Lorsqu'ils ont affaire aux employés fédéraux travaillant sur les brise-glaces canadiens, les pilotes du Saint-Laurent jugent que les échanges doivent avoir lieu dans la langue de Molière.

La Garde côtière défend l'efficacité des brise-glaces

Le nombre et l'âge des brise-glaces ne sont pas à blâmer pour le déglaçage laborieux de la voie navigable du Saint-Laurent cet hiver, estime la Garde côtière canadienne.
La Société de développement économique du Saint-Laurent (SODES) a déploré vendredi dans nos pages les retards subis par de nombreux armateurs à la fin décembre et au début janvier en raison des glaces. La présidente, Nicole Trépanier, a aussi déploré l'état de la flotte de brise-glaces, sensibles aux bris en raison de leur grand âge (33 ans en moyenne), et réclamé de nouveaux navires.
Vendredi, la porte-parole de la Garde côtière canadienne à Québec, Nathalie Letendre, a attribué aux conditions climatiques les difficultés éprouvées en début de saison. La glace s'est formée plus tôt qu'à l'habitude et est la plus dense depuis 1993, a-t-elle rappelé. Et si les brise-glaces n'étaient pas là dans les premiers jours, ils ont rapidement été déployés aux endroits les plus problématiques, selon elle. En ce moment, il y en a cinq en opération de Montréal à Gaspé.
Mme Letendre fait la comparaison avec une voiture. Conduire dans une tempête avec un véhicule de l'année ou une vieille voiture ne fait pas de différence, dit-elle, «il faut prendre son temps».
Plan de remplacement réclamé
Pour la présidente de la SODES, il reste que les brise-glaces actuels sont trop souvent en réparation et fonctionnent aux limites de leurs capacités, parfois même en-deça quand flanche un des moteurs. Il suffira d'un hiver plus rigoureux, ce qui arrivera tôt ou tard, pour être franchement débordé, selon Mme Trépanier.
«Ça fait plusieurs années qu'on dit qu'on est chanceux et qu'on va finir par se faire prendre», confirme Simon Mercier, président de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent.
«On ne peut pas se fier sur le réchauffement climatique», renchérit Jean-François Belzile, directeur des opérations de la Fédération maritime du Canada, qui digère mal le début d'hiver chaotique et craint la débâcle du printemps.
L'industrie réclame minimalement un plan de remplacement de la flotte. «En bon père de famille, le gouvernement devrait agir», dit M. Belzile.
Mais si le fédéral a annoncé depuis 2009 des investissements de plus de 6 milliards $ pour renouveler la flotte de la Garde côtière canadienne, seulement 360 millions $ sont affectés directement aux brise-glaces et c'est pour prolonger la durée de vie des navires. Un brise-glace polaire, le plus gros et le plus puissant navire jamais possédé par le Canada, est également en construction. Il sera livré en 2017 et aura coûté 720 millions $.