Plusieurs dépanneurs ont réagi ces dernières semaines en retirant des tablettes des boissons sucrées à haute teneur en alcool, notamment le FCKD UP.

La fin des boissons alcoolisées sucrées au dépanneur

Chaque jour, environ 7 jeunes âgés entre 12 et 24 ans débarquent dans les urgences du Québec, fortement intoxiqués par l’alcool. Le gouvernement du Québec tente de freiner ce phénomène en retirant les boissons fortement alcoolisées et sucrées des dépanneurs et des épiceries.

Le hic avec ces boissons à base de bière, c’est qu’elles ne goûtent pas l’alcool. «C’est un produit qui trompe et cette tromperie-là, on veut la retirer des tablettes», exprime Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique.

Avec sa collègue à la Santé publique Lucie Charlebois, il a annoncé mardi son intention de modifier le projet de loi 170 pour resserrer les règles encadrant ces mélanges très populaires auprès des jeunes, qui atteignent souvent 12 % d’alcool. 

L’attrait pour ces boissons sucrées est indéniable. Un avis scientifique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), rendu public mardi, révèle que leurs ventes ont triplé au cours de l’année 2017. Depuis 2015, le nombre de consultations à l’urgence pour des intoxications à l’alcool est également en augmentation chez les jeunes. 

Mme Charlebois a expliqué qu’elle attendait d’avoir ce rapport entre les mains avant d’agir, question de «prendre les bonnes décisions». M. Coiteux a ajouté qu’on «assiste depuis un certain temps à une prise de conscience» sur ces boissons, notamment depuis la mort accidentelle d’Athena Gervais, 14 ans, qui en avait ingurgité une bonne quantité. 

Lorsque le projet de loi sera adopté, au cours des prochains mois, les boissons contenant plus de 7 % d’alcool seront interdites dans les épiceries et dépanneurs. M. Coiteux précise que l’interdiction ne vise pas les bières artisanales à forte teneur en alcool.

Aucun prix plancher ne sera fixé, mais M. Coiteux dit aller plus loin en confinant la vente de ce type de produit à la Société des alcools du Québec (SAQ), qui aura le choix de les mettre en vente ou pas. 

Le gouvernement proposera aussi des amendements pour accroître les pouvoirs de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) et pour imposer des amendes à ceux qui ne respectent pas les règles de publicité des boissons alcooliques, même sur les médias sociaux. 

L’opposition se réjouit

Les partis d’opposition à Québec ont applaudi le changement de cap du gouvernement à ce sujet. La semaine dernière, le premier ministre Philippe Couillard s’en remettait à Santé Canada, mais il a finalement décidé d’agir. 

Le Parti québécois demande toutefois au gouvernement d’aller plus loin en envoyant une directive aux épiceries et aux dépanneurs, afin que ce type de boisson soit retirée des tablettes immédiatement, au lieu d’attendre l’adoption du projet de loi. «Quand on perçoit un problème grave, il faut agir rapidement», croit le député péquiste Sylvain Pagé. 

Le ministre Coiteux répond que l’industrie a déjà réagi ces dernières semaines en retirant des tablettes plusieurs boissons sucrées à haute teneur en alcool. «Ils ne sont pas obligés d’attendre le changement législatif pour déjà adopter un comportement responsable.»

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Legault et le député de Québec solidaire Amir Khadir ont également salué la décision.

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FAITS SAILLANTS

319 % : l’augmentation de la vente de boissons contenant plus de 11 % d’alcool dans les épiceries et les dépanneurs entre 2016 et 2017

74 ¢ : le prix par verre des boissons aromatisées à base de malt, en deçà du prix recommandé de 1,71 $ par verre

2332 : jeunes de 12 à 24 ans ont fréquenté les urgences pour des intoxications aiguës à l’alcool entre le 1er janvier et le 26 novembre 2017

Source : Avis scientifique de l’Institut national de santé publique du Québec