum, le temps d'être dirigés vers d'autres ressources.
La direction de la Maison Dauphine lorgne la basse ville, mentionne M. Risdon. «Il y a plus de besoins dans ce secteur. Ça nous permettrait aussi de rejoindre les jeunes de Vanier et de Charlesbourg.»
Outre la contribution de sa fondation, la Maison Dauphine compte sur une éventuelle aide du gouvernement fédéral pour mener à bien ce projet. Des approches ont été faites auprès du député Jean-Yves Duclos, également ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social.
Projet de graffitis virtuels
Dans un souci de réduire les méfaits causés par les graffiteurs dans l'espace public, la Maison Dauphine peaufine un projet où les jeunes donneraient libre cours à leur passion, mais dans un monde virtuel. «C'est un peu flyé», admet M. Risdon au sujet de ce concept de peinture en réalité virtuelle. Au lieu de dessiner sur les murs, le jeune artiste en herbe, équipé de lunettes, serait appelé à faire étalage de son talent dans un univers numérique baptisé «Tilt Brush». «On a des problèmes de graffitis à Québec, alors je crois que ce serait une façon de réduire les méfaits.» Puisque les graffiteurs jouent, règle générale, de la bonbonne pour obtenir de la visibilité, M. Risdon imagine une projection des oeuvres sur les murs de différents édifices de la ville, voire une exposition au Musée de la civilisation. Pour le moment, la Fondation de la Maison Dauphine supporte financièrement le projet, mais l'organisme souhaite obtenir l'appui d'entreprises de technologie numérique.