Une vigile regroupant des milliers de personnes avait eu lieu le 30 janvier 2017, au lendemain de la tuerie qui a fait six morts à la Grande Mosquée de Québec.

La journée contre l'islamophobie divise l'Assemblée nationale

Le PQ et la CAQ refusent que le 29 janvier, jour de commémoration de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec, se transforme en journée nationale contre l’islamophobie. Le gouvernement du Parti libéral ne ferme pas la porte à l’idée, tandis que Québec solidaire l’appuie.

Cette demande, formulée la semaine dernière par le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), rend inconfortable la moitié des partis représentés à l’Assemblée nationale, surtout en raison du mot islamophobie, a appris Le Soleil.

«La CAQ n’entend pas soutenir cette demande. Nous croyons que la journée du 29 janvier devrait être consacrée à commémorer la mémoire des victimes de cette terrible tragédie. Il s’agit du geste intolérable d’une seule personne et non pas celui d’une société entière. Les Québécois sont ouverts et accueillants, ils ne sont pas islamophobes», a indiqué le parti dans une déclaration envoyée par courriel.

La CAQ n’a pas souhaité accorder d’entrevue pour expliquer sa position à ce sujet, se limitant à cette déclaration.

Bruno-Pierre Cyr, attaché de presse du chef du PQ Jean-François Lisée, soutient qu’il existe déjà une Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Elle a lieu le 21 mars et est soulignée au Québec par la Commission des droits de la personne. Le PQ souhaite qu’on s’en tienne à cette journée.

«Le Parti Québécois choisit ne pas utiliser le terme “islamophobie” qui fait l’objet d’une controverse permanente, et lui préfère l’expression “sentiment anti-musulman”», ajoute M. Cyr. 

Bien sûr, le PQ souhaite que la tragédie de Québec soit commémorée toutes les années, comme les attentats islamistes contre Charlie Hebdo le sont en France. «Les victimes de ces attentats, tout comme ceux de la mosquée de Québec, méritent une commémoration entière, sans récupération politique», croit M. Cyr. 

En analyse

Charles Robert, responsable des relations médias au cabinet du premier ministre Couillard, croit quant à lui qu’il est «fondamental que l’événement soit commémoré» et que le gouvernement «aborde tout ça avec beaucoup de sérieux». 

Sans dire qu’il endosse la proposition de créer la journée nationale contre l’islamophobie, le gouvernement se montre ouvert. «Tout ça est en analyse chez nous.» Chose certaine, il faut que cette tragédie «soit bien inscrite dans la mémoire collective», indique M. Robert. 

Renaud Poirier-Saint-Pierre, attaché de presse de Québec solidaire, a indiqué que son parti était d’accord avec la création d’une telle journée, sans donner davantage d’explications. 

C’est dans une lettre envoyée le vendredi 5 janvier au gouvernement de Justin Trudeau que le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) a demandé la création d’une Journée nationale de commémoration et d’action contre l’islamophobie. Cette lettre a été endossée par quelque 70 organisations musulmanes de partout au pays, y compris le Centre culturel islamique de Québec. 

Une trentaine d’organisations communautaires, comme Amnistie internationale, appuient également la demande. 

Le gouvernement fédéral a dit «prendre acte» de la demande, mais n’a pas encore décidé s’il y donnerait suite. 

La Ville de Québec et le Centre culturel islamique de Québec ont annoncé en décembre la tenue d’activités de commémoration «sobres» pour souligner le premier anniversaire de l’attentat à la Grande Mosquée, qui a fait six morts et plusieurs blessés. Des cérémonies auront lieu les 26 et 28 janvier, tandis qu’une soirée de recueillement aura lieu devant la Grande Mosquée le 29 janvier.