Keven Saint-Hilaire s’est présenté au palais de justice de Québec peu avant 9h.

La famille de Thomas Ratté en mission

Thomas Ratté avait 17 ans. Ses amis l’appelaient Tomy. Il aimait le soccer et les belles voitures. Sa vie s’est arrêtée le 24 mars, quelques heures après avoir été happé par Keven St-Hilaire, aujourd’hui accusé de conduite avec les facultés affaiblies ayant causé la mort.

Les parents de Thomas, Benoît Ratté et Odette Lachance, sont là, avec leurs conjoints respectifs. Plusieurs oncles et tantes du jeune homme ont aussi voulu venir au palais de justice, tisser un cocon autour de leurs proches, aux prises avec un deuil si douloureux.

«Je ne reverrai plus mon fils…»

La voix de Benoît Ratté se brise, l’émotion le submerge. Pourtant, il veut plaider devant les journalistes l’importance de dénoncer les conducteurs ivres. «Il faut être conscient collectivement que ça a des impacts», ajoute le père en deuil.

Benoît Ratté, le père de Thomas

Depuis que Thomas leur a été brutalement arraché il y a deux mois, les parents du jeune homme ainsi que plusieurs membres de la famille cherchent du sens dans le drame. Et ils ont trouvé une mission, qu’ils auraient certainement préféré laisser à d’autres.

Éric Dion et Marie-Claude Brunelle, parrain et marraine de Thomas, font des démarches pour que le 24 mars soit nommé par le gouvernement du Québec Journée nationale de la sobriété. Pour que jamais Thomas Ratté ne soit oublié, «mais surtout pour sauver un autre Thomas, un autre Émile, un autre William», fait valoir Éric Dion, parrain de la victime.

Éric Dion et Marie-Claude Brunelle, parrain et marraine de Thomas

Comment? Beaucoup en conscientisant les proches des conducteurs, disent les membres de la famille de Thomas.

Devoir d’intervenir

Ceux qui ont vu Keven St-Hilaire boire et prendre ses clefs de voiture avaient «un devoir d’intervenir et une responsabilité sociale», estime Éric Dion. Ou, s’ils ne réussissaient pas à l’arrêter, les témoins auraient dû le dénoncer.

Les proches veulent aussi s’attaquer à la banalisation de la conduite en état d’ébriété, surtout sur de faibles distances. «Il a voulu retourner chez lui  parce qu’il pensait être capable, parce qu’il était peut-être à une dizaine de kilomètres de chez lui, dit M. Dion. Mais il n’a pas été capable de le faire sans frapper Thomas.»

À Longueuil, la police a fait une campagne pour inciter tous les automobilistes à composer le 9-1-1 dès qu’ils remarquent une conduite erratique sur la route. Le parrain et la marraine de Thomas talonnent la police de Québec pour qu’elle s’inspire de cette initiative.

Thomas Ratté roulait sur sa planche sur l’avenue Bourg-Royal, près de la rue de Château-Bigot, lorsqu'il a été happé par une automobile.

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L'ACCUSÉ COMPARAÎT

L’ambiance dans la salle des comparutions se fait lourde, tendue.

L’accusé Keven St-Hilaire, 29 ans, arrive. Tel que convenu avec la poursuite, il s’est livré mardi matin aux constables spéciaux. En quelques secondes, il est accusé de conduite avec plus de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang et de conduite avec les capacités affaiblies par l’alcool ayant causé la mort du jeune Thomas Ratté.

Keven St-Hilaire, un installateur de planchers de bois sans antécédent judiciaire, regarde fixement devant lui. Il écoute les conditions qui lui seront imposées pour rester en liberté durant les procédures. En plus de s’engager pour 1000$, il devra déposer son permis de conduire et s’abstenir de conduire. Il n’aura pas non plus le droit de consommer de l’alcool.

L’accusé demande poliment à la juge Chantale Pelletier si un de ses employés peut venir chercher son véhicule avec lui. Réponse: oui.

Le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé a remis toute la preuve à l’avocate de St-Hilaire, Me Myralie Roussin. Le dossier est plutôt volumineux. La Couronne a dû attendre la fin du travail des reconstitutionnistes en scène d’accident avant de porter les accusations, d’où le délai de deux mois.

Décédé le lendemain

Le soir du 23 mars, un peu avant 21h, Thomas Ratté roule sur sa planche sur l’avenue du Bourg-Royal, dans un quartier résidentiel de Charlesbourg. Sa copine Camélia et son ami Anthony marchent à côté de lui.

Arrivé près de la rue du Château-Bigot, le jeune homme sera fauché par la camionnette bleue conduite par Keven St-Hilaire, qui vit aussi à Charlesbourg, un peu au nord du lieu de la collision.

Le conducteur reste sur place, son véhicule toujours dans la voie de circulation. Un soulier de Thomas est abandonné sur la chaussée. Sa planche à roulettes est rangée sur le trottoir.

Le jeune homme sera amené d’urgence à l’hôpital où il décédera, 18 heures plus tard.

Les policiers arrêtent St-Hilaire. Le conducteur échouera le test d’ivressomètre. Il sera libéré — avant le décès de Thomas — avec une promesse de comparaître et une suspension administrative de son permis pour 90 jours.

Keven St-Hilaire devra revenir à la cour le 20 juin pour l’orientation du dossier.