Survivant d'un accident qui a failli lui coûter la vie, Samuel Vincent-Couillard a mis sur pied au mois de mars avec l'aide de sa conjointe sa compagnie baptisée SVC Drone.

La deuxième vie d'un miraculé

Samuel Vincent-Couillard avait un rêve. Devenir pilote d'avion pour une grande compagnie aérienne. En 2015, il touchait presque à son objectif.
Le 19 septembre, 14h43. Une «bête erreur», qu'il n'est pas encore en mesure d'expliquer, l'envoya à l'urgence de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus pour plusieurs semaines. 
Le jeune pilote venait d'être heurté à plusieurs reprises, environ neuf fois, notamment à la tête et à la main gauche, par l'hélice d'un avion Cessna à l'aéroport international Jean-Lesage. L'accident s'est produit sous le regard impuissant de ses confrères au terminal 611, sur le terrain de l'école Orizon Aviation Québec.
Comme il avait l'habitude de le faire, ce matin-là, Samuel, âgé de 25 ans au moment du drame, avait réservé une plage horaire pour augmenter son nombre d'heures dans le ciel afin d'obtenir sa licence de pilote commercial. Il cumulait déjà au compteur plus de 150 heures de vol et détenait sa licence de pilote privé.
Le 19 septembre, il prévoyait une petite escale à Montréal. Deux jours avant son accident, il s'était envolé avec des amis chez nos voisins du Sud, plus précisément en Virginie. Un voyage qu'il se remémore d'ailleurs très bien.
Finalement, le jour de l'accident, lorsqu'il est arrivé à l'école d'aviation, où il travaillait environ 20 heures par semaine depuis près de six mois, il a choisi de modifier sa destination. Il s'est envolé avec d'autres pilotes vers Montmagny. Trois avions ont quitté les pistes de Québec.
Samuel était aux commandes de l'un des appareils. Pour le retour, il a laissé son siège à un autre pilote afin que ce dernier augmente également son nombre d'heures de vol. «Je n'étais pas habitué d'être le passager», indique-t-il, rencontré par Le Soleil chez lui, à Lévis.
De retour dans la capitale, les avions atterrissent à tour de rôle. «Je ne sais pas encore pourquoi. Alors que le pilote faisait les manoeuvres pour éteindre l'appareil, je suis sorti et je suis passé devant l'avion», raconte celui qui connaissait pourtant bien les mesures de sécurité. Toute personne doit attendre l'arrêt complet de l'hélice avant de descendre de l'avion ou, si nécessaire, passer derrière l'appareil.
«Je n'ai jamais vu l'hélice»
«Je le sais. Moi-même, je ne voulais pas que les gens débarquent de l'appareil avant que le moteur soit éteint», cherche-t-il encore à comprendre. «Et je n'ai jamais vu l'hélice. Les avions étaient l'un devant l'autre. J'ai peut-être pensé que c'était le bruit de l'autre hélice. Je ne sais vraiment pas», poursuit-il.
En une fraction de seconde, Samuel se retrouve au tapis. L'hélice qui tournait au ralenti a traversé sa boîte crânienne. En voulant se protéger, il perd des doigts de sa main gauche. Il perd aussi cinq dents et une oreille. Il reçoit des coups d'hélice sur le ventre, les bras et les jambes. Il perd connaissance durant quelques secondes.
Il se souvient de rouvrir à nouveau les yeux alors qu'il est étendu près de l'avion. Son visage était coupé. «Ma peau recouvrait mon oeil gauche», se remémore-t-il. Durant son trajet vers l'hôpital, il était toujours conscient. Il ne le cache pas, «je pensais bien mourir, cela faisait très mal». On craint pour sa vie, il est dans un état critique, avait confié à l'époque les autorités aux médias. Il venait de subir un traumatisme crânien majeur. Il a également eu une hémorragie interne au cerveau.
Depuis sa tragédie, Samuel Vincent-Couillard a subi cinq interventions chirurgicales. L'incident lui a aussi laissé quelques malheureux souvenirs, notamment une mâchoire en titane et une prothèse crânienne.
Alors qu'il se retrouvait entre la vie et la mort, la première opération de Samuel a duré près de 12 heures. Par la suite, il a été plongé dans un coma artificiel durant huit jours. Il a passé ensuite environ 12 jours aux soins intensifs. Inquiète, sa famille ne savait pas à ce moment quelles allaient être les séquelles à la suite de cet accident.
Tout réapprendre
Après trois semaines confiné à son lit d'hôpital, Samuel reprend conscience et a des troubles d'aphasie sévère. Prononcer l'alphabet était un défi pour lui. Il ne comprenait plus le français. «J'avais des difficultés à dire oui et non. Je ne comprenais pas les gens», affirme le jeune homme, qui a dû réapprendre à marcher ainsi qu'à manger. «J'étais comme un enfant de deux ans», poursuit celui qui a finalement «accepté son sort» un mois après son accident.
Durant les semaines d'hospitalisation, son père, Denis Couillard, ébranlé avec raison par la situation, a reçu par la poste le permis de pilote commercial de Samuel. «Ça, ça a été un moment d'émotion, car mon fils était sur son lit d'hôpital... Il a brisé sa vie, ses rêves», confie celui qui venait de perdre son emploi deux mois avant la tragédie. «Ma job a alors été de relever mon fils.»
À la mi-octobre, le jeune homme obtient finalement son congé de l'hôpital et il est transféré à l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, anciennement le Centre François-Charron. Il y demeure sept jours sur sept jusqu'au temps des Fêtes.
Depuis sa tragédie, Samuel a subi cinq interventions chirurgicales en lien avec son accident, et il doit encore passer sous le bistouri au moins à deux autres reprises, notamment pour son visage. Il a dû repasser son permis de conduire. Et il ne peut plus piloter des avions, ce qui était son rêve et sa passion. Il espère tout de même un jour pouvoir voler de nouveau.
L'incident lui a laissé quelques malheureux souvenirs. Outre l'aspect physique, notamment une mâchoire en titane et une prothèse crânienne, il a maintenant des problèmes de visions et d'ouïe, il est épileptique et il a toujours certaines difficultés à prononcer certains mots et comprendre les gens. Ce qui, soit dit en passant, n'a aucunement paru lors de l'entrevue.
Garder le sourire
Pour Samuel, il n'est pas question de s'apitoyer sur son sort. «Il y a des gens pires que moi. Depuis mon accident, ce que je peux dire, c'est qu'il faut profiter de la vie», dit-il le sourire aux lèvres. Il n'a d'ailleurs pas peur de faire des blagues avec certains de ses handicaps. 
«À l'hôpital, c'est lui qui nous donnait une tape dans le dos et qui disait qu'il ne fallait pas lâcher», raconte son amie de coeur Jessica Pouliot, pour illustrer la force du jeune homme. «Il a toujours gardé le sourire et il n'a jamais baissé les bras.»
Aujourd'hui, Samuel tente de tourner la page sur ce mauvais chapitre de sa vie. Il a décidé de se lancer en affaires et de combiner certaines de ses passions, soit la photographie et les objets volants. Il a mis sur pied au mois de mars avec l'aide de sa conjointe sa compagnie baptisée SVC Drone.
«Nous visons principalement l'immobilier et les événements, comme des fêtes ou des mariages», explique Jessica, 23 ans. Elle a dernièrement abandonné sa carrière d'agente de bord pour embarquer dans l'aventure.
La jeune entreprise a plusieurs projets pour les prochains mois. Et le carnet de commandes commence à se remplir.
«Pour passer à travers une situation comme ça, c'est certain qu'il faut avoir des défis. Et ma compagnie, c'est maintenant mon rêve. [...] J'étais censé mourir. Et c'était de ma faute. Lorsqu'on se blesse, il faut que les gens se rendent compte que la vie est encore bonne quand même», conclut celui qui n'a jamais remonté dans un avion depuis le 19 septembre 2015.
Collecte pour une main myoélectrique
Victime d'un accident qui aurait pu lui coûter la vie, Samuel Vincent-Couillard tente aujourd'hui de retrouver une vie normale. L'incident s'est produit en 2015 à l'école Orizon Aviation Québec.
Le jeune homme avait été heurté à la tête par l'hélice d'un Cessna. Dans cette tragédie, les médecins ont été contraints de procéder à l'amputation d'une partie de sa main gauche.
Sa famille lancera aujourd'hui une collecte de fonds sur la plateforme web GoFundMe afin d'acheter à Samuel une main myoélectrique qui va l'aider dans ses activités quotidiennes, comme attacher ses lacets ou ses boutons de chemise.
Cette main facilitera également son travail dans sa compagnie SVC Drone.