Le président de Les avocats et notaires de l'État québécois, Me Jean Denis, estime que ses membres sont «gonflés à bloc» dans leur volonté de faire plier le gouvernement Couillard.

La grève des avocats et notaires de l'État se poursuit

À l'issue d'une assemblée générale extraordinaire, mardi, les avocats et notaires de l'État québécois ont décidé de poursuivre leur débrayage général illimité. C'est dans une proportion de 90 %, après plus de six heures de discussions à huis clos, que les grévistes ont donné le mandat à leur exécutif de poursuivre le bras de fer avec le gouvernement Couillard.
«Le message est clair, c'est d'aller jusqu'au bout même si on n'a plus de fonds de grève. Nous sommes dans une guerre d'usure», a expliqué au Soleil, à l'issue de l'assemblée marathon tenue à l'Hôtel Château Laurier, le président du syndicat Les avocats et notaires de l'État québécois (LANEQ), Me Jean Denis.
À sa neuvième semaine, après 18 séances de négociations et cinq rencontres de médiation, le débrayage des juristes de l'État constitue d'ores et déjà le plus long conflit de l'histoire de la fonction publique québécoise.
«On n'a jamais vu ça, c'est historique [...] Mais si on fait la grève, c'est pour ne plus jamais avoir à la faire», explique le représentant syndical, laissant porter au gouvernement Couillard «l'odieux» de voir ses membres sur le trottoir pour les Fêtes.
Le syndicat est déterminé à poursuivre le débrayage pendant «plusieurs mois» si nécessaire, fort d'un fonds de grève regaillardi par un récent emprunt. «Ça va nous amener encore plus loin pour nuire au gouvernement lors de la prochaine session parlementaire.»
Ovation monstre
En lever de rideau de la réunion, les 545 syndiqués avaient réservé une ovation monstre à leur exécutif syndical, signe d'une détermination à poursuivre le mouvement de grève illimité lancé le 24 octobre. Réunis dans un hôtel montréalais au même moment, 338 grévistes ont assisté à la réunion via vidéoconférence.
«Les gens sont déterminés plus que jamais. Le gouvernement a voulu nous assommer mais, contrairement à ce qu'on aurait pu penser, ça nous a donné du ressort», a indiqué Me Denis avant le début de l'assemblée. Le 12 octobre, les membres de LANEQ avaient voté à 84 % pour la grève.
Le coeur du conflit repose sur la volonté des juristes québécois d'obtenir la parité avec les procureurs de la Couronne. Le gouvernement Couillard propose plutôt un ajustement salarial équivalent à celui des membres de la fonction publique.
«Comme a dit un membre de mon exécutif, ce n'est pas vrai que je ne vaux pas une Couronne, lance Me Denis. On ne descendra jamais en bas de ça, jamais. C'est le bottom line. On a déjà mis beaucoup d'eau dans notre vin. [...] Mes membres sont insultés et trouvent que le gouvernement les traite avec mépris.»
À titre d'exemple, LANEQ avance l'augmentation salariale de 2,5 % sur quatre ans, soit 10 %, obtenue par les procureurs de la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP). «Pour nos membres, ça équivaut à un manque à gagner de 400 000 $ en fin de carrière», estime le représentant syndical, insistant sur la polyvalence des juristes de l'État qui exercent dans tous les domaines du droit, au sein de 17 ministères et de 34 organismes.
Gouvernement intransigeant
Les pourparlers sont au point mort avec le Conseil du trésor. «On a vraiment un gouvernement intransigeant. Je n'ai vu aucun mouvement depuis le début des négociations», déplore le négociateur syndical Luc Bruneau.
Avec la fin de la session parlementaire, le syndicat ne croit pas avoir perdu son pouvoir de négociation. La pression risque de s'accentuer d'ici un mois. «On approche dangereusement de la date butoir du 20 janvier, alors que les projets de loi de l'autre session parlementaire risquent d'être retardés, explique Me Denis. Il y aussi les [quelque 300] projets d'emprunt des municipalités qui vont tomber caducs. Il ne faut pas non plus oublier les avis juridiques donnés par l'ensemble des avocats et notaires du gouvernement, pas loin de 30 000 par année, qu'ils soient écrits ou verbaux.»
Les 1100 membres de LANEQ sont sans contrat de travail depuis mars 2015. Le dernier débrayage remontait à 2011. Les deux dernières négociations se sont terminées par l'imposition d'une loi spéciale.