André Doucet dans son uniforme «de travail». Le besoin vital de venir en aide à son prochain est le moteur de l'existence du professeur retraité.

La longue route du «pèlerin quêteux»

André Doucet n'est pas quelqu'un qui aime rester assis longtemps. Au fauteuil moelleux et au bon vieux pouf, il préfère ses souliers de marche. Après avoir fait deux fois le célèbre pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, à la fin des années 90, l'ex-enseignant s'est dit que tant qu'à battre la semelle sur les routes pour le plaisir, autant le faire pour une bonne cause.
C'est ainsi que depuis une quinzaine d'années, chaque automne, beau temps mauvais temps, celui qu'on a baptisé le «pèlerin quêteux» a franchi près de 30 000 km d'un bout à l'autre du Québec, recueillant au passage 1,2 million $ pour diverses oeuvres caritatives. «Au lieu de marcher pour mon simple plaisir, je me suis dit que je pourrais marcher pour les autres. C'est aussi fou que ça, mais c'est une belle folie», lance-t-il, un grand sourire accroché au visage.
Depuis quelques années, l'homme de 74 ans met un pied devant l'autre pour soutenir les centres de soins palliatifs, comme la Maison Michel-Sarrazin ou la Maison Catherine-de-Longpré. L'aide médicale à mourir, très peu pour cet ancien professeur d'enseignement moral et religieux. Il préfère la mort «dans la dignité».
Pour les besoins de la visite du Soleil, M. Doucet avait revêtu son uniforme «de travail». Une toge en jute, un chapeau couvert d'épinglettes, un pendentif en coquillage, symbole de Compostelle, sans oublier son précieux bâton de pèlerin, l'un des 116 exemplaires qui l'ont conduit par-delà les grands chemins et qui a été signé par tous les gens croisés sur sa route.
Il en a gardé quelques-uns, mais la plupart ont été laissés ici et là, dans un centre communautaire ou un centre pour personnes âgées, où il s'est arrêté pour pousser la chansonnette, raconter des histoires et égayer les vieillards esseulés. «J'aime ça créer des p'tits bonheurs.»
Humaniste dans l'âme 
Dans son appartement du chemin Sainte-Foy baigné de musique classique, en ce petit matin de froidure, le septuagénaire parle avec enthousiasme du moteur de son existence, l'altruisme, ce besoin vital qu'il éprouve de venir en aide à son prochain. À la suite de la tragédie de la Grande Mosquée, il croit que c'est plus que jamais une nécessité.
«Je suis un humaniste dans l'âme. On n'est pas fait pour se refermer sur soi-même, mais pour s'ouvrir à l'autre, quelles que soient nos valeurs.»
Un héritage qui lui vient de ses études en théologie à l'Université Laval. Il a failli épouser la prêtrise, mais s'est ravisé vu l'interdiction pour les prêtres d'avoir une femme. Son premier amour, celle qui lui a donné un fils, aujourd'hui médecin, est morte en 1980, à l'âge de 38 ans. Il s'est occupé seul de son enfant, qui avait alors un an et demi. 
Malgré ce triste épisode, le septuagénaire n'a jamais perdu confiance en l'existence, continuant à faire preuve d'un optimisme à tout crin. Au fond de lui, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau, il a toujours cru en la bonté innée de l'homme. «Je n'ai jamais connu une seule expérience négative pendant mes voyages, jamais.»
Opération
Pour les prochains mois, André Doucet n'aura pas le choix de se tenir tranquille. Une opération à la hanche est au programme, lui qui éprouve du mal à se déplacer. «Le docteur me dit que je vais pouvoir continuer après. Il n'y a rien qui va m'arrêter.»
Après la chirurgie, il compte aller s'installer à Saint-Georges-de-Beauce chez sa nouvelle conjointe de 75 ans, «une maudite belle femme», ex-professeur de mathématiques, «qui a toujours cru en mes projets». «Je pense continuer [à marcher] si ma santé est bonne. Je suis content de ma vie. Je partirais demain matin que je serais heureux...», termine-t-il.