Le maire de Québec Régis Labeaume a présenté mercredi le nouveau projet-pilote en vue de la collecte de résidus alimentaires par tri optique.
Le maire de Québec Régis Labeaume a présenté mercredi le nouveau projet-pilote en vue de la collecte de résidus alimentaires par tri optique.

La longue route vers le compostage à Québec

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
La route vers le compostage à Québec aura été longue. L’attente tire à sa fin : le maire l’a promis mercredi avec son nouveau projet pilote, et l’usine de biométhanisation qui doit être livrée en 2022. Retour sur un parcours semé d’embûches.  

Le compostage dans la Ville de Québec ne s’est pas avéré simple. Il faut dire que l’administration Labeaume s’était engagée dans la collecte des déchets de table et des matières putrescibles une première fois en 2010. Dix ans plus tard, nous y voilà.  

«Le temps passe vite, ça prend du temps entre le moment d’une décision politique et le moment où le projet et l’infrastructure imaginée apparaissent. [L’usine de biométhanisation], c’est le genre d’infrastructure collective absolument nécessaire pour changer nos façons de faire. Faut arrêter de tergiverser quand c’est le temps de prendre des décisions», indique Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale (CRE).  

Reculons en 2013, un temps bien loin de cette COVID-19. La Ville de Québec annonçait alors mettre fin à son premier projet-pilote de compost, une question d’économie. Ladite usine devait alors être prête pour 2016, il y a eu des retards là aussi.  

Ce projet-pilote visait pourtant 3800 résidences, leurs restes de table allaient directement dans un bac brun.  

«Si c’est long pour les projets avec des infrastructures connues, la biométhanisation en Amérique du Nord… il n’y en avait pas! Il y en a encore très peu. C’est un apprentissage pour les villes et pour les firmes d’ingénieurs professionnels. On doit apprendre en alimentant le marché. Ce n’est pas simple comme nouvelle technologie, mais elle est nécessaire, surtout pour une ville comme Québec», estime M. Turgeon.  

Pour économiser les coûts de transport et pour éviter des voyages supplémentaires (qui allaient davantage polluer), l’usine apparaît comme la meilleure option, croit aussi M. Turgeon, il fallait l’attendre pour tout démarrer.  

«Les ordures vont déjà à l’incinérateur, maintenant, tout va à la même place. Sans usine, il faut trouver des centres de compostage. Au volume de déchets qu’une ville comme Québec produit, ce n’est pas exempt de nuisance», rappelle-t-il.  

Finalement, en 2015, la Ville de Québec a choisi la méthode du tri optique. On place tous les résidus compostables dans un sac à part, qui lui se place aux ordures. Les matières seront séparées par tri optique à l’incinérateur. 

«La psychose du bac brun, elle n’existera plus. Il n’y aura pas de bac supplémentaire», avait lancé le maire Régis Labeaume lors de l’annonce de la technologie retenue en conférence de presse, en octobre 2015. 

Quelque 15 685 tonnes de matières compostables ont été récupérées à Lévis en 2019.

Réflexes et sensibilisation 

Toutefois, Alexandre Turgeon et le CRE juge que la mise en place de la collecte sélective aurait pu se faire progressivement.  

«On aurait aimé que le travail commence quelques années ou deux avant d’être capable de desservir l’ensemble du territoire. Il faut que les gens comprennent ce qu’ils doivent mettre dans ces sacs de compost là, ce qu’on doit arrêter de mettre dans la poubelle. Ce ne sont pas des réflexes. Ça demande un accompagnement et une mise en œuvre en termes de sensibilisation.»  

Maintenant, le contexte de pandémie rend difficile ce travail de sensibilisation. «On voit mal des personnes entrer dans les maisons pour voir si les déchets ont bien été triés dans le contexte. Ce n’est pas comme si tout le monde faisait bien leur devoir. Ce serait trop simple.»  

L’idée faisait partie des recommandations du Conseil régional de l’environnement. Malgré la sensibilisation tardive, Alexandre Turgeon se réjouit de voir le projet en marche.  

Pendant ce temps, la construction de l’usine de biométhanisation, un projet de 190 millions$, avance dans la zone industrielle du quartier Maizerets-Limoilou. Le centre de biométhanisation de Québec commencera à traiter les rejets des traitements des eaux usées (biosolides) à partir de l’an prochain et les restes de table en 2022. L’usine sera en mesure de recevoir chaque année 86 000 tonnes de résidus alimentaires et 96 000 tonnes de biosolides. 

Entre temps, les citoyens, inscrits au projet pilote ou non, peuvent commencer à s’informer sur le triage des déchets, afin d’être prêts à «bien composter» en même temps que la mise en marche de la collecte de déchets de table et des matières putrescibles.  

Nouveau souffle  

Quelque 1000 citoyens sont recherchés pour tester les fameux sacs de compost. On doit y déposer les éléments dédiés au compost, puis déposer ce sac dans les ordures.   

LIRE AUSSI: Collecte des résidus alimentaires: un projet pilote pour tester les sacs   

Biométhanisation à Québec: fini la «psychose du bac brun»

Québec est la seule grande ville à ne pas intégrer la gestion des déchets alimentaires à ses citoyens, avec Saguenay. Montréal et Lévis sont de celles ayant acquis une bonne expérience.  

À titre d’exemple, 15 685 tonnes de matières compostables ont été récupérées à Lévis en 2019. Ces matières ont permis de produire environ 12 millions de litres de compost.  

La Ville a aussi présenté son «objectif ambitieux» la semaine dernière, elle souhaite valoriser 82 % de ses déchets en 2028.