Le paramédic Karl Sioui était le premier arrivé sur les lieux de l’accident qui a électrocuté Sabryna Mongeon.

«La fille la plus courageuse que j’ai vue de ma vie»

« Dans ma tête, c’était impossible qu’elle reste en vie. » Sur la première ligne de sauvetage de Sabryna Mongeon, à Noël, le paramédic Karl Sioui se réjouit aujourd’hui de s’être trompé royalement.

L’homme de 30 ans se souviendra toute sa vie de ce drame, survenu à Luskville, qui a ému le pays. Il raconte au Droit le jour le plus marquant de sa jeune carrière de six ans à la Coopérative des paramédics de l’Outaouais.

Sabryna Mongeon, 18 ans, a été électrocutée en touchant des fils électriques, en sortant de sa voiture, après une collision avec un poteau d’Hydro-Québec.

Malgré l’amputation de ses quatre membres, elle a pu dire à ses proches qu’elle voulait vivre, avant d’être plongée dans un coma artificiel.

«Cette personne-là... C’est la fille la plus courageuse que j’ai vue de ma vie», dit le paramédic.

Karl Sioui et son équipier sont partis de Gatineau, lorsque l’appel d’urgence leur a été assigné, le 25 décembre dernier.

«Sabryna était dans sa voiture lorsque nous sommes arrivés. Ce qu’on pense, pour l’instant, c’est qu’elle a pilé sur un fil en sortant de sa voiture, craignant que celle-ci prenne feu. Elle est peut-être tombée inconsciente, mais elle a été retrouvée dans sa voiture...»

On s’explique encore mal pourquoi la jeune femme se trouvait dans sa voiture à l’arrivée des secouristes. «Peut-être a-t-elle pu rentrer dans son véhicule, en reprenant ses esprits, parce qu’elle avait froid.»

La jeune Sabryna ne se souvient de presque rien. «Il semble qu’elle ait été consciente pendant un long moment. Elle n’a peut-être pas pu faire le 9-1-1 à cause de ses engelures», croit M. Sioui,

Il aura fallu environ quatre heures avant l’arrivée des premiers secours. Personne n’avait vu la scène d’accident pendant tout ce temps.

Tempête parfaite

Les paramédics ont finalement déplacé la jeune victime dans l’ambulance, car le froid intense les empêchait de travailler convenablement. Le mercure avoisinait les -25 degrés, dans la nuit du 24 au 25 décembre.

«On remarque qu’elle a les pieds gelés comme de la glace. Elle est en hypothermie. Là, on a un cas de brûlures, d’hypothermie, et de choc. Tout arrive en même temps.»

Paradoxalement, le climat polaire a peut-être sauvé la vie de Sabryna.

«La beauté de la chose, c’est que le corps humain s’est reconstruit. Dans le froid, le corps humain dirige le sang d’abord dans les organes vitaux. Les membres qui ont été amputés [et blessés par le courant électrique], c’était de la glace. Il y avait des engelures aux quatre membres. Nous n’avons pas eu à faire de garrot dans l’urgence. On a dû la garder consciente, et faire vite malgré tout — avant que ça dégèle — et la transporter à l’hôpital.»

Le paramédic a cru que la jeune victime n’allait pas survivre.

«Aujourd’hui, je suis tellement content qu’elle se batte, qu’elle dise qu’elle veut vivre. Elle est incroyable.»

Cette histoire revêt un caractère spécial pour le paramédic originaire de Wendake, près de Québec, qui vivait un premier Noël, loin de sa famille. «On est tous humains. Quand une chose comme celle-là arrive, tu y penses. Elle a 18 ans, elle subit ça un 25 décembre. Tu te dis que ses parents pensaient qu’elle était correcte, mais que dans le fond, elle était seule dehors, pendant quatre heures...»

Karl Sioui a pris congé pour le reste de son quart de travail, après coup. «Il faut savoir quand se dire : “ok, c’est assez”. J’étais correct, mais je voulais aller chez nous.»

Son équipe, aussi touchée par l’histoire de Sabryna, s’est montrée compréhensive face aux paramédics sur le terrain. «Je ne suis pas le seul qui a vu des choses difficiles.»