La situation financière de Taxi Fortin ne lui permet pas d’entamer une bataille avec Keolis, affirme son propriétaire Denis Fortin, qui est aussi le maire de Cloridorme.

La fin d'un taxi bien spécial

CLORIDORME — «On allait porter les gens à leur porte, on montait leur valise au troisième étage et on la déposait sur le lit. C’était du service!» lance Denis Fortin, propriétaire de Taxi Fortin. Ce service de taxi interurbain unique au Québec, qui faisait la navette entre la Gaspésie, Québec et Montréal, ferme ses portes. L’entreprise de quatre employés, basée à Cloridorme, ne veut pas affronter la multinationale Keolis, qui l’accuse de ne pas respecter son territoire.

Taxi Fortin, fondée en 1949, offrait le service avec deux minibus de 11 passagers. Il prenait les clients à leur porte et les déposait à leur destination exacte. Aucune autre compagnie dans la province ne possède ce type de permis, dit de «taxi spécialisé».

Agatha Cabot, de Cloridorme, utilisait Taxi Fortin pour visiter ses enfants à Montréal et pour se rendre à des rendez-vous médicaux. «C’était quand même agréable de voyager comme ça, et plutôt convivial. Il n’y a pas de mots pour dire comment [la fermeture] peut nous jeter à terre. C’est une perte épouvantable. Aucune autre compagnie ne peut fournir ça [du service porte-à-porte].»

La rentabilité est difficile à atteindre dans le transport de passagers, indique Denis Fortin. «Financièrement, je m’en venais essoufflé», dit-il.

«J’ai besoin de renouveler ma flotte cette année et j’aurais eu besoin d’engager de l’argent dans la poursuite. Je manque de courage financier et psychologique. Je lance la serviette pour préserver ma santé», ajoute M. Fortin.

Requête de Keolis

L’entrepreneur a déjà eu affaire à Keolis, la société mère d’Autocars Orléans Express, quand il a demandé d’élargir son territoire en 2015. M. Fortin avait peu d’espoir de gagner sa cause. «J’ai vu leur façon de fonctionner. C’est drastique, ils sont béton. C’est une multinationale.»

Taxi Fortin a la permission d’embarquer et de débarquer des gens entre Gaspé et La Martre (en Haute-Gaspésie), puis à Québec ou Montréal. M. Fortin admet qu’il a parfois dérogé à ces règles en prenant des passagers à Sainte-Anne-des-Monts ou en les laissant à Mont-Saint-Hilaire, à Drummondville ou à Laval. L’entreprise transporte entre 3500 et 4000 passagers par an.

Keolis a déposé une requête à la Commission de transports du Québec (CTQ) pour dénoncer le non-respect des conditions de permis de Taxi Fortin, sur une route desservie par Orléans Express. Aucune date n’a encore été fixée pour l’audience.

La fermeture de Taxi Fortin est «une situation qu’on trouve regrettable», dit la vice-présidente de Keolis Canada, Marie-Hélène Cloutier. «Taxi Fortin a décidé de fermer son entreprise de son propre chef, avant même d’être entendue par la Commission. On refuse d’en porter la responsabilité.»

Les opérations de Taxi Fortin avaient un impact sur la fréquentation des autocars d’Orléans dans un contexte où «c’est important de tout faire pour garder nos opérations en vie», déclare Mme Cloutier. «Au-delà de l’achalandage, ce qui est important, c’est que les règles de la CTQ soient respectées.»

Baisse de départs

La Commission avait autorisé Orléans Express à réduire son nombre de départs de deux ou trois par jour à un seul, à partir de janvier 2015 en Gaspésie. Le nombre d’arrêts passait aussi de 44 à 7 entre Rimouski et Gaspé du côté nord, et de 47 à 9 du côté sud de la péninsule.

Dans la foulée, Taxi Fortin avait demandé à la Commission des transports de pouvoir desservir le côté sud de la Gaspésie, et d’ajouter des arrêts plus à l’ouest du côté nord. La Commission avait refusé parce que la façon d’opérer de Taxi Fortin ne cadrait pas dans l’actuelle Loi sur les transports, notamment parce qu’il s’agit d’un «taxi» qui fait du transport collectif avec plus d’un véhicule sur son permis.

La MRC Côte-de-Gaspé souhaite sauver le permis de taxi, un service «apprécié et important, qui répond à un besoin de la population», dit son directeur général, Bruno Bernatchez. «On veut dire à la CTQ : “Laissez-nous un délai, le temps de vous présenter un projet.”»

Taxi Fortin a changé de propriétaire plusieurs fois depuis sa fondation 1949 avant d’être acheté par Denis Fortin en 2010.