L’objectif premier de la manifestation était de réclamer une intervention directe du premier ministre du Québec afin de sauvegarder le paysage de Saint-Adolphe-d’Howard.

La grogne à l’endroit d’Hydro-Québec se fait sentir à Montréal

MONTRÉAL — Des partisans de l’enfouissement partiel d’une ligne d’Hydro-Québec à Saint-Adolphe-d’Howard ont décidé de converger vers le siège social de la société d’État, à Montréal, dimanche après-midi.

Ils ont choisi d’y tenir une manifestation dont l’objectif premier est de réclamer une intervention directe du premier ministre du Québec afin de sauvegarder le paysage de cette municipalité des Laurentides.

Pour inciter Philippe Couillard à bouger, les protestataires ont voulu lui rappeler qu’il se doit de faire preuve de cohérence en adoptant la même position d’un endroit à l’autre.

Par le passé, M. Couillard s’était montré ouvert à l’enfouissement de la ligne qui doit traverser la zone de forêt protégée du mont Hereford.

Selon l’ancienne mairesse de Saint-Adolphe-d’Howard, Lisette Lapointe, les participants à la manifestation ont souhaité lui dire haut et fort que «les paysages touristiques des Laurentides sont aussi importants que ceux de l’Estrie».

D’après Mme Lapointe, il y aurait «une discrimination claire et nette» si le même traitement n’était pas accordé aux deux régions, une assertion qui est battue en brèche par Hydro-Québec.

En entrevue avec La Presse canadienne à l’approche de la tenue du rassemblement, cette ex-élue a mentionné que si l’option de la ligne aérienne est retenue à Saint-Adolphe-d’Howard, «le patrimoine paysager va y être détruit».

Pour éviter que ce scénario ne se concrétise, les détracteurs du projet entendent vraiment faire des pieds et des mains.

Alors qu’elle s’exprimait en leur nom, Lisette Lapointe a lancé un message reflétant bien leur ferme volonté d’agir.

«On n’abandonnera pas. Même sur le plan juridique, il y aura des développements très, très rapidement», a-t-elle promis en s’abstenant de fournir plus de détails pour l’instant.

«On va demander au premier ministre de ne pas ignorer la volonté des citoyens», a-t-elle martelé.

Sarah Perreault, qui appartient au comité aviseur (sic) de la municipalité de Saint-Adolphe-d’Howard, a également interpellé Philippe Couillard lorsqu’elle a été à son tour interviewée par La Presse canadienne.

«Je pense qu’il est encore temps pour lui d’intervenir dans ce dossier-là, de stopper le déboisement et d’envisager l’enfouissement partiel», a-t-elle indiqué.

Mme Perreault a ajouté que M. Couillard a justifié sa prise de position dans le dossier du mont Hereford en invoquant notamment le fait qu’une ligne aérienne jouirait d’une moins forte acceptabilité sociale.

Or, selon elle, ce même argument pourrait s’appliquer dans le cas de Saint-Adolphe-d’Howard.

«C’est clair, à mon avis, qu’Hydro-Québec n’est pas capable dans cette municipalité-là, en maintenant la ligne aérienne, d’en arriver à des impacts acceptables [pour les citoyens]», a-t-elle soutenu.

D’après Sarah Perreault, le premier ministre doit absolument s’apercevoir que «l’économie locale repose sur la qualité des paysages».

Toute une ardoise pour les consommateurs d’ici

De son côté, la conseillère aux affaires publiques et aux relations avec les médias chez Hydro-Québec, Geneviève Chouinard, a fait valoir que pour que le décor de Saint-Adolphe-d’Howard demeure intact, il faudrait que la société d’État refile une facture drôlement salée à ses clients.

Mme Chouinard a affirmé que pour enfouir la portion de la ligne devant être aménagée dans cette municipalité, une somme d’environ 60 millions de dollars devrait être déboursée.

Le hic c’est que si un tel montant était investi à cet endroit, une boîte de Pandore serait vraisemblablement ouverte par la même occasion.

«Si Hydro-Québec offre l’enfouissement à Saint-Adolphe-d’Howard, lorsqu’on le demandera ailleurs dans la province, il faudra également être en mesure de le faire», a expliqué Geneviève Chouinard.

Elle a poursuivi sur sa lancée en laissant entendre qu’il n’y a pas lieu d’établir un parallèle entre ce qui est prévu dans cette municipalité des Laurentides et ce qui est envisagé du côté du mont Hereford.

Elle a souligné que dans ce deuxième cas de figure, comme la ligne se prolongerait sur le territoire des États-Unis, les frais associés à l’enfouissement ne seraient pas assumés par les clients québécois de la société d’État.

S’il faut en croire Mme Chouinard, ces coûts seraient plutôt épongés grâce aux «revenus d’exportation».

Après avoir remis en question la corrélation ayant souvent été établie entre les situations prévalant en Estrie et dans les Laurentides, Geneviève Chouinard a fermé la porte à un éventuel changement de cap dans ce dernier dossier.

«Ce projet-là, Hydro-Québec l’a déjà retardé de deux ans. La mise en service de la ligne [devant notamment empiéter sur le territoire de Saint-Adolphe-d’Howard] a déjà été repoussée alors qu’il y a des besoins importants [en énergie] dans les Laurentides en ce moment. Il faut aller de l’avant», a-t-elle conclu, d’un ton péremptoire.

Selon le site internet de la société d’État, dans les municipalités régionales de comté des Pays-d’en-Haut et des Laurentides, les besoins en électricité ont crû de 20 % entre 2004 et 2012 et ils continuent d’augmenter.