Claudine Thériault et Audrey Santerre-Crête, du comité de parents J’aime Cardi, se réjouissaient mercredi de leur victoire.

La direction de Cardinal-Roy se tourne vers l’avenir

La direction de Cardinal-Roy sort amère du débat qui a fait rage autour de son projet de se dédier aux programmes sports-arts-études, ce qui aurait causé le déménagement des élèves du secondaire régulier et de l’adaptation scolaire vers d’autres établissements. Elle se tourne néanmoins vers l’avenir… en exprimant des doutes sur la réelle intention des contestataires d’envoyer leurs enfants dans son école.

Les commissaires de la commission scolaire de la Capitale ont décidé à l’unanimité, mardi, de maintenir les trois cursus à Cardinal-Roy. Ils ont ainsi penché en faveur de citoyens qui militent depuis septembre pour l’abandon du dessein qui aurait réservé Cardinal-Roy à l’élite sportive et artistique.

À LIRE AUSSI : Les classes régulières resteront à Cardinal-Roy

Le vote met fin abruptement à l’aventure dans laquelle se sont embarqués les gestionnaires de l’école plantée dans le parc Victoria il y a environ trois ans. 

Mercredi, la directrice Élizabeth Fortin ainsi que le coordonnateur du sports-arts-études Danny Bell digéraient mal le camouflet. Et ils ont réservé un accueil antipathique, glacial, aux représentants du Soleil, à qui ils imputent une part de leur défaite. La couverture médiatique de la contestation populaire aurait fait passer les gestionnaires pour les «méchants» qui veulent «mettre dehors» les jeunes des classes ordinaires et ceux de l’adaptation scolaire, critiquent-ils.

M. Bell est particulièrement fâché : «Je suis amer parce qu’on passe pour les grands méchants loups.»

Projet mal compris

Le vétéran champion de balle au mur regrette que Cardinal-Roy doive refuser jusqu’à une centaine d’inscriptions par année dans ses programmes spécialisés, faute d’espace pour loger les élèves. Des jeunes qui cultivent une passion pour leur sport, leur art, insiste-t-il.

De l’autre côté, fait-il remarquer, il y a le programme régulier qui ne reçoit qu’une poignée d’inscriptions, en partie parce que les élèves doivent changer d’école pour les troisième, quatrième et cinquième secondaire, ces niveaux ayant été abolis il y a déjà un moment. Il n’y aurait donc pas assez d’élèves pour leur offrir des activités parascolaires, notamment.

La directrice Fortin prend cependant acte de la décision des commissaires. Elle note que les élus scolaires demandent à l’institution de développer un programme régulier «attrayant». Surtout, elle se réjouit qu’on lui offre d’aménager plusieurs nouvelles classes dans un bâtiment adjacent, ce qui réglerait le problème d’espace.

À LIRE AUSSI : La mobilisation se poursuit pour l'école Cardinal-Roy

À LIRE AUSSI : Finies les classes régulières à Cardinal-Roy?

La directrice de l’école Cardinal-Roy Élizabeth Fortin ainsi que le coordonnateur du sports-arts-études Danny Bell sont fâchés d’avoir été perçus comme de «grands méchants loups».

La balle aux parents

La balle est maintenant dans le camp des parents, avance-t-elle. Élizabeth Fortin souligne que plusieurs protestataires ont milité pour une école publique favorisant la mixité sociale, où les élèves de différents niveaux, de différents statuts socio-économiques, se côtoient. Elle a hâte de voir combien inscriront effectivement leurs enfants au «régulier» de Cardinal-Roy.

«Il y a un petit abcès à crever là-dessus.» Quand vient le temps de faire un choix pour les héritiers, il semble que plusieurs se tournent vers les programmes sportifs, d’éducation internationale (PEI), voire vers l’école privée. «Est-ce qu’ils vont envoyer leurs enfants ici? Il y a la réalité et il y a la théorie. […] On veut tous la meilleure école pour nos enfants.»

+

LA PREMIÈRE MARCHE D'UN LONG ESCALIER

Les citoyens mobilisés contre la fermeture des secteurs régulier et de l’adaptation scolaire de l’école secondaire Cardinal-Roy savourent leur «victoire»… mais savent que le vote des commissaires scolaires en leur faveur n’est que le premier pas d’une épopée vers le développement d’un programme attrayant pour les jeunes du centre-ville de la capitale. 

«Soulagés», «heureux», «contents», Éloïse Gaudreau, animatrice coordonnatrice au Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur ne manquait pas de mots, mercredi, pour qualifier la joie des militants. «On considère que c’est une victoire.»

«Vous dire qu’on est “heureux” de la décision des commissaires, c’est un euphémisme», renchérit une des porte-parole du comité de parents J’aime Cardi, Audrey Santerre-Crête. «Hier [mardi], on a été entendu.»

La directrice de la Joujouthèque Basse-Ville convient cependant que le trajet n’est pas terminé, qu’il durera plusieurs années. «On est bien conscients que, aujourd’hui, c’est la première marche d’un long escalier.»

Renverser la vapeur

«On est dans le début», acquiesce la mère d’un enfant inscrit en adaptation scolaire à Cardinal-Roy, Claudine Thériault. Elle fait remarquer qu’il faudra construire des classes. Et élaborer un cursus d’enseignement stimulant capable d’attirer les jeunes… et de séduire leurs parents.

Le défi est de taille : il ne reste que des classes de première et deuxième secondaires à Cardinal-Roy dans les programmes régulier et d’adaptation scolaire. Les autres niveaux ont déjà été éliminés pour faire plus de place aux populaires parcours spécialisés en arts et sports. Les citoyens mobilisés comptent cependant renverser la vapeur. 

Soulignant le gain des parents du centre-ville de la capitale, la députée de Taschereau à l’Assemblée nationale, Catherine Dorion, invite maintenant les Québécois à «investir» les établissements publics pour dynamiser le réseau. «Il y a un manque de confiance envers nos écoles de quartier.»