Chargé de bauxite destinée à Rio Tinto, au Saguenay, le vraquier Rio Tamara s'est retrouvé prisonnier des glaces à la hauteur de la baie Éternité, sur la rivière Saguenay, jeudi midi.

La Garde côtière défaillante

La flotte vieillissante de brise-glaces de la Garde côtière crée des maux de tête aux entreprises québécoises. Vendredi soir, un navire devant livrer une cargaison importante à Rio Tinto était pris dans la glace depuis plus de 24 heures, dans la rivière Saguenay, alors que trois des brise-glaces de la province étaient hors service.
Chargé de bauxite destinée à Rio Tinto, au Saguenay, le vraquier Rio Tamara s'est retrouvé prisonnier des glaces à la hauteur de la baie Éternité, sur la rivière Saguenay, jeudi midi. La situation n'avait pas changé vendredi soir et l'entreprise avait déjà sérieusement pigé dans son inventaire d'urgence en l'absence de sa précieuse cargaison. C'est que la bauxite est le minerai à la base de la production d'aluminium. «C'est très préoccupant et l'on suit la situation de près», a expliqué en fin de soirée, vendredi, la porte-parole de Rio Tinto, Claudine Gagnon.
Le navire de chargement a pourtant demandé l'aide d'un brise-glace de la Garde côtière pour se décoincer dès jeudi. Mais la solution s'est avérée plus difficile que prévu. Un premier brise-glace de la flotte québécoise, le Louis S. St-Laurent, a récemment été mis en cale sèche au chantier maritime Davie, à Lévis, pour des travaux de quelques mois. Or, jeudi et vendredi, deux autres brise-glaces de la province, le Martha L. Black et le Des Groseillers, étaient non opérationnels en raison de problèmes mécaniques, a appris Le Soleil. 
La Garde côtière se serait donc résignée à faire appel à un navire basé dans les provinces de l'Atlantique. Toujours selon les infos du Soleil, le Earl Gray devait arriver tôt samedi matin pour tenter de délivrer le Rio Tamara, après une escale à Cacouna. 
Si le Earl Gray, un brise-glace léger, se révélait incapable de réaliser la tâche, Rio Tinto pourrait devoir ralentir momentanément ses activités, entrainant des pertes économiques évidentes. «C'est la troisième fois en quatre ans que ça arrive», a souligné la porte-parole Claudine Gagnon à propos d'un bateau coincé dans la glace durant une longue période. Un problème, pour une entreprise dont l'approvisionnement ne se fait que par voie maritime. 
«C'est l'industrie qui paie pour le service de déglaçage de la Garde côtière et le service n'est pas au rendez-vous», a pour sa part décrié Mélissa Laliberté, directrice projets et affaires gouvernementales à la Société de développement économique du St-Laurent (SODES). «Le plus incroyable, c'est que ce n'est pas une situation nouvelle. Ça fait des années que l'industrie demande que la flotte soit renouvelée.»
Critiques sur les réseaux sociaux
Les entreprises ne sont d'ailleurs pas les seules à se désoler de la situation. Sur les réseaux sociaux, vendredi, des pilotes du Saint-Laurent et leurs proches n'hésitaient pas à critiquer l'inaction gouvernementale dans le dossier du renouvellement de la flotte de brise-glaces alors qu'un de leurs collègues était coincé à la hauteur de la baie Éternité. «Nous pensons pouvoir affirmer la souveraineté canadienne dans l'Arctique alors que nous n'arrivons même pas à donner un service de brise-glace adéquat sur le Saint-Laurent l'hiver», a déploré l'un d'eux.
«Attends, sois patient! Le John G. Diefenbaker devrait être prêt en 2026 ou 2028...» ironise un autre, faisant référence au brise-glace qui doit être construit à Vancouver par l'entreprise Seaspan, mais qui accuse déjà du retard. «La situation ne s'améliorera pas avec les années et les navires vieillissants. Des navires non opérationnels, il va y en avoir de plus en plus. Il faudra qu'un jour les décideurs sur la colline parlementaire se réveillent», conclut un autre.
Ancien officier responsable du Centre de sauvetage maritime de Québec, Hubert Desgagnés a pour sa part souligné au Soleil que le brise-glace Martha L. Black était le seul de la flotte québécoise équipé pour replacer des bouées durant l'hiver. L'absence de ce type de navire, en cas de besoin, dans le Saint-Laurent, représente un risque accru pour les bateaux qui y circulent, assure-t-il. «Si les bouées ne servaient à rien, on ne perdrait pas notre temps à les mettre», affirme-t-il. La présence de glace complique la lecture des radars, poursuit M. Desgagnés, rendant la présence de bouées, au bon endroit, importante durant l'hiver. 
La situation du vraquier Rio Tamara ayant été portée à l'attention du Soleil en fin d'après-midi, vendredi, nous n'avons pu joindre la Garde côtière pour prendre ses commentaires sur les informations obtenues.