L’ancien secrétaire principal de Justin Trudeau, Gerald Butts, témoigne devant le comité de la justice de la Chambre des communes.

La démotion de Wilson-Raybould n’était pas liée à SNC-Lavalin, dit Gerald Butts

OTTAWA - Disant avoir une «perspective différente» de la séquence des événements dans l’affaire SNC-Lavalin, l’ancien secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, a détricoté le récit de Jody Wilson-Raybould devant le comité permanent de la justice et des droits de la personne.

L’ex-bras droit de Justin Trudeau est lui aussi arrivé armé d’une chronologie détaillée qu’il a appuyée de transcriptions de textos et de comptes rendus de rencontres ou de conversations téléphoniques, mercredi, pour offrir sa version des événements.

Il a insisté sur le fait que personne au bureau du premier ministre n’avait exercé de pressions inappropriées auprès de l’ancienne procureure générale, et que jamais celle-ci ne s’était par ailleurs plainte de l’existence d’une telle campagne avant le remaniement ministériel qui lui a coûté son poste.

Ce rebrassage «n’avait absolument rien à voir» avec SNC-Lavalin, a insisté Gerald Butts. En fait, une semaine auparavant, le premier ministre a d’abord offert à Jody Wilson-Raybould les rênes du ministère des Services aux Autochtones.

«Il y a eu une longue pause au téléphone», la ministre s’est dite «un peu choquée», car elle occupait à ce moment son «emploi de rêve», puis a fait «quelque chose que je n’avais jamais vu quelqu’un faire auparavant», soit refuser un portefeuille du cabinet, a relaté le témoin.

Le premier ministre ne pouvait alors faire davantage que lui proposer le ministère des Anciens Combattants. Mais dès lors, «j’ai su que la confiance s’était brisée entre notre bureau et la ministre», a raconté Gerald Butts, qui était accompagné de sa femme pour sa comparution.

Et selon lui, «cette rupture a teinté les événements non reliés de l’automne 2018 de façon négative pour bon nombre des personnes concernées». Mais pendant cette période, jamais n’a-t-on fait pression indûment sur la procureure générale, a-t-il martelé à plus d’une reprise.

L’ancienne ministre Wilson-Raybould a déclaré mercredi dernier devant le même comité qu’elle avait été soumise à des pressions incessantes et inappropriées et à des «menaces voilées» entre septembre et décembre 2018 afin qu’elle empêche le procès de SNC-Lavalin.

«Cela fait deux réunions et deux appels téléphoniques par mois pour la ministre et son bureau sur une question qui pourrait coûter les emplois d’au moins 9000 Canadiens», a cherché à minimiser Gerald Butts.

Pendant ces quatre mois, si la ministre avait senti «qu’une ligne avait été franchie, elle aurait dû le dire», elle «avait à tout le moins l’obligation d’en informer le premier ministre» à titre de procureure générale, a dit l’ex-secrétaire principal, qui a démissionné le 18 février dernier.

Lui et d’autres proches conseillers au bureau du premier ministre, dont Mathieu Bouchard, ont tenté au fil des semaines de persuader Mme Wilson-Raybould de solliciter un avis juridique indépendant sur la question.

«J’ai dit que nous devions fournir une justification (...) et je ne voyais pas en quoi le fait qu’une personne comme Beverley McLachlin (juge à la retraite de la Cour suprême) donne des conseils à la ministre constituerait une ingérence politique», a-t-il argué.

De toute manière, il lui avait été clairement expliqué qu’elle était libre d’ignorer leurs conseils et que, si elle acceptait de demander un avis externe, elle était également libre de l’ignorer, a insisté le témoin à la table du comité.

L’ancienne éminence grise du bureau de Justin Trudeau s’est dit surpris d’avoir entendu «pour la première fois» la semaine passée, en écoutant Jody Wilson-Raybould témoigner en comité, qu’elle avait arrêté le 16 septembre sa décision quant au sort de SNC-Lavalin.

«Selon cette version des faits, elle a pris la décision finale après avoir évalué toutes les questions d’intérêt public en seulement 12 jours», a-t-il dit, rappelant que la directrice des poursuites pénales a décidé de ne pas donner suite à un accord de réparation le 4 septembre.

Pendant la ronde des questions, des députés de l’opposition ont tenté de faire dire à Gerald Butts qu’avec un témoignage aussi diamétralement opposé, il accusait essentiellement l’ex-ministre d’avoir menti en comité.

Le stratège politique de longue date n’a pas mordu. «Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai une version des faits très différente», a-t-il répliqué. Il a mentionné que deux personnes pouvaient avoir une «perspective différente» d’un même événement.

Le comité permanent de la justice et des droits de la personne entend pour une seconde fois le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, ainsi que la sous-ministre à la Justice, Nathalie Drouin.

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LA DÉCLARATION COMPLÈTE DE GERALD BUTTS

«Merci de me recevoir ici aujourd’hui. J’aimerais souligner que nous nous trouvons présentement sur les terres ancestrales du peuple algonquin.

Je tiens à dire d’emblée que je ne suis pas ici pour me quereller avec l’ancienne procureure générale ou pour dire un seul mot négatif à propos d’elle personnellement. Je ne dirai pas non plus un seul mot négatif au sujet de mes autres anciens collègues. Ce sont de bonnes et honnêtes personnes qui réussissent à accomplir un travail incroyablement difficile. Je suis reconnaissant pour les nombreuses années que j’ai passées à travailler avec eux sur tant d’enjeux importants et complexes.

Je suis ici pour témoigner que ce qui s’est passé l’automne dernier est en fait très différent de la version des événements que vous avez entendue la semaine dernière. Mon témoignage se fonde sur des communications que j’ai eues directement avec l’ancienne procureure générale et son personnel, sur des notes que j’ai prises pendant des réunions auxquelles j’ai participé personnellement et sur des comptes rendus de personnes qui ont assisté à des réunions auxquelles je n’ai pas participé. Mon témoignage est également basé sur de nombreuses réunions et séances d’information dont l’ancienne procureure générale n’aurait pas eu connaissance, bien que dans certains cas j’aie tenté de l’en informer. Je limiterai mes remarques aux événements dont je suis autorisé à discuter en vertu du décret et j’ai reçu des conseils juridiques sur la façon de le faire.

Je souhaite détailler trois points importants.

Premièrement, tous ceux qui travaillent sur ce dossier savaient que la décision de donner la directive à la DPP d’entamer des négociations en vue de conclure un accord de réparation dans l’affaire SNC-Lavalin revenait à la procureure générale, et à elle seule. Nous savions également que la décision, quelle qu’elle soit, aurait un impact réel sur des milliers de personnes, et nous avons pris notre responsabilité envers ces personnes très au sérieux. Nous avons respecté l’autorité de la procureure générale en tout temps et nous avons fait notre travail avec intégrité en tout temps.

Deuxièmement, si les décisions concernant les accords de réparation reviennent à la procureure générale, les décisions sur les remaniements ministériels reviennent au premier ministre. Je vais vous fournir des preuves détaillées que le remaniement ministériel de janvier n’avait rien à voir avec SNC-Lavalin. Je m’excuse d’avance auprès des personnes dont je dois briser la confiance afin de respecter le mandat de ce comité.

Troisièmement, je crois qu’il s’agit d’une histoire de deux personnes qui occupent de hautes fonctions, le premier ministre et l’ancienne procureure générale, qui ont toutes deux fait leur travail au mieux de leurs capacités, tout comme leur personnel respectif. Il n’y avait aucune intention malveillante envers qui que ce soit, ni sur le plan personnel ou professionnel. Néanmoins, une rupture entre l’ancienne procureure générale et le premier ministre est survenue. Cette rupture a teinté les événements non reliés de l’automne 2018 de façon négative pour bon nombre des personnes concernées. En tant que principal point de contact de l’ancienne ministre de la Justice au sein du CPM, j’en assume la responsabilité.

Message principal

Le premier ministre a donné et maintenu une directive claire au CPM et au BCP dans ce dossier. Cette directive visait à s’assurer que les milliers de personnes dont les emplois étaient, et cela vaut la peine de le répéter, sont toujours à risque demeurent au premier rang de nos préoccupations en tout temps.

Si quelque chose pouvait être fait pour protéger ces personnes innocentes, nous avions pour directive de travailler avec la fonction publique professionnelle afin de nous assurer que cette option serait dûment prise en considération.

Il nous a dit de garder à l’esprit en tout temps que la décision de demander à la directrice des poursuites pénales d’entamer des négociations en vue de la conclusion d’accords de réparation relève de la procureure générale, et d’elle seule. Nous avons mis en ?uvre cette directive fidèlement et avec intégrité. J’ai personnellement participé au dossier à quelques reprises seulement, mais il m’incombait de m’assurer que la directive du premier ministre soit suivie par les membres du personnel du CPM. Je n’ai aucun doute qu’ils s’y sont conformés selon les normes les plus strictes.

Il revenait et revient toujours au procureur général de prendre cette décision.

Ce sont toutefois les Canadiens qui devront vivre avec cette décision.

Plus précisément, les quelque 9 000 personnes qui pourraient perdre leur emploi, ainsi que les milliers d’autres qui font partie de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. Le c?ur du problème, c’est que le premier ministre et son entourage croyaient qu’il s’agissait d’un défi réel et important en matière de politique publique qui méritait une réponse solide et réfléchie.

Il s’agit d’un point important. À aucun moment, le premier ministre ou un membre du gouvernement n’a ordonné ou demandé à la procureure générale de négocier un accord de réparation. L’ancienne procureure générale l’a confirmé la semaine dernière devant ce comité.

Alors, de quoi, exactement, le personnel discutait-il avec la ministre?

Nous étions d’avis qu’il aurait été approprié pour elle de demander l’avis indépendant d’un éminent juriste canadien ou d’un groupe de juristes. Nous estimions que c’était approprié, d’abord parce que la loi habilitant la procureure générale à adopter des accords de réparation est nouvelle. En fait, c’était la première fois qu’il était possible de conclure un accord de réparation dans le cadre du nouveau régime.

Deuxièmement, nous estimions qu’un avis externe était approprié en raison des conséquences extraordinaires d’une condamnation. Le fait que l’entreprise en cause emploie un si grand nombre de personnes dans l’ensemble du pays a accru l’importance de cette question pour le public. Ce point de vue a été analysé par les avocats de la fonction publique.

Cela constituait l’intégralité des conseils que nous avons donnés à la procureure générale et nous avons clairement indiqué qu’elle était libre de les suivre ou non.

Nous avons également précisé que, si la procureure générale acceptait notre proposition et demandait un avis externe, elle était tout aussi libre de rejeter ou d’accepter cet avis.

Il ne s’agissait pas de remettre en question la décision, mais de s’assurer que la procureure générale prendrait sa décision en se fondant sur les meilleures considérations possible. Nous avions encore à l’esprit la décision récente de la Cour d’appel fédérale qui avait conclu que le gouvernement n’avait pas mené suffisamment de consultations dans le dossier du pipeline TMX.

C’était là la teneur des discussions que le CPM a eues avec la procureure générale et le bureau de la procureure générale. En bref, tout ce que nous avons demandé à la procureure générale de considérer, c’est un deuxième avis.

Je ne suis pas avocat et je ne peux pas donner de conseils juridiques. Mais j’ai une vaste expérience au sein du gouvernement. Lorsque 9000 emplois sont en jeu, il s’agit d’un problème de politique publique de la plus haute importance. Il était de notre devoir d’examiner de manière exhaustive les options offertes par la loi, et d’être francs avec les gens au moment d’expliquer la décision de la procureure générale, afin de pouvoir démontrer que la décision a été prise avec le plus grand soin en tenant compte du fait qu’il s’agit de leur gagne-pain.

Nous avons appris la semaine dernière que la directrice des poursuites pénales avait pris la décision de ne pas donner suite à un accord de réparation le 4 septembre et que la procureure générale était à l’extérieur du pays jusqu’au 12 septembre. Selon cette version des faits, la procureure générale a pris la décision finale après avoir évalué toutes les questions d’intérêt public en seulement douze jours.

Supposons un instant que le 16 septembre, le jour où l’ancienne procureure générale a dit à ce comité qu’elle était parvenue à une décision ferme et définitive, elle aurait fait une annonce publique pour informer les Canadiens de cette décision. Quelle en aurait été la raison?

Il y a un autre point important. J’ai appris pour la première fois en regardant le témoignage de l’ancienne procureure générale qu’elle avait pris une décision finale le 16 septembre.

Selon ma compréhension, personne au CPM ou au BCP ne le savait non plus à l’époque. En fait, à ma connaissance, ce n’est pas de cette façon que la loi fonctionne. Selon ma compréhension, qui est informée par la fonction publique et les avocats du CPM, la procureure générale a le pouvoir d’émettre des directives à la DPP jusqu’au moment où un verdict est rendu. D’après ce que j’ai compris, la procureure générale est libre de requérir des avis sur la décision à prendre jusqu’à ce moment-là, et elle est tenue d’apporter un regard neuf sur les nouveaux éléments de preuve. Je crois que l’ancienne procureure générale l’a confirmé lors de sa comparution ici la semaine dernière. La DPP a réexaminé la question elle-même à la fin septembre, lorsque de nouveaux éléments de preuve ont été présentés par l’entreprise, et la DPP a pris une nouvelle décision le 9 octobre 2018.

C’est dans cet esprit que Mathieu Bouchard et Elder Marques ont eu une discussion avec l’ancienne procureure générale le 22 novembre 2018. Ils ont discuté d’une note de service préparée par des avocats du ministère de la Justice qui discutait de la possibilité de demander conseil à un éminent juriste. C’était également l’objet de la seule rencontre que le chef de cabinet du premier ministre et moi-même avons eue dans ce dossier avec le chef de cabinet de la procureure générale et je répondrai avec plaisir aux questions à ce sujet.

Dans tous les cas, c’était notre hypothèse de travail. La décision n’avait pas été prise, et nous étions libres de formuler des conseils. Après tout, c’était à la procureure générale et à elle seule qu’il incombait de décider, et il incombait à nous tous de fournir des explications. Plus important encore, ce serait une décision qui toucherait des milliers de personnes.

Je croyais qu’il s’agissait d’une hypothèse de travail partagée avec la procureure générale et son cabinet à l’époque. Et je n’ai jamais reçu de conseils juridiques ou politiques qui contredisaient cela.

À la suite de la rencontre du 17 septembre que la procureure générale a eue avec le greffier et le premier ministre, on m’a informé que la prochaine étape dans le dossier serait d’amener le greffier et la sous-ministre de la Justice à rencontrer la ministre. C’est tout ce dont je me souviens de la réunion, et je peux confirmer que je n’y ai pas assisté. Cela m’a semblé être une ligne de conduite prudente et j’ai recommencé à faire ce que je faisais 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 à l’époque : travailler aux négociations de l’ALENA.

Si la procureure générale avait pris une décision et l’avait communiquée au premier ministre et au greffier, pourquoi y aurait-il eu une prochaine étape? Pourquoi la procureure générale aurait-elle tenu et sollicité des réunions sur un dossier clos?

De plus, pourquoi la procureure générale n’aurait-elle pas communiqué sa décision finale par écrit au premier ministre? La ministre Wilson-Raybould préfère toujours communiquer des questions complexes ou importantes par écrit, ce que j’apprécie. J’ai analysé de longues notes de service de l’ancienne ministre sur des sujets aussi divers que la nomination d’une juge à la Cour suprême, le projet du pipeline TMX et le travail du comité du cabinet sur la réconciliation.

Pourtant, dans tous nos messages textes et courriels, qui ont commencé à l’été 2013, il n’y a pas une seule mention de ce dossier ou de la conduite de quiconque dans ce dossier avant le remaniement ministériel.

Il s’agit-là d’un point fondamental et important. Si une ministre du cabinet est mise au courant de quelque chose qu’elle juge inacceptable, je crois qu’à tout le moins, elle a l’obligation d’en informer le premier ministre peu après en avoir pris connaissance. S’il s’agit d’une question de droit et que cette ministre est la procureure générale, l’obligation d’informer le premier ministre est d’une importance encore plus fondamentale. Et cette information doit être communiquée par écrit pour que son importance ne se perde pas dans l’esprit de son public non spécialisé.

Personnellement, je me suis entretenu une fois avec l’ancienne procureure générale à propos de ce dossier, le 5 décembre 2018.

En trois ans et demi au gouvernement, nous avons eu une brève discussion à ce sujet.

Elle a soulevé le sujet à la fin d’un souper de deux heures à l’hôtel Château Laurier. Elle a demandé la réunion par message texte. Le 26 novembre, elle a écrit : « Salut, GB, tu veux discuter? J’ai un certain nombre de choses à soulever? peut-être que toi aussi? Demain, après le cabinet, peut-être? Thx Jod. « J’ai répondu : « Bien sûr. Je me rends à Toronto tout de suite après, mais pourrais retarder de 10 minutes. « Elle m’a répondu : « Heureuse de bavarder une autre fois avec toi si tu te rends à TO. Je pense que cette conversation pourrait durer un peu plus de 10 minutes. « Nous n’avons pas pu, pendant quelques semaines, organiser nos horaires pour nous réunir. C’était une période très occupée. Nous nous préparions au G20, à la nouvelle cérémonie de signature de l’ALENA et à la première rencontre du premier ministre avec le premier ministre Ford.

Cela mérite d’être répété.

La ministre Wilson-Raybould a sollicité la rencontre avec moi. Elle a également soulevé le sujet avec moi. Elle m’a demandé si j’avais une opinion sur le dossier, et j’ai dit que je comprenais que nos bureaux travaillaient ensemble sur des idées. Nous avons parlé brièvement de l’idée de demander conseil à une juge en chef retraitée de la Cour suprême, mais j’ai noté que je n’avais aucune expertise en la matière.

Je crois que son commentaire référant à « Harper « s’inscrivait dans le contexte de cette discussion. Elle a dit que ce que Elder et Mathieu proposaient n’avait jamais été fait auparavant. J’ai dit que, d’après ma compréhension, les accords de réparation sont tout à fait nouveaux au Canada, et le SPPC lui-même n’était pas très ancien, ayant vu le jour durant les années Harper. Ma suggestion était à l’effet qu’il s’agissait d’une discussion d’intérêt public légitime dans les circonstances et que ça aiderait à clarifier les pouvoirs de la procureure générale dans cette affaire et dans toute autre affaire subséquente. Je lui ai suggéré de parler au greffier ou à la fonction publique pour obtenir des conseils plus spécialisés. J’ai dit que c’était sa décision, et je savais que c’était la sienne. Je ne me souviens pas qu’elle m’ait demandé de faire quoi que ce soit ou de parler au personnel au sujet d’un aspect quelconque du dossier. À aucun moment donné, l’ancienne procureure générale n’a laissé entendre qu’Elder et Mathieu avaient fait quelque chose d’inapproprié.

De mon point de vue, il n’y avait rien de négatif dans cet échange.

En fait, j’ai quitté le dîner en pensant que c’était la meilleure discussion que nous avions eue depuis un moment. Nous avions tous les deux été occupés avec des dossiers qui n’étaient pas liés l’un à l’autre, et la ministre et moi n’avions pas eu l’occasion de faire du rattrapage depuis notre dernier dîner de la fin juillet. J’ai surtout parlé des changements climatiques, de la politique de tarification de la pollution, de la contestation judiciaire en Saskatchewan et de la stratégie visant à régler la nouvelle configuration des premiers ministres autour de la table de réunion des premiers ministres. Je lui ai demandé son avis sur la question des contrats de LAV et nous avons parlé des prochaines élections partielles en Colombie-Britannique. Elle avait à l’esprit la directive sur les litiges civils concernant les peuples autochtones et diverses autres questions sans rapport avec le dossier que vous examinez.

Nous avons quitté cette réunion en tant qu’amis et collègues, et nous avons échangé des messages textes personnels quelques heures plus tard. J’ai écrit : « Ravi de te voir. « Elle a répondu : « Ravie de te voir aussi. Merci pour la conversation. Stp salue le PM. Je l’ai entendu parler ma langue dans son discours? Bonne chance à Montréal?-?nous nous en tenons à notre position/plan, nous serons bons. «

Enfin, le mardi 11 décembre, la ministre m’a envoyé pour la dernière fois un texto au sujet de la rencontre. Il se lisait comme suit : « Salut?. quelques trucs. 1. KSA/LAV?-?j’y ai davantage réfléchi. J’ai quelques idées dont j’aimerais discuter. 2. Re : Directive?-?J’ai déjà fait la plupart des changements d’Elder avant le cabinet?-?cette directive peut-elle être diffusée? Honnêtement pas clair sur le résultat au cabinet?-?j’ai entendu dire que le PM veut des changements, mais je suis convaincue d’avoir répondu à toutes les préoccupations. C’est important pour moi, comme vous le savez. «

La directive à laquelle elle fait référence est la directive de la procureure générale sur les litiges concernant les peuples autochtones, qui a été publiée juste avant que Mme Wilson-Raybould ne devienne ministre des Anciens Combattants en janvier.

Comme vous le constaterez, SNC-Lavalin n’est pas du tout mentionnée dans ces échanges.

J’accepte pleinement que deux personnes puissent vivre le même événement différemment. J’ai cru à l’époque que la ministre partageait mon interprétation de notre dîner, et je ne fais que citer ces messages pour que vous puissiez comprendre pourquoi j’ai été si surpris d’entendre, quelques mois plus tard, que la ministre avait vécu ce dîner comme une pression. Je n’ai pas vu et ne vois pas en quoi notre brève discussion sur ce dossier constituait une pression de quelque nature que ce soit.

La deuxième et dernière réunion que j’ai eue au sujet du dossier a été avec Jessica Prince, la chef de cabinet de la ministre, et Katie Telford. Il n’y avait aucune urgence à assister à cette réunion. Nous avons dit qu’Elder et Mathieu avaient discuté de la question dans l’objectif de nous aider, nous tous, à défendre la décision de la ministre, quelle qu’elle soit. Je me souviens de cette réunion de manière très, très différente de la version qui a été communiquée la semaine dernière. Je me souviens que Mme Prince a dit que la Ministre ne voulait pas tenir compte des « facteurs politiques « dans sa décision et qu’elle était préoccupée par l’apparence d’ingérence politique. J’ai dit que c’est bien sûr la décision de la ministre, mais 9 000 personnes ne constituent pas une question politique. À mon avis, il s’agissait d’une véritable question d’intérêt public. J’ai dit que nous devions fournir une justification de l’une ou l’autre façon, et je ne voyais pas en quoi le fait qu’une personne comme Beverley McLachlin donne des conseils à la ministre constituerait une ingérence politique.

Je tiens également à dire que les commentaires de Mme Telford ont été rapportés ici la semaine dernière de façon tout à fait hors contexte. Mme Telford disait simplement ce que nous disons tout le temps lorsque des questions juridiques sont soulevées en présence d’avocats : que nous ne sommes pas des avocats et que nous ne pouvons pas débattre du droit. En ce qui concerne la question d’opinion, elle disait simplement que nous ferions de notre mieux pour appuyer la ministre, quelle que soit la décision qu’elle prendrait dans cette affaire.

Quoi qu’il en soit, il s’agissait d’une brève rencontre entre membres du personnel, du genre de celles qui ont lieu des douzaines de fois par jour, tous les jours sur la colline parlementaire. Personne dans ces réunions n’a le pouvoir de prendre une décision politique ou de modifier une loi. Nous avons tous la responsabilité de donner des conseils francs et honnêtes à ceux qui le font.

Ceci constitue l’entièreté de mes interactions personnelles avec la procureure générale dans ce dossier. Une brève conversation à la fin d’un dîner que j’ai trouvé agréable et une réunion avec son personnel au cours de laquelle j’ai cherché à comprendre sa réticence à recevoir les conseils d’un juriste indépendant.

Cela m’amène à me poser la question suivante : que constitue exactement une pression?

Selon le témoignage de l’ancienne ministre, onze personnes ont établi vingt points de contact avec elle-même, ou avec son bureau sur une période de près de quatre mois. Quatre de ces personnes n’ont jamais rencontré la procureure générale en personne. Dans mon cas au moins, c’est la procureure générale qui a sollicité la réunion.

Cela fait deux réunions et deux appels téléphoniques par mois pour la ministre et son bureau sur une question qui pourrait coûter les emplois d’au moins 9 000 Canadiens. La ministre a confirmé la semaine dernière que personne ne lui avait jamais demandé de prendre ou non la décision.

Vous savez maintenant que le sujet de ces interactions était de savoir si elle prendrait des conseils indépendants et externes sur la question.

Il ne me semblait pas à l’époque, et il ne me semble pas présentement, que ce que nous avons fait était quoi que ce soit d’autre que ce que ces 9 000 personnes sont en droit d’attendre de la part de leur premier ministre.

Lorsque vous résumez tout cela, la seule chose que nous avons demandée à la procureure générale, c’est d’obtenir un deuxième avis. Et nous avons aussi clairement indiqué qu’elle était libre d’accepter ou non cet avis.

La procureure générale et le premier ministre se sont vus fréquemment. La procureure générale aurait pu écrire ou parler au premier ministre à n’importe quel moment au cours de ce processus pour lui dire que les tentatives de contacter son bureau à ce sujet étaient inappropriées et qu’elles devraient cesser immédiatement. La ministre aurait pu dire aux gens qui l’ont soulevé avec elle qu’ils s’approchaient d’une ligne ou la franchissaient. La ministre aurait pu m’envoyer un texto ou un courriel à n’importe quel moment.

Toutefois, les interactions du CPM avec le bureau de la procureure générale n’ont été remises en question par la procureure générale qu’au moment du remaniement ministériel.

Le remaniement ministériel

J’aimerais maintenant parler de mon rôle de conseiller pour le remaniement et des raisons qui ont motivé les décisions du premier ministre.

D’entrée de jeu, permettez-moi de dire catégoriquement que le remaniement ministériel de janvier n’avait absolument rien à voir avec SNC-Lavalin. En fait, j’ai passé au moins autant de temps à travailler avec mes collègues pour éviter le remaniement que pour préparer mes conseils relativement à celui-ci.

Le 12 décembre, le jour de la fête de Noël du caucus, le ministre Brison nous a approchés, moi et Mme Telford, pour nous dire qu’il ne se représentait pas et qu’il allait le dire au premier ministre plus tard dans la journée. Le ministre a dit qu’il n’avait pas à quitter le cabinet immédiatement, mais qu’il espérait que nous pourrions prévoir un départ pas trop tard au début de la nouvelle année. Il a dit qu’il allait l’annoncer à ses électeurs deux ou trois jours plus tard.

Nous ne savions même pas qu’il songeait à prendre sa retraite.

Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour le dissuader, pour que Noël soit l’occasion d’y réfléchir et pour donner au moins au premier ministre une chance de l’en dissuader. J’ai dit que cela déclencherait un remaniement ministériel et que le premier ministre était satisfait de l’équipe qu’il avait. J’ai immédiatement demandé l’aide de gens qui connaissent bien le ministre Brison pour l’en dissuader, à la maison en Nouvelle-Écosse et à Ottawa. Nous avons passé les deux semaines suivantes à essayer de le convaincre de rester.

Ma principale préoccupation politique était notre position dans les Maritimes, plus précisément dans ma province natale, la Nouvelle-Écosse. M. Casey avait annoncé sa retraite et M. Fraser nous avait dit qu’il ne se représenterait plus. Je savais que si le premier ministre choisissait un ministre de la promotion 2015, M. Cuzner et M. Eyking pourraient interpréter cela comme un signal et peut-être ne pas se représenter non plus. Bref, en l’espace de quelques mois, on passerait de 11 sièges en Nouvelle-Écosse occupés par des députés forts à 5 sièges à combler.

Pour compliquer davantage la situation, le ministre Brison et M. Casey représentent tous deux des circonscriptions où les conservateurs ont toujours été forts. En fait, les deux hommes ont déjà été députés conservateurs. Je m’inquiétais également du fait que le problème pourrait s’étendre aux bastions traditionnels des conservateurs sur la côte néo-brunswickoise de la baie de Fundy. Un nouveau premier ministre venait d’être assermenté après une élection qui a divisé les groupes linguistiques, et perdre le ministre Brison signifiait perdre une voix reconnue qui pourrait plaire à une communauté importante.

Bref, le départ du ministre Brison nous mettrait dans une situation difficile. Personne n’est irremplaçable au gouvernement, mais le ministre Brison était très important pour notre équipe. C’est un ami et un collègue très apprécié du premier ministre et du personnel. Ainsi, mon premier conseil au premier ministre (et à tous mes collègues) au sujet du remaniement ministériel a donc été que nous devrions faire tout notre possible pour éviter d’en avoir un. Tout le monde était d’accord, et nous nous sommes mis au travail en essayant de persuader le ministre de rester.

Ni le premier ministre, ni personne autour de lui ne voulait qu’un remaniement ministériel ait lieu. Et nous ne voulions certainement pas en faire un la première semaine après Noël. Nous l’avions fait en 2017 après l’élection de Trump, mais dans ce cas, nous avions eu plus de deux mois pour le planifier. Celui-ci devrait être fait quelques jours après Noël, avec des ministres à l’extérieur de la ville que nous ne pouvions pas rencontrer en personne.

Pourquoi tout cela est-il si important pour ce comité? Pour une raison : si le ministre Brison n’avait pas démissionné, la ministre Wilson-Raybould serait toujours ministre de la Justice aujourd’hui. C’est un fait. Un fait qui est inconciliable et incompatible avec l’histoire que beaucoup tentent de raconter. Mais c’est néanmoins un fait. Et les faits sont des choses têtues.

La sélection du cabinet est l’une des tâches les plus difficiles pour tout premier ministre. J’ai conseillé deux premiers ministres sur 13 d’entre eux. Ils sont tous uniques. Les médias les traitent comme l’équivalent politique de la date limite des transactions de la LNH, mais le premier ministre les traite très très sérieusement. Il se soucie profondément des gens autour de cette table et passe habituellement des mois à réfléchir à propos de qui est le meilleur pour quel emploi. Presque invariablement, il commence par le travail et ce qu’il requiert, puis il choisit la personne qui est la mieux placée pour l’accomplir. Il n’y a pas d’autre emploi au Canada qui est comparable à celui de ministre du cabinet fédéral, comme Mme Raitt et M. Poilievre peuvent en témoigner, j’en suis sûr. Quel que soit le portefeuille, les emplois sont particulièrement exigeants et importants.

Dans ce cas-ci, le premier ministre n’aurait que quelques jours pour prendre en compte toutes ces considérations complexes. Et je peux vous dire avec une certitude absolue que SNC-Lavalin n’en faisait pas partie. Personnellement, j’espérais toujours qu’on pourrait convaincre le ministre Brison de rester jusqu’à l’été, afin que nous puissions éviter tout cela.

Après tout, c’est une chose de dire que vous allez démissionner, mais c’en est une autre de le faire.

Le premier ministre nous a demandé de réfléchir à des options pendant les Fêtes, au cas où. Il nous a dit qu’il voulait déplacer le moins de gens possible. Il a dit qu’il avait fait son remaniement ministériel préélectoral au cours de l’été et qu’il voulait minimiser les perturbations. Il nous a rappelé que le Conseil du Trésor est un travail important que peu de gens à l’extérieur d’Ottawa comprennent, mais qu’il est vital pour les fonctions essentielles du gouvernement. Il a dit qu’il ne pouvait pas être remplacé par un nouveau ministre.

Nous sommes donc revenus après Noël pour annoncer que le ministre Brison allait effectivement démissionner. Il a dit qu’il y avait longuement réfléchi, mais que lui et son mari Max avaient franchi le Rubicon et décidé qu’il était temps de partir.

Cela nous a laissé deux grands défis qui ne pouvaient pas être résolus avec une seule personne. Nous avions besoin d’un ministre de la Nouvelle-Écosse et d’un président du Conseil du Trésor ayant une expérience ministérielle. Aucun Néo-Écossais n’a été ministre dans le passé, sauf M. Regan qui est président de la Chambre des communes. Tous les signes indiquaient que la ministre Philpott passerait au Conseil du Trésor. Elle en avait été vice-présidente, donc elle possédait l’expérience nécessaire pour accomplir le travail.

Le premier ministre était d’accord avec cela, mais il s’inquiétait du signal que cela enverrait aux peuples autochtones. Pour moi, c’est la partie la plus triste de toute cette histoire. Les peuples autochtones ont reçu exactement le message contraire à celui que le premier ministre voulait communiquer.

La chose la plus précieuse dans tout gouvernement, c’est le temps du premier ministre. Le premier ministre consacre beaucoup de son temps aux questions autochtones. Beaucoup. Il se soucie profondément de cette relation et s’intéresse personnellement à tous les aspects du dossier. Il était préoccupé par le fait que le projet de loi sur les Services à l’Enfance et à la Famille serait bientôt à l’étude. Il pensait que ce serait l’un des projets de loi les plus importants que le gouvernement allait faire adopter.

Il voulait une personne des Services aux Autochtones qui enverrait un signal fort indiquant que le travail se poursuivrait au même rythme et que le dossier aurait la même importance personnelle pour lui. Il voulait aussi déplacer quelqu’un qui pourrait être remplacé à l’extérieur du cabinet, pour que le remaniement demeure petit et contenu.

La bonne (et peut-être la seule) personne qui pouvait faire cela était la ministre Wilson-Raybould.

Le premier ministre savait qu’il y avait plusieurs avocats compétents et expérimentés au sein du caucus qui pouvaient être ministres de la Justice, mais très peu d’entre eux pouvaient s’occuper aussi bien qu’elle des Services aux Autochtones. Les Services aux Autochtones avaient encore un agenda bien rempli à accomplir, tandis que la plus grande partie de la lettre de mandat du ministère de la Justice avait été complétée.

La liste restreinte pour le ministère de la Justice comprenait plusieurs avocats éminents ayant une bonne formation, dont David Lametti. Le premier ministre a choisi le ministre Lametti parce qu’il est un réputé professeur de droit de l’Université McGill, diplômé de Yale et d’Oxford. Il savait aussi que cela ferait sourciller s’il avait trois ministres gérant de très grands portefeuilles qui représentaient tous des circonscriptions de la ligne de métro du centre-ville de Toronto.

C’est dans ce contexte que le premier ministre a pris la décision de déplacer la ministre Wilson-Raybould. Ni son départ du ministère de la Justice ni l’entrée en fonction du ministre Lametti au sein de ce dernier n’avait quoi que ce soit à voir avec SNC-Lavalin.

Le plan était donc simple. Philpott au Conseil du Trésor, Wilson Raybould aux Services aux Autochtones. Amener Lametti à la Justice, et Jordan dans le nouveau portefeuille des Affaires Rurales pour lequel le caucus avait fait pression.

C’était un plan simple pour un petit remaniement bien rangé. Le premier ministre allait demander à quelques hauts fonctionnaires de faire des choses qu’ils ne feraient pas autrement, pour le bien de l’équipe et du gouvernement.

La situation a commencé à changer le week-end du 5 janvier. Le premier ministre s’est entretenu en personne avec la ministre Philpott à son bureau le dimanche 6 janvier. Le premier ministre nous a fait un compte rendu juste après. Il a déclaré que la ministre Philpott était enthousiasmée par le défi, en particulier par les aspects de son nouveau dossier qui touchent le gouvernement numérique. Elle a dit que la ministre Wilson-Raybould était un excellent choix pour les Services aux Autochtones, mais qu’elle craignait qu’elle y verrait là une rétrogradation. La ministre Philpott a ensuite dit au premier ministre qu’elle craignait que la ministre Wilson-Raybould ne se demande si son geste n’était pas lié à la « question du DPA «.

C’était la première fois que j’entendais quelqu’un suggérer que ce remaniement ministériel avait un lien quelconque avec le dossier SNC-Lavalin.

Le premier ministre a assuré à la ministre Philpott que le remaniement n’avait rien à voir avec ce dossier et lui a demandé si elle pouvait l’aider à faire la transition de son ministère à la ministre Wilson-Raybould. Elle a dit qu’elle le ferait, mais elle s’inquiétait clairement de la réaction de la Ministre Wilson-Raybould à cette nouvelle.

Après cette rencontre, j’ai parlé en privé avec le premier ministre. Il était clairement troublé et surpris par ce que la ministre Philpott avait dit. Je lui ai dit qu’il devait tenir compte dans sa réflexion de la possibilité que l’affirmation qu’elle avait faite soit rendue publique, même si elle semblait exagérée. Je lui ai dit qu’il doit savoir au fond de son c?ur que ce n’est pas la raison pour laquelle il a déplacé la ministre Wilson-Raybould. Il m’a répondu qu’il savait que ce n’était pas la raison pour laquelle il la déplaçait et qu’il ne changerait pas d’avis.

Le 7 janvier 2019, le premier ministre a téléphoné à la ministre de la Justice et procureure générale pour l’informer qu’il procédait à un remaniement ministériel et qu’elle ferait partie de ce remaniement. J’ai assisté à toute la conversation, tout comme Mme Telford. Du côté du premier ministre, l’appel s’est déroulé à son bureau du 80, rue Wellington, vers 9 h 30, heure de l’Est.

Ce qui suit est tiré d’une note contemporaine que j’ai prise pendant la conversation. J’ai aussi les messages textes que Mme Wilson-Raybould et moi avons échangés par la suite, et je vais les résumer. Ils sont de nature profondément personnelle et reflètent deux personnes qui tentent de faire face à une situation très difficile. Nous aurions de nombreuses conversations au cours de la semaine suivante, et je suis libre, en vertu du décret, d’en discuter et de répondre aux questions à leur sujet. Je le ferai au meilleur de mes capacités.

Le premier ministre a commencé l’appel en disant que le départ soudain du ministre Brison nous avait mis dans une « situation difficile «. Il a dit qu’il ne voulait pas remanier le cabinet, mais qu’il avait besoin de nos « meilleurs joueurs « pour bouger afin de « contribuer «. Il a déclaré que le programme autochtone était vraiment important pour lui et pour le pays, comme la procureure générale le savait bien. Il a dit qu’il ne voulait pas déplacer la ministre Philpott, mais qu’elle était la personne la plus qualifiée pour faire partie du Conseil du Trésor, parce qu’elle en avait été vice-présidente.

Il a ensuite dit que cela laisserait un grand vide aux Services aux Autochtones, et qu’il ne voulait pas que les gens pensent qu’il abandonnait une partie du programme. Il a dit qu’il sait à quel point elle « aime être MOJAG (minister of Justice and Attorney general) «, mais qu’elle était l’une de nos meilleures personnes, et qu’en l’affectant aux Services aux Autochtones, il « montrerait aux Canadiens combien nous prenons cela au sérieux «. Il a dit « qu’après l’élection, si nous réussissons, tout sera à nouveau frais. «

Il y a eu une longue pause au téléphone. La ministre Wilson-Raybould s’est dite « un peu choquée « parce que MOJAG était son « emploi de rêve «. Elle a dit : « IS (Indigeneous Services) Ce n’est pas le travail de mes rêves. Je ne vais pas mentir à ce sujet. « Le premier ministre a dit : « Je sais que ce n’est pas ton emploi de rêve, mais il est au c?ur de la mission et de l’héritage de ce gouvernement. C’est au c?ur de ma mission et de votre héritage. «

Après une autre pause, la ministre Wilson-Raybould a dit : « J’ai l’impression qu’on me retire la Justice pour d’autres raisons. « Je pouvais voir que le premier ministre a été décontenancé, mais il a simplement répondu qu’il faisait ce remaniement parce qu’il le devait et parce qu’il pensait que c’était la meilleure chose pour le gouvernement et le pays. Il a répété qu’il ne l’aurait pas fait du tout sans le départ du ministre Brison. Il a dit que quand vous perdez un membre de l’équipe, tout le monde doit contribuer. L’appel a pris fin.

La ministre Wilson-Raybould a alors fait quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas. Je n’avais jamais vu quelqu’un le faire auparavant, au cours de plusieurs remaniements, pendant de nombreuses années. L’ancienne procureure générale a refusé un portefeuille du cabinet. Elle a dit qu’elle ne pouvait pas le faire pour la raison que, franchement, j’aurais dû m’attendre à ce qu’elle le dise, et je l’aurais probablement fait si nous avions eu plus de temps. Elle a dit qu’elle avait passé sa vie à s’opposer à la Loi sur les Indiens et qu’elle ne pouvait pas être responsable des programmes administrés sous son autorité. J’ai entrepris de demander au premier ministre d’envisager des solutions de rechange, mais j’ai aussi dit que je n’avais jamais vu un ministre refuser un ministère. J’ai dit, évidemment, ce n’est pas à moi de décider, mais que je ferais de mon mieux.

La question évidente est la suivante : pourquoi le premier ministre n’a-t-il pas laissé la ministre occuper son ancien poste si elle en a refusé un nouveau? Mes conseils à ce sujet n’avaient rien à voir avec la ministre personnellement, ni avec aucun aspect de son ancien ou de son nouveau poste. C’était ceci : si vous permettez à un ministre d’opposer son veto à un remaniement ministériel en refusant de bouger, vous ne serez bientôt plus en mesure de gérer le cabinet. Dans ce cas-ci, il n’a pas été possible pour le premier ministre d’aller plus loin que d’offrir le poste des Anciens Combattants. Les invitations au cabinet ne sont pas le fruit d’une prise de décision partagée. C’est la décision du premier ministre et c’est à lui seul de la prendre. Mon conseil était à l’effet que le premier ministre ne devrait pas créer le précédent qu’un ministre du cabinet pourrait refuser un nouveau poste et demeurer dans une seule position pour toute la vie du gouvernement.

Au cours des jours suivants, Mme Wilson-Raybould et moi avons parlé et correspondu à plusieurs reprises. Au cours de ces conversations et échanges, j’ai su que la confiance s’était brisée entre notre bureau et la ministre. J’ai été profondément préoccupé par ce que la ministre a dit. Ce fut une grande et triste surprise pour moi qu’elle ait pu tirer ce genre de conclusions au sujet de ses collègues, y compris moi-même. J’ai essayé de contrer ses malentendus par des efforts répétés et honnêtes. En fin de compte, je n’y arrive pas. Et nous voilà ici aujourd’hui.

Deux navires

Je suis fermement convaincu qu’il ne s’est rien passé ici en dehors des activités normales du gouvernement. Le personnel juridique hautement qualifié du CPM a travaillé en étroite collaboration avec l’équipe juridique du BCP sur tous les aspects du dossier, pour s’assurer que la doctrine Shawcross était respectée.

J’ai eu du temps libre pour la première fois depuis longtemps. J’ai utilisé ce temps pour revoir tous mes textes et courriels existants avec Mme Wilson-Raybould depuis notre rencontre du 3 octobre 2013.

Au cours des cinq années et demie qui ont suivi, j’ai appris à lui faire confiance en tant que précieuse collègue et ami. Elle m’a beaucoup appris sur beaucoup de choses. Nous avons eu de longues et réfléchies discussions sur des douzaines et des douzaines de questions, tant professionnelles que personnelles. Elle et son mari ont dîné chez moi avec ma femme et nos enfants.

Ce que je veux dire, c’est que les gens ont peut-être une caricature à l’esprit en raison de la couverture médiatique sur ce à quoi ressemble une relation entre un ministre et le personnel du CPM. Ce n’était certainement pas ça.

Mais il ne s’agit pas ici de l’amitié ou de la relation de travail entre Jody Wilson-Raybould et Gerald Butts. Il s’agit de la relation entre deux des postes les plus importants au Canada: celui qu’occupait Mme Wilson-Raybould et celui que j’ai occupé. Les deux comportent des devoirs et des obligations positives pour les personnes qui ont la chance de les occuper pendant la courte période de temps durant laquelle elles le font. Ces devoirs et obligations ne sont pas le fruit du hasard. Ils existent pour protéger l’intérêt public. Je crois que son bureau impose à son occupant l’obligation d’informer le premier ministre de tout comportement répréhensible, par écrit, au moment où le comportement est observé, ou près de celui-ci. Si le premier ministre ne fait rien, la procureure générale devrait informer le public et démissionner.

À vous, président, et aux membres du comité, je voudrais que vous le sachiez. Je le sais d’après une longue expérience personnelle avec le premier ministre : si quelque chose d’irrégulier s’était produit et que cette irrégularité lui avait été signalée, le premier ministre aurait mis un terme à cette situation. Même si l’irrégularité provenait de lui-même.

Nous avons fait ce qu’un gouvernement responsable aurait fait, peu importe l’allégeance politique. Nous avons travaillé aussi fort que possible, dans le strict respect des lois et des conventions du pays, pour protéger des milliers et des milliers d’emplois canadiens. Le premier ministre a fait ce qu’il fallait, de la bonne façon, pour les bonnes raisons. Comme son personnel et ses collègues.

En terminant, je tiens à dire que je regrette profondément que la foi et confiance de l’ancienne ministre dans les nombreux collègues avec lesquels elle a siégé pendant trois ans et demi se soient tellement érodées. Je prends ma juste part de responsabilité dans cette situation tragique.

Mais ce qui se passe ici n’est pas juste pour les personnes nommées dans sa déclaration. Ce sont des personnes bonnes et travaillantes qui ont un talent et une intégrité extraordinaires. Elles se soucient beaucoup de leur pays et leurs familles et eux-mêmes ont beaucoup sacrifié pour pouvoir le servir. Je soupçonne qu’elles ont appris, comme moi, les allégations précises de l’ancienne procureure générale à leur encontre pour la première fois la semaine dernière, tout en suivant les travaux de ce comité.

C’est le plus grand honneur de ma vie professionnelle d’avoir travaillé avec toutes ces personnes, et tant d’autres sur tant de sujets importants, pendant tant d’années. Et oui, j’inclurais absolument l’ancienne ministre parmi ces personnes.

Je n’ai pas d’animosité envers Mme Wilson-Raybould, et je lui souhaite, ainsi qu’à son mari Tim, bonne chance pour l’avenir. J’espère surtout que ce triste épisode pourra être résolu rapidement, de sorte que les personnes qui ont encore le privilège d’occuper temporairement des fonctions publiques élevées puissent poursuivre leur travail essentiel.

Pour terminer, je tiens à remercier les nombreux amis qui ont communiqué avec moi ces dernières semaines. Votre gentillesse me fait chaud au c?ur. J’espère que ce que j’ai dit aujourd’hui vous donnera le contexte et la raison de ma démission que je ne pouvais pas vous donner avant maintenant. C’est une chose d’être accusé de quelque chose en première page du journal. C’est une autre chose que d’en accuser un ami et un ministre. L’un arrive tout le temps, l’autre ne m’était jamais arrivé auparavant.

Le premier ministre et moi-même sommes des amis proches depuis près de trente ans. C’est bien connu. Si je n’étais pas resté, ses actions ou son inaction envers moi auraient pu servir à l’accuser de me favoriser, de choisir son meilleur ami plutôt qu’un ministre. Je n’ai pas pu permettre que notre amitié joue contre lui, alors la démission était la bonne et nécessaire chose à faire pour le poste, et le premier ministre.

Je suis heureux d’avoir l’occasion de faire consigner cela au compte rendu, monsieur le président.

J’espère que mon témoignage d’aujourd’hui fournira les informations nécessaires pour permettre aux gens avec qui j’ai travaillé sur des questions cruciales, du changement climatique à la création d’emplois, en passant par l’aide à sortir de la pauvreté, de réorienter leurs énergies et leurs efforts sur ce travail vital.

Je vous remercie tous pour votre patience et pour vos années de service public dévoué. Je suis à votre disposition pour vos questions.»

Éducation

Le ministre de l'Éducation annonce 2,3 G $ pour rénover les écoles délabrées

MONTRÉAL — Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé dimanche un investissement de plus de 2,3 milliards $ dans des projets de rénovation des écoles au cours du présent exercice financier.

Accompagné du président du Conseil du trésor, Christian Dubé, le ministre Roberge a lancé ce qu'il désigne comme une «opération grand rattrapage» pour remettre en état les établissements scolaires à travers la province.

Dans un communiqué, le gouvernement précise qu'il s'agit d'une augmentation de près de 156 pour cent de l'enveloppe consacrée «au maintien des bâtiments et à la résorption du déficit de maintien» par rapport à l'année précédente.

La ministre responsable de la région de Montréal, Chantal Rouleau, était également présente à l'annonce de dimanche, car près de 625 millions $ de cette somme seront accordés aux cinq commissions scolaires de la métropole.

Des sommes «minimales» ont également été prévues pour les deux années scolaires suivantes afin, dit-on, d'améliorer la planification de certains travaux de maintien des bâtiments.

Une remise à niveau du parc immobilier scolaire figurait parmi les promesses électorales de la Coalition avenir Québec

Environnement

2015-2019 devrait être la période la plus chaude enregistrée depuis 1850

NATIONS UNIES — Les cinq années 2015 à 2019 devraient constituer la période la plus chaude jamais enregistrée, après le caniculaire été dernier, a rapporté dimanche l’ONU, à la veille d’un sommet climat en présence d’une soixantaine de dirigeants mondiaux à New York.

La température moyenne pour la période 2015-2019 devrait être plus élevée de 1,1°C par rapport à la période 1850-1900, indique ce rapport publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et qui fournit l’état des lieux le plus actuel sur le climat de la Terre.

Les dernières données confirment la tendance des quatre années précédentes, qui étaient déjà les plus chaudes jamais enregistrées, c’est-à-dire depuis 1850. On savait aussi que juillet 2019, marqué par plusieurs canicules notamment en Europe, avait battu le record absolu de température.

Mais ce degré de différence est une moyenne qui cache des disparités régionales. Les pôles se réchauffent plus vite, et les zones côtières sont plus rapidement menacées.

«Les effets du changement climatique ne sont pas ressentis de façon égale», a commenté le scientifique en chef du bureau météorologique britannique, Stephen Belcher. «Certains pays ressentent certains effets, comme des canicules plus intenses ou des inondations plus graves, plus tôt que d’autres».

Le rapport, publié deux jours après la gigantesque grève de l’école mondiale de vendredi et alors que les dirigeants de la planète convergent sur New York pour l’Assemblée générale annuelle de l’ONU, dresse un bilan sévère de l’inaction des États pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Et encore, les scientifiques ont tendance à être «conservateurs», a prévenu l’une des responsables du rapport, Leena Srivastava. En réalité, les décideurs publics «doivent agir avec beaucoup plus d’urgence», a-t-elle dit en présentant le rapport dimanche.

Pas de recul des émissions

La liste de mauvaises nouvelles sur l’état de la planète est longue et minutieusement détaillée par le rapport de l’OMM.

Ainsi, la montée du niveau des océans s’accélère. Dans la dernière décennie, le rythme est passé à 4 millimètres par an, au lieu de trois par an, à cause de la fonte accélérée des calottes glaciaires aux pôles Nord et Sud, confirmée par de multiples études et observations satellitaires.

Les émissions dues au charbon, au pétrole et au gaz ont poursuivi leur croissance en 2018 et continueront ainsi jusqu’à 2030 au moins, estiment les scientifiques.

Pour 2019, elles seront «au moins aussi élevées» qu’en 2018, prévoient les scientifiques qui ont planché sur ce rapport pour l’ONU en prévision du sommet de lundi.

La concentration de CO2 dans l’atmosphère devrait atteindre un nouveau pic à la fin de l’année 2019, selon des données préliminaires, soit 410 parties par million.

C’est pour le professeur Dave Reay, de l’université d’Edimbourg, la pire nouvelle du rapport.

«On dirait un relevé de carte bleue après cinq ans de dépenses sans compter», a-t-il écrit. Poursuivant la métaphore bancaire, il ajoute: «Notre plafond global de crédit de carbone est atteint. Si les émissions ne commencent pas à chuter, le prix sera infernal».

Dans l’état actuel des engagements des pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la planète sera plus chaude de 2,9 à 3,4°C d’ici 2100.

Il en ressort que les efforts anti-carbone des pays doivent être multipliés par cinq pour contenir le réchauffement à +1,5°C, comme le prévoit l’accord de Paris de 2015, un objectif que beaucoup d’experts semblent désormais considérer comme illusoire. Ou au minimum par trois pour s’en tenir à +2°C, la limite maximale stipulée par le texte.

En réalité, le réchauffement réel pourrait être encore plus élevé, selon des modélisations climatiques plus récentes, mais qui ne sont pas encore validées par l’ONU, comme celle d’une équipe française qui prévoit +7°C dans un scénario du pire.

«Le fossé n’a jamais été aussi grand» entre ce que le monde veut accomplir et la réalité des plans climatiques des pays, prévient le rapport.

C’est ce fossé que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, veut commencer à combler en accueillant une soixantaine de dirigeants lundi.

Beaucoup de leaders devraient promettre d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, selon lui. À charge pour eux de concrétiser ensuite ces engagements très ambitieux.

Insolite

Un combat entre grizzlys capté sur vidéo en Colombie-Britannique [VIDÉO]

Une Canadienne qui circulait sur l’autoroute Stewart-Cassiar entre Stewart et Meziadin Junction, en Colombie-Britannique, a été témoin d’un spectacle rare, un combat entre deux grizzlys.

Cari McGillivray a partagé vendredi sur Facebook la vidéo d’un duel entre les deux animaux. On peut voir les deux grizzlys se faire face et grogner. Ils ont échangé des coups, passant de la route au fossé pour revenir sur l’asphalte. 

«C'était de loin l'une de mes rencontres préférées avec la faune», a écrit Cari McGillivray dans les commentaires.

À la fin de la vidéo, le plus petit des grizzlys abandonne le combat, poursuivi par l’autre animal. Également, au loin sur la route, on peut apercevoir un loup s’arrêter pour observer la scène.

La vidéo a été visionnée plus d’un demi-million de fois depuis vendredi. Elle a été partagée par plus de 21 000 personnes et a reçu de nombreux commentaires et j’aime.

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Justice et faits divers

Un cycliste grièvement blessé à Rimouski

Un cycliste de 25 ans lutte pour sa vie après une collision avec une voiture, à Rimouski, dimanche.

L’accident s’est produit vers 4 h 45 à l’intersection du boulevard René-Lepage (route 132) et de la rue Moreau. Selon la Sûreté du Québec, le cycliste, qui circulait sur la piste cyclable le long du fleuve, ne portait pas de casque. Il aurait traversé le boulevard René-Lepage sans prendre le temps de s’assurer qu’il n’y avait pas de danger. 

L'automobiliste, qui roulait en direction ouest, n’a pas pu éviter le cycliste. La conductrice a été transportée à l’hôpital pour y soigner un choc nerveux. L’homme de 25 ans a été grièvement blessé et on craint pour sa vie.

Un enquêteur spécialisé dans les scènes d’accident s’est rendu sur place et une enquête est en cours pour établir les circonstances précises de l’accident.

Actualités

La projection du «Bat-Signal» à Montréal annulée par les policiers

Montréal n'aura eu des airs de Gotham City que pendant quelques minutes samedi soir. La projection du «Bat-Signal» au centre-ville, qui devait avoir lieu à compter de 20h pour souligner le 80e anniversaire du héros Batman de l'univers de DC Comics, a été annulée à la demande des policiers.

Le «Bat-Signal», ce symbole utilisé par les policiers pour convoquer le ténébreux justicier, devait illuminer la Place Dupuis de 20h à minuit. Il n'a finalement été projeté que pendant une très courte période.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé à La Presse canadienne avoir demandé aux organisateurs — ce ne sont pas eux, ont-ils précisé — de reporter, voire d'annuler, la projection afin de ne pas nuire à une opération dans un parc à proximité de l'édifice.

Un homme souffrant de problèmes de santé mentale se trouvait depuis 17h35 «dans une structure» située dans le parc Émilie-Gamelin, qui est adjacent au lieu de la projection.

Il est finalement descendu à 21h50 au terme de négociations avec les policiers et a été arrêté pour méfait public, a précisé l'agent Jean-Pierre Brabant, un porte-parole du SPVM. Le parc a été entièrement fermé durant l'opération.

Montréal est le seul endroit au Canada qui devait prendre part à l'événement, qui réunit 12 autres villes à travers le monde.

Symbole international

Le troisième samedi du mois de septembre marque l'anniversaire du personnage, créé par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger en 1939.

Le symbole de chauve-souris a d'abord brillé sur le Fed Square de Melbourne, en Australie et, selon le site Web de DC Comics, il devait également faire son apparition à Tokyo, à Berlin, à Barcelone et à Londres.

Le «Bat-Signal» a également éclairé le ciel new-yorkais, avant d'être projeté une dernière fois sur l'hôtel de ville de Los Angeles.

«Le ''Bat-Signal'' est l'une des images les plus facilement identifiables dans toute l'iconographie des superhéros et il sera remarquable de le voir transcender les frontières, les langues et les cultures pour nous unir à travers une seule expérience», a déclaré Pam Lifford, du studio Warner Bros, dans un communiqué plus tôt cette semaine.

Actualités

Saison de la chasse: la SQ rappelle l'importance de quelques précautions de base

MONTRÉAL — La Sûreté du Québec (SQ) profite de la saison de la chasse pour rappeler à ceux et celles qui pratiquent cette activité de ne pas oublier de prendre certaines mesures de précaution de base.

La SQ lance cet appel puisque chaque année, les policiers de la Sûreté du Québec doivent intervenir à la suite d'un signalement pour une personne portée disparue en forêt durant la période de la chasse.

Dans les prochains jours, les chasseurs seront de plus en plus nombreux à s'adonner à leur activité favorite dans les milieux isolés.

À la SQ, la sergente Marie-Michèle Moore a rappelé samedi à quel point il est important de fournir l'itinéraire prévu aux proches, ainsi que la date et l'heure du retour.

Même si les conditions météo peuvent sembler favorables, il faut aussi prévoir une trousse de survie contenant notamment des articles de premiers soins de base et des allumettes, puis être en mesure de s'alimenter si un chasseur devait passer plus de temps que prévu en forêt. Des vêtements pour être en mesure de faire face à la pluie ou au froid peuvent aussi s'avérer pratiques.

Évidemment, les cartes et les boussoles sont des outils très utiles pour les chasseurs, mais les moyens de communication comme un téléphone cellulaire et un GPS peuvent s'avérer indispensables.

Ceux qui possèdent un téléphone satellite devraient aussi connaître le numéro de téléphone des services d'urgence de la région où ils se trouveront, rappelle la SQ.

Actualités

Google prétend avoir atteint la «suprématie quantique»

NEW YORK — Le géant informatique américain Google prétend avoir franchi une étape importante désignée sous le nom de "suprématie quantique" en fabriquant une machine aux capacités bien supérieures à celles des ordinateurs classiques les plus puissants, selon le «Financial Times» vendredi.

Ces calculateurs d'un nouveau type sont capables, pour certaines tâches, de les réaliser bien plus rapidement que les machines actuelles car ils peuvent utiliser des propriétés étonnantes des particules permettant d'échapper aux règles de la physique classique.

Une étude des chercheurs de Google décrivant cette innovation, vue par des journalistes du quotidien économique, a été brièvement publiée sur le site de la Nasa cette semaine avant d'en être retirée.

Les chercheurs y affirmeraient que leur processeur est capable de mener une opération en trois minutes et vingt secondes là où il faudrait 10 000 ans au plus avancé des ordinateurs actuels.

Ils auraient atteint ainsi la «suprématie quantique», en démontrant clairement qu'un ordinateur quantique bat en performance un ordinateur classique.

Une étape «essentielle»

Alphabet, la maison mère de Google, n'avait pas dans l'immédiat répondu aux sollicitations de l'AFP.

Selon les chercheurs de l'entreprise californienne, la machine ne peut résoudre qu'un seul calcul à la fois et l'utilisation des machines quantiques pour de réelles applications industrielles ne se fera pas avant plusieurs années.

Mais c'est «une étape essentielle vers l'informatique quantique à grande échelle», écrivent-ils dans l'étude selon le Financial Times.

S'il existe déjà des prototypes d'ordinateurs quantiques, ces derniers ne peuvent actuellement que réaliser des tâches similaires à celles effectuées par un ordinateur normal, mais plus rapidement.

Des ordinateurs quantiques aboutis pourraient changer la donne dans des domaines tels que la cryptographie, la chimie ou l'intelligence artificielle.

L'entrepreneur de la tech Andrew Yang, en lice pour la primaire démocrate, a salué cette avancée.

«Que Google mette en œuvre l'informatique quantique est une étape importante. Cela signifie, entre autres choses, qu'aucun code n'est indéchiffrable», a-t-il écrit sur Twitter.

Élections 2019

Le coût de la vie est le principal enjeu de la campagne, selon un sondage

OTTAWA — Les données d'un nouveau sondage dressent le portrait d'une population canadienne rongée par l'anxiété et le pessimisme économiques, des résultats qui pourraient expliquer pourquoi l'enjeu du coût de la vie se démarque comme le principal thème de la campagne électorale fédérale.

Toutefois, s'il faut tirer un constat du plus récent coup de sonde mené par Léger, c'est que les électeurs ne savent toujours pas quel parti est le plus susceptible d'apaiser leurs inquiétudes.

Dans son enquête, Léger a demandé aux gens de choisir quelle affirmation correspondait le mieux à leur situation financière personnelle.

Plus d'une personne sur quatre, soit 26 % des répondants, a indiqué que son revenu était adéquat, mais qu'elle avait tout de même de la difficulté à joindre les deux bouts et qu'elle ne s'en sortait pas.

Pour 13 % des répondants, leur revenu est tout simplement trop bas et ils s'enfoncent dans l'endettement.

Chez les 35-54 ans, ce sont 36 % des répondants qui admettent joindre difficilement les deux bouts, même avec un revenu décent, alors que 15 % d'entre eux s'endettent. Il s'agit du taux le plus élevé parmi tous les groupes d'âge interrogés.

Ne cherchez plus pourquoi les libéraux, les conservateurs et les néo-démocrates ont tous passé la première semaine de campagne à courtiser les familles, affirme le vice-président de Léger, Christian Bourque.

«Ils ont probablement des données similaires en main qui leur indiquent qu'il y a là une masse de gens pour qui la vie semble plus difficile», explique-t-il.

Le sondage a été mené du 13 au 17 septembre auprès de 1598 électeurs sélectionnés au sein du panel en ligne de Léger. Comme il ne s'agit pas d'un échantillon probabiliste, il est impossible de définir une marge d'erreur.

Élections 2019

Le «blackface» éclipse une annonce du Parti vert sur la décriminalisation des drogues

Même en l'absence du chef libéral Justin Trudeau qui a pris une journée de repos — tout comme le chef conservateur Andrew Scheer, le «blackface» a rattrapé les autres partis et leurs annonces, sauf au Québec.

Le néo-démocrate Jagmeet Singh, à Toronto, et la chef du Parti vert Elizabeth May, à Winnipeg, ont dû composer avec la controverse entourant la parution de photographies du visage grimé de noir de Justin Trudeau. Le Québec a échappé à la tourmente.

Le chef bloquiste a tenté de profiter de la fenêtre médiatique qu'il disposait pour marteler de nouveau sur le clou de l'environnement.

De l'ombrage aux verts

La controverse a porté ombrage à une importante annonce électorale des verts.

De passage à Winnipeg, Elizabeth May a annoncé que son parti voulait décriminaliser la possession de toutes les drogues actuellement illégales afin de résoudre la crise des opioïdes. Selon elle, il faut que cet enjeu ne soit plus traité «comme un problème criminel», mais comme «un problème de santé».

Mais l'annonce est presque passée inaperçue puisque la chef de la formation a dû passer plus de temps à commenter les photographies de Trudeau que de parler de l'engagement de son parti.

Mme May semblait être plus encline à absoudre M. Trudeau. Un de ses propres candidats vedettes à Terre-Neuve-et-Labrador a reconnu lui-même avoir coloré sa peau dans le passé.

Greg Malone, qui se présente dans la circonscription d'Avalon, a raconté qu'il avait teint sa peau pour interpréter Mahatma Gandhi dans un sketch diffusé pendant un épisode de la série CODCO, une émission humoristique de la CBC dans les années 1980 et 1990. M. Malone en en parlé dans un article publié sur le site internet de la société d'État. Il y soutient que les Blancs doivent faire un plus grand effort pour se placer dans les souliers des minorités visibles.

Actualités

S’élever au-dessus de la maladie... en hydravion!

Hugo Desrochers a combattu une leucémie en 2010. En rémission, il souhaitait s’impliquer auprès d’autres personnes atteintes d’une maladie. Puis il a décidé d’unir ses deux passions, l’aviation et le désir d’aider les enfants, pour créer la fondation Vol d’un survivant à l’autre.

Hugo et son équipe offrent la chance aux enfants malades et à leur famille de faire un tour d’hydravion au-dessus du Lac Saint-Augustin, tout à fait gratuitement. Cette année marque la huitième édition de l’événement.

«C’est comme un petit Rêves d’enfants. La première édition, il y a eu un vol. Après on a grandi, et grandi. L’année passée, il y en a eu 13 et cette année, on est rendu à 34, avec quatre avions pour réaliser les vols.»

En plus de tenir une journée d’activités, où les enfants et leurs familles s’amusent pour ensuite sauter dans un hydravion pour voler au-dessus de la ville, la fondation de M. Desrochers amasse des sous. La somme entière est remise à la Fondation Charles-Bruneau, qui partager leurs valeurs et objectifs.

«Je suis fier de dire que cette journée, c’est notre équipe qui crée l’activité, avec tout plein de bénévoles et de commanditaires. Ça prend quelqu’un du milieu, sinon ce genre d’activité n’existerait pas. La Fondation Charles-Bruneau nous offre un soutien et une notoriété.»

Un cadeau

Samedi en début d’après-midi, M. Desrochers revenait tout juste de compléter un vol avec une famille. Le petit garçon débarquait de l’avion tout heureux, les yeux brillants.

«Les parents disaient qu’il était en traitement de chimiothérapie toute la semaine. Il pensait à son tour d’avion et ça a été sa motivation. Entendre ça, c’est ma paie pour l’année. C’est trippant de voir l’émotion des gens quand on les entre dans l’avion, quand on revient. On sort de l’avion et on est émerveillés.»

L’objectif de cette journée de vol est d’offrir un moment de répit aux familles, de les aider à passer au travers de moments difficiles. Après huit ans, le fondateur et pilote réalise moins de vols qu’avant, il est bien occupé avec l’organisation de la journée, les jeux gonflables ou l’alimentation.

«Au début, je faisais tous les vols, je me suis distancé pour organiser la journée, mais c’est important pour moi de continuer à faire quelques vols pour rester connecté avec ce que j’ai bâti. C’est le plus important.»

Vol d’un survivant à l’autre aura amassé plus de 20 000 $ en dons cette année.

Politique

La CAQ est un gouvernement de climato-sceptiques, selon Dominic Champagne

Bien campé chez les climatosceptiques, le gouvernement Legault ne répondra pas à l'appel des Nations unies (ONU) qui demande d'arriver à New York la semaine prochaine avec des solutions en vue de combattre les changements climatiques.

C'est la conviction du porte-parole du Pacte pour la transition écologique, le metteur en scène Dominic Champagne, scandalisé par l'inaction du gouvernement caquiste après bientôt une année au pouvoir.

Il avait pourtant rencontré M. Legault dans la foulée du lancement du Pacte l'an dernier et même adhéré à la Coalition avenir Québec (CAQ) en signe de bonne foi. Mais au cours d'une entrevue avec La Presse canadienne publiée samedi, il a exprimé sa déception, mais aussi son espoir que la mobilisation force le gouvernement à agir.

Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, et son collègue à l'Énergie, Jonatan Julien, débarqueront à New York la semaine prochaine pour le Climate Week, un grand sommet annuel coordonné par l'ONU, mais Dominic Champagne est persuadé qu'ils ne présenteront aucun plan concret.

Depuis Jean Charest, la tradition voulait que le premier ministre aille en personne au Climate Week, puisque le Québec joue en rôle important en diplomatie climatique chez les États fédérés, mais François Legault y envoie plutôt ses ministres.

«ll n'est pas dans sa zone de confort, il n'est pas prêt, il ne débarquera pas là sans avoir l'ombre d'une solution», a déploré M. Champagne.

Un appel de l'ONU

Pourtant l'an dernier le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait lancé un appel à la société civile, ainsi qu'un cri du coeur aux dirigeants du monde entier, comme quoi «il n'y a plus de temps à perdre» devant l'urgence climatique: il exigeait des solutions pour cette année et non plus des discours.

«Le gouvernement Legault demeure dans le camp des climatosceptiques [ceux qui réfutent le consensus scientifique sur les bouleversements climatiques]», a poursuivi M. Champagne.

«C'est légitime de demander [si les caquistes] sont climato-sceptiques, parce que pour l'instant ils agissent et gouvernent comme des climato-sceptiques. Quels gestes ont-ils posés depuis un an? À peu près le néant. [...] Quelle réponse les ministres donnent-ils à l'appel de l'ONU? Quel plan concret? Le gouvernement est dépassé, déphasé par rapport à l'urgence.»

Il reconnait que la CAQ a mis en place des mesures, par exemple pour encourager l'achat d'autos électriques. Cependant, «ces gestes ne sont pas à la hauteur du défi», et «le préjugé favorable» envers des projets comme l'usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay «vient annuler toute velléité d'effort du gouvernement».

Le Plan d'action du Québec sur les changements climatiques de 2020-2030 se fait encore attendre, tandis que pour le plan 2013-2020, le Québec est en voie de rater sa cible de réduction de 20 pour cent des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport au seuil de 1990.

«Le gouvernement n'a encore rien à nous soumettre et ce qu'il va nous soumettre, je suis persuadé que ce ne sera pas à la hauteur de la situation, a déclaré M. Champagne. Après ils vont se défendre en disant qu'ils sont pragmatiques et qu'on aura encore besoin du pétrole longtemps.»

Garder espoir

Néanmoins il garde espoir et compte sur la mobilisation populaire pour finir par infléchir le gouvernement, «amadoué par une industrie toute puissante qui a “runné la business” depuis plus d'un siècle». Car au-delà des gestes individuels, il faut des politiques publiques pour répondre à la crise actuelle et se «désintoxiquer du pétrole», estime-t-il.

Le Québec a la chance de compter sur une «potion magique», selon ses mots: l'hydro-électricité. M. Champagne appelle le gouvernement à miser une fois pour toutes sur l'inventivité, les ressources et le génie québécois, pour entreprendre un véritable virage vert.

«On a décidé de devenir “maitres chez nous” et fonder notre modernité sur deux valeurs fondamentales: énergie propre et partage de la richesse liée à l'exploitation de cette énergie. Mais aujourd'hui, les projets qui chatouillent le coeur de notre gouvernement sont basés sur une énergie sale au profit d'intérêts privés, c'est tout le contraire de ce que nous sommes.»

Élections 2019

Un bébé en campagne avec les conservateurs

TORONTO — La petite Georgia Hubick n'a que neuf semaines, mais elle accumule déjà des milliers de kilomètres au compteur.

Georgia suit la campagne électorale des conservateurs avec sa mère, Kenzie Potter, conseillère politique principale du chef Andrew Scheer. En sept jours à peine, la petite a visité près d'une quinzaine de villes et villages dans sept provinces canadiennes, alors que sa mère continue d'exercer ses fonctions.

«Beaucoup de gens la voient descendre de l'autocar et ils sont plutôt surpris, ou bien ils demandent: "tu amènes un bébé en campagne?"», a déclaré Mme Potter, dans une entrevue accordée à La Presse canadienne lors d'une rare pause électorale, cette semaine à Toronto. «Je ne sais pas trop s'ils trouvent ça exagéré ou sympathique.»

Andrew Scheer et sa femme Jill, eux, trouvent ça éminemment sympathique. «Je ne pourrais plus imaginer la campagne sans elle», dit le chef conservateur.

Entrainer un bébé dans la tourmente d'une campagne électorale est assez inhabituel pour un membre du personnel politique; mais pour M. Scheer et sa femme, qui sont très «famille», ce choix était tout naturel. Les Scheer ont cinq enfants — Thomas, Grace, Madeline, Henry et Mary, âgés de 14, 12, 10, 8 et 3 ans - et le chef conservateur aime bien rappeler en rigolant que pendant toutes ses campagnes électorales depuis 2004, sa femme était soit enceinte, soit nouvelle maman. «C'est Kenzie qui l'a fait cette fois-ci pour perpétuer la tradition», plaisante M. Scheer.

Il reste que Mme Potter, âgée de 37 ans, ne voulait pas dire à son chef qu'elle était enceinte — et qu'elle allait accoucher environ deux mois avant le déclenchement des élections fédérales. «C'est tout ce dont on pouvait rêver : c'est la coupe Stanley pour nous», déclare Mme Potter, la petite Georgia dans les bras, assise sur un canapé dans un hôtel d'aéroport entre M. et Mme Scheer.

Le moment, par contre, était un peu mal choisi: la conseillère avait l'impression de laisser tomber un ami au moment précis où il avait le plus besoin d'elle. Mais elle soutient que M. Scheer l'a immédiatement rassurée en lui rappelant que pour lui, les enfants sont ce qu'il y a de mieux dans la vie, et il l'a aussitôt invitée à emmener Georgia dans l'avion. «Affaire classée.»

Élections 2019

«Blackface»: Singh ne veut pas devenir un instrument de relations publiques

TORONTO — La campagne du chef néo-démocrate Jagmeet Singh n'a pas fait relâche samedi, pendant que ses adversaires libéral et conservateur s'accordaient une journée de repos.

En après-midi, le chef du Nouveau Parti démocratique est revenu une fois de plus sur la controverse dans laquelle s'est embourbé Justin Trudeau au cours des derniers jours, en raison des vieilles images le montrant avec un maquillage auparavant employé pour dénigrer les personnes noires.

L'équipe libérale avait rapidement contacté les néo-démocrates pour organiser un entretien avec Jagmeet Singh, la seule personne racisée à diriger l'un des principaux partis fédéraux.

M. Singh a précisé samedi que la rencontre n'avait pas encore eu lieu. Il a dit avoir accepté l'invitation, mais à condition que leurs échanges demeurent privés.

«Je ne veux pas être instrumentalisé pour exonérer M. Trudeau, a-t-il fait valoir. Je ne veux pas être impliqué dans un exercice de relations publiques.»

M. Singh a expliqué sa position en point de presse à Toronto, à l'issue d'une table-ronde avec de jeunes leaders communautaires racisés. «Je veux utiliser ma tribune pour amplifier vos voix», leur a-t-il lancé.

Des participants ont relevé que cette saga de blackface ne devrait pas être analysée comme un cas isolé de racisme au sein du Parti libéral du Canada, évoquant notamment les relents colonialistes de leur politique étrangère.

M. Singh a saisi l'occasion pour présenter les engagements du NPD en matière de lutte au racisme systémique. Il propose notamment d'interdire les pratiques policières discriminatoires au sein de la Gendarmerie royale du Canada, comme les contrôles d'identité de routine.

Il s'engage aussi à tenir les réseaux sociaux responsables d'éliminer les contenus haineux et extrémistes sur leurs plateformes.

Le NPD veut également s'attaquer aux disparités salariales liées à l'origine ethnique, de même qu'à la surreprésentation chronique des personnes noires et autochtones dans la population carcérale fédérale par le biais d'une approche collaborative avec les communautés concernées.

Actualités

Près de 500 employés de la Sépaq en grève, perturbant les activités de chasse

MONTRÉAL — Près de 500 employés de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) sont en grève depuis minuit samedi, perturbant ainsi les activités de chasse.

Toutes les 13 réserves fauniques et l'Auberge Port-Menier sont touchées par ce débrayage. Ces endroits demeurent ouverts au public, mais certains services pourraient être affectés. Par exemple, les chasseurs ont accès au territoire et à leur zone de chasse, mais ils pourraient être affectés dans les services de restauration, de ménage ou de guide. Dans ces cas, des remboursements ont été prévus, a expliqué le porte-parole de la Sépaq, Simon Boivin.

Mais avant même d'amorcer le débrayage, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), qui représente les employés de la Sépaq en grève, a toutefois accusé l'employeur d'avoir planifié le recours à des «briseurs de grève potentiels». Une mise en demeure a donc été envoyée à la Sépaq, vendredi à midi, a indiqué le président général du SFPQ, Christian Daigle, en entrevue à La Presse canadienne samedi matin. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a été mis en copie sur le document.

«On a des informations comme quoi des gens auraient été embauchés comme guides de chasse, qui n'ont pas l'accréditation et qui ne sont pas du personnel d'encadrement, raconte M. Daigle. On sait qu'il y a des gens qui sont arrivés de l'île d'Anticosti, qui ne sont pas des gens de la Sépaq [...] pour accomplir les tâches de nos membres. Il y a également des agents de conservation de la faune qui se sont fait demander de patrouiller sur le territoire de la Sépaq alors que ce n'est pas leur mandat principal.»

Du côté de l'employeur, on conteste la perception du syndicat. Joint au téléphone samedi, le porte-parole de la Sépaq, Simon Boivin, a assuré qu'aucun briseur de grève ne se trouve aux endroits touchés par la grève.

«Il n'y a que des employés-cadres, reconnus comme tels au sens du Code du travail, qui font du travail d'employés syndiqués qui sont en grève présentement», a affirmé M. Boivin.

«Le plan de contingence qui a été mis en place par la Sépaq pour s'assurer de garder l'accès au territoire respecte le Code du travail», selon le porte-parole de la Sépaq, ce que met en doute le syndicat.

«Présentement, tout cadre à la Sépaq ne peut pas accomplir les tâches dans les réserves fauniques parce que ça prend quelqu'un qui a les accréditations, qui fait déjà partie de l'équipe de la réserve faunique, rétorque M. Daigle. Un cadre dans un parc national n'a pas le droit d'aller dans une réserve faunique pour faire le travail, tout comme un cadre embauché après le 1er janvier 2019, donc après le début des négociations.»

Le débrayage amorcé par les syndiqués des réserves fauniques va se poursuivre jusqu'à jeudi matin, à moins d'une entente. D'autres moyens de pression ne sont pas exclus non plus de la part des 2000 autres employés syndiqués de la Sépaq, selon M. Daigle.

Les négociations entourant le renouvellement de la convention collective des employés de la Sépaq sont interrompues depuis mercredi soir, les positions des parties semblant irréconciliables.

Des demandes jugées «déraisonnables»

Plus tôt cet été, les deux parties semblaient pourtant près de s'entendre. En fait, une entente de principe avait même été conclue dans les heures précédant les vacances de la construction, mais celle-ci a été rejetée par les syndiqués qui estiment que leurs conditions salariales ne reflètent pas le coût de la vie. L'entente de principe rejetée prévoyait des augmentations d'un peu plus de 5 % sur cinq ans.

«Les nouvelles demandes viennent augmenter de 50 % le coût de ce qui avait été convenu à l'entente de principe qui était intervenue en juillet, déplore M. Boivin. Ces demandes ont été jugées irréalistes et déraisonnables par la partie patronale.»

C'est ce qui explique, selon lui, que les négociations soient rompues et qu'il n'y ait pas de date de retour prévue à la table de négociation présentement, même si un conciliateur est toujours impliqué dans le dossier.

Du côté syndical, Christian Daigle reconnaît que c'est le volet salarial qui est au coeur du litige. Il ne comprend pas que l'employeur n'a pas modifié son offre depuis le rejet de l'entente de principe, d'autant plus qu'il estime que cela va à l'encontre de ce que souhaite le premier ministre François Legault, lui-même.

«C'est pourtant ce que le premier ministre Legault disait lorsqu'il a dit que les syndiqués devraient s'attendre à avoir le coût de la vie et pas nécessairement plus», en référence à la prochaine ronde de négociations dans le secteur public.

«Si M. Legault offre le coût de la vie pour les employés de l'État, et bien nos membres en font partie», martèle le président du SFPQ qui souligne que la moyenne salariale se situe entre 16$ et 17$ de l'heure pour les employés de la Sépaq.

«Eux qualifient ça de déraisonnable! À travers les dernières conventions collectives, les membres se sont appauvris parce qu'il y a eu l'austérité libérale, la crise économique. Aujourd'hui, le gouvernement du Québec nage dans les surplus budgétaires», ajoute-t-il.

Il a justement été question des surplus budgétaires dans les couloirs de l'Assemblée nationale, jeudi, mais le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, répétait qu'il souhaitait toujours une entente qui respecte la capacité à payer des contribuables québécois.

«Il faut faire attention avec les surplus. Vous savez, il y a d'autres négociations qui s'en viennent, soulignait le ministre en mêlée de presse. On a des gens dans les zecs ou dans d'autres milieux qui nous demandent de respecter leur capacité de payer et si on vient déstabiliser tout le système, à un moment donné ça ne marchera plus.»

La Sépaq compte environ 3000 employés, dont quelque 2500 travailleurs syndiqués avec le SFPQ, et plusieurs employés saisonniers. Tous ces travailleurs sont encadrés par neuf conventions collectives qui font l'objet des négociations actuelles.

Actualités

Le Mont Wright victime de sa popularité

Le Mont Wright est victime de sa popularité. La municipalité de Stoneham-et-Tewkesbury a décidé de limiter l’accès au site afin de préserver la végétation et les sentiers, en plus de réduire le nombre de voitures stationnées dans le secteur.

À l’avenir, seulement 225 randonneurs à la fois pourront s’aventurer dans les pistes. 

«Pour appliquer cette nouvelle politique, un réaménagement de l’aire de stationnement a été déployé à la mi-août et il a été entendu qu’une fois le stationnement complet, la capacité maximale du parc sera atteinte», peut-on lire dans le communiqué diffusé par la municipalité. 

Le stationnement peut accueillir jusqu’à 125 véhicules. Des employés assureront la surveillance du site lors des heures d’ouverture. Ils aviseront les visiteurs lorsque le nombre maximal sera atteint. Ceux-ci devront attendre quelques minutes ou revenir à un autre moment.

La nouvelle a été partagée sur Facebook. Bien que plusieurs internautes se sont montrés déçus, ayant peur de devoir rebrousser chemin à leur arrivée, d’autres ont salué l’idée. 

«Il était temps qu’on fasse des interventions. Je suis soulagée de cette mesure et je trouve vraiment que c’est bien aussi pour la conservation du parc. Les gens vont peut-être être fâchés les premiers temps, mais le message va se faire assez vite», a commenté une résidente du quartier voisin à la montagne, qui déplorait les difficultés de circuler dans le secteur avec toutes les voitures. 

«C’est rendu une autoroute ce sentier... On est loin du temps où on pouvait espérer croiser trois ou quatre personnes sur la montagne dans toute la journée et aller faire de l’escalade sans attendre une heure qu’une voie se libère», a aussi indiqué un adepte de la montagne.

Élections 2019

Le Bloc québécois n'a pas l'intention de finir deuxième au Québec

REPENTIGNY — Contrairement à ses adversaires libéral et conservateur, le chef du Bloc québécois n'a pas pris congé de campagne, samedi. Yves-François Blanchet était en tournée dans Lanaudière pour parler d'économie d'énergie et d'agriculture, mais aussi pour convaincre davantage d'électeurs parce qu'il n'a pas l'intention de finir deuxième.

Selon les plus récentes données sur les intentions de vote des électeurs, le Bloc québécois se trouvait en deuxième place au Québec, à bonne distance des libéraux en tête, mais au coude à coude avec le Parti conservateur.

Ces chiffres semblent motiver le chef bloquiste.

«Notre début de campagne est bon. Mais je vous dirais que pour le bien des Québécois, il se pourrait que la seconde place ne suffise pas», a déclaré M. Blanchet en conférence de presse au parc Lajoie, samedi matin à Repentigny. Nous avons encore un mois, jour pour jour, pour arriver à convaincre, un par un, les Québécois des vertus de notre programme pour représenter et porter leur voix [...] à Ottawa.»

Selon lui, la priorité des électeurs du Québec est la lutte aux changements climatiques et c'est le principal thème sur lequel se déroule la campagne du Bloc.

«Pas l'environnement en tant que reproches, mais en tant que création de plus de richesse pour le Québec», a tenu à préciser celui qui en est à sa première campagne à titre de chef de parti.

Au cours des dix premiers jours de campagne, le Bloc Québécois a demandé un programme pour l'électrification de la flotte d'autobus scolaires, une aide pour rendre accessibles les véhicules électriques ou hybrides aux familles avec des revenus modestes, en plus d'exiger l'arrêt des subventions aux pétrolières pour rediriger les fonds vers les énergies renouvelables.

Élections 2019

Médicaments: Singh réitère son engagement pour une assurance universelle

ESSEX — Tous les Canadiens devraient avoir accès aux médicaments dont ils ont besoin, a réitéré vendredi le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh.

Les néo-démocrates proposent de dépenser annuellement 10 milliards $ pour assurer la gratuité des médicaments et des appareils médicaux à partir de 2020.

«Nous savons que les gens sont aux prises avec le coût des médicaments», a déclaré M. Singh lors de son passage dans la région de Windsor, en Ontario. Il en a profité pour répéter l’une de ses maximes favorites : «Si on a besoin de médicaments, on doit utiliser sa carte d’assurance-maladie, pas sa carte de crédit».

Un gouvernement dirigé par M. Singh s’appuierait sur ce que les provinces dépensent déjà pour des médicaments et y ajouterait de l’argent. Le programme serait mis en œuvre par les provinces, a dit le chef néo-démocrate. Le NPD étudierait ce qui se fait ailleurs dans le monde et choisirait la formule qui permettrait de couvrir le plus grand nombre possible de personnes.

Le programme néo-démocrate en matière d’assurance-médicaments entrerait en vigueur avant l’échéancier recommandé plus tôt cette année par un groupe d’experts. Celui-ci proposait l’établissement, d’ici le 1er janvier 2022, d’une liste nationale de médicaments essentiels couvrant la plupart des principales maladies et représentant environ la moitié de toutes les ordonnances. Cette liste nationale complète des médicaments assurés devrait être prête au plus tard le 1er janvier 2027.

Selon ce Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments, ce plan permettrait d’économiser environ 5 milliards $ par année d’ici 2027. Les Canadiens ont dépensé 34 milliards $ pour des médicaments d’ordonnance en 2018.

Élections 2019

Le Bloc veut que l’accès au REER et au RAP soit ouvert aux sinistrés

MONTRÉAL — Le Bloc québécois demandera au gouvernement fédéral de permettre aux sinistrés d’inondations imputables aux changements climatiques de puiser dans leur REER pour les travaux de réparation, de restauration ou de rénovation de leurs résidences endommagées, et ce, sans pénalité fiscale et sous réserve d’un remboursement dans les 15 ans.

De passage à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, vendredi, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a aussi proposé que ceux dont les maisons sont condamnées à la suite de tels sinistres puissent avoir droit au Régime d’accès à la propriété selon les mêmes paramètres.

«Il s’agit d’une démarche qui est à la fois empreinte d’une grande compassion, dont nous avons grand besoin dans ce genre de circonstances et aussi d’un sens des responsabilités dont nous sommes convaincus qu’il saura interpeller tous les partis à la Chambre des communes afin que de telles mesures puissent être mises en œuvre rapidement», a-t-il dit après avoir rencontré des citoyens durement affectés par les inondations du printemps dernier dans cette municipalité.

Le Bloc demande également à ce que ces deux mesures soient rétroactives au 6 mai 2017 pour couvrir également les victimes des inondations d’il y a deux ans.

Sinistres et changements climatiques

La démarche amène toutefois la formation souverainiste fédérale sur un terrain glissant, c’est-à-dire que les sinistrés devront établir «de façon raisonnablement démontrable» que les dommages qu’ils ont subis sont liés aux changements climatiques.

Le chef bloquiste n’a pas cherché à éviter l’écueil. «On anticipe très bien les entourloupettes réglementaires qui pourraient apparaître. Il n’y a de besoin que d’une démonstration raisonnable et non d’une certitude scientifique qui n’existe pas à ce stade-ci», a-t-il tempéré.

Il souhaite aussi aller plus loin dans la lutte contre ces changements climatiques, évoquant la «certitude d’une probabilité élevée qu’il y a une augmentation dans l’intensité et la fréquence des événements [climatiques] extrêmes».

Loi sur les cibles de GES

Il propose donc une loi obligeant Ottawa à respecter ses propres cibles en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Pourquoi? Parce que les gouvernements ont la promesse plus facile que la réalisation en telle matière, dit-il.

«Ça fait 30 ans que le Canada se fixe des cibles et qu’il ne passe même pas proche de les rencontrer. Alors à un moment donné il faut faire quelque chose.»

Le chef bloquiste espère ainsi piéger le prochain gouvernement et les oppositions avec leurs promesses. «Je vois mal comment des partis à la Chambre des communes pourraient être contre l’inscription dans une loi d’objectifs qu’ils se sont eux-mêmes fixés», a-t-il fait valoir.

Cette loi contiendrait une prescription pour qu’elle soit reconduite avec de nouveaux objectifs à tous les quatre ans «pour avoir des conversations à chaque campagne sur ce que fait ou ne fait pas le gouvernement canadien en matière de lutte aux changements climatiques».

Justice et faits divers

L’avocat de la présumée taupe à la GRC attend encore les détails des allégations

OTTAWA — L’avocat de l’employé de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) accusé d’avoir tenté de divulguer des informations secrètes «à une entité étrangère ou à un groupe terroriste» affirme qu’il attend toujours les détails des allégations de la Couronne.

Ian Carter a déclaré en Cour de l’Ontario, vendredi matin à Ottawa, qu’il ne disposait que du «synopsis initial» du dossier contre Cameron Jay Ortis. Me Carter a indiqué au tribunal qu’une fois qu’il obtiendra des informations plus complètes de la Couronne, il sera en mesure de fixer l’audience de remise en liberté sous caution de son client.

Cameron Jay Ortis, âgé de 47 ans, était directeur général du Centre national de coordination du renseignement de la GRC lorsqu’il a été arrêté le 12 septembre. Il est accusé d’avoir violé trois articles de la Loi sur la protection des informations ainsi que deux dispositions du Code criminel, dont celle d’abus de confiance.

La Couronne soutient qu’il a tenté de divulguer des informations secrètes à une entité étrangère ou à un groupe terroriste non précisé. L’acte d’accusation énumère sept chefs distincts contre M. Ortis, pour des incidents qui remonteraient au 1er janvier 2015 et qui se seraient déroulés jusqu’à son arrestation la semaine dernière.

M. Ortis, portant la combinaison orange de la prison, a comparu par liaison vidéo lors de l’audience de vendredi.

En arrivant au palais de justice, Me Carter a déclaré que lui et son collègue de la défense avaient demandé à la Couronne «une divulgation complète dans cette affaire».

«Nous ne l’avons pas encore reçue. Nous nous attendons à recevoir une partie de cette divulgation au début de la semaine prochaine», a-t-il dit. M. Ortis doit revenir devant le tribunal vendredi prochain.

La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, admettait cette semaine que les allégations, si elles étaient avérées, étaient «extrêmement perturbantes» étant donné que M. Ortis avait accès aux renseignements fournis par des alliés nationaux et internationaux. En conférence de presse, lundi, Mme Lucki n’a pas voulu commenter les possibles motivations de M. Ortis ni l’«entité étrangère» qui serait impliquée dans cette présumée affaire d’espionnage.

Elle a ajouté que les soupçons des enquêteurs s’étaient tournés vers M. Ortis à l’issue d’une enquête menée conjointement avec la police fédérale américaine (FBI), qui aurait révélé l’existence d’une taupe à la GRC.

La dirigeante de la police fédérale canadienne n’a pas voulu commenter les reportages de certains médias qui lient l’arrestation de M. Ortis au démantèlement d’une entreprise canadienne, Phantom Secure, qui vendait des téléphones permettant une communication indétectable.

Le FBI et ses partenaires internationaux, y compris la GRC, déclaraient en mars 2018 que le crime organisé et les cartels de la drogue avaient été durement touchés par l’élimination du service de communications cryptées.

La Capitale

Les guichets de retour dans le Vieux-Québec

Après un moment d’absence le temps d’un remplacement par des distributeurs nouvelle génération, les guichets automatiques sont de retour dans le Vieux-Québec.

Il y a une dizaine de jours, Le Soleil avait fait état de cette fermeture temporaire qui avait inquiété des utilisateurs des guichets restés après la fermeture en janvier de la caisse populaire située près de l’hôtel de ville. 

Les nouvelles machines étaient prévues pour le 20 septembre, voilà qu’elles sont apparues vendredi.

Élections 2019

Trudeau s’attaque aux armes d’assaut

TORONTO — S’il est réélu le 21 octobre, le chef libéral promet d’interdire toutes les armes d’assaut de style militaire et de restreindre l’accès aux armes de poing.

M. Trudeau a fait cette promesse à Toronto, vendredi matin, alors qu’il tentait de recadrer sa campagne après l’affaire des blackfaces. Toronto, théâtre de nombreuses fusillades meurtrières, est l’une des villes qui réclament l’interdiction des armes de poing, à l’instar de Montréal.

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Les armes de Bissonnette deviendraient interdites

L’annonce de vendredi a d’ailleurs été faite dans le quartier Greektown, où un forcené avait tiré dans la foule en juillet 2018, faisant deux morts et 13 blessés. Le contrôle des armes à feu est un enjeu important dans la métropole canadienne, une région par ailleurs cruciale pour les libéraux lors de ce scrutin.

L’ancien chef de police de Toronto Bill Blair, nommé après la tuerie de Greektown au nouveau portefeuille de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, avait reçu le mandat du premier ministre de se pencher notamment «sur la possibilité d’interdire complètement les armes de poing et les armes d’assaut au Canada, sans entraver l’utilisation légitime d’armes à feu par les Canadiens».

M. Blair a depuis mené diverses consultations à ce sujet, mais il a déclaré en juin dernier que s’il fallait en faire plus pour lutter contre la violence armée, toute initiative supplémentaire en matière de contrôle des armes à feu devrait faire partie de la prochaine plateforme électorale libérale. Un mois plus tard, Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique en 1989, claquait la porte du Comité consultatif canadien sur les armes à feu, se disant fortement déçue de l’incapacité du gouvernement Trudeau à s’attaquer aux fusils d’assaut.

M. Trudeau a annoncé vendredi qu’un prochain gouvernement libéral interdirait toutes les armes d’assaut de style militaire et qu’il mettrait sur pied un programme de rachat de ces armes. Le chef libéral a déclaré que la promesse d’interdire les fusils d’assaut incluait l’interdiction du AR-15 semi-automatique, l’arme utilisée lors de nombreuses fusillades de masse aux États-Unis.

«Nous savons bien que pour abattre un chevreuil, vous n’avez pas besoin d’une arme d’assaut de type militaire conçue pour tuer le plus grand nombre de gens possible dans le plus court délai possible», a déclaré M. Trudeau vendredi.

Des efforts insuffisants

Le chef libéral a affirmé que la violence armée au Canada avait fait 2500 victimes de plus en 2017 qu’en 2013, «et plusieurs de ces incidents impliquaient des conjoints». M. Trudeau a également reconnu que les efforts de son gouvernement pour remédier à ce problème étaient insuffisants.

Un gouvernement libéral travaillerait maintenant «de concert avec les maires et les premiers ministres de tout le pays pour leur donner la capacité de restreindre davantage — et même d’interdire — les armes de poing». Les Villes de Toronto et Montréal demandent de pouvoir interdire ces armes sur leur territoire.

Un gouvernement libéral adopterait aussi une loi pour suspendre temporairement les permis des propriétaires d’armes à feu qui représentent un danger pour eux-mêmes ou pour leurs proches. M. Trudeau a toutefois promis de protéger les droits des chasseurs respectueux de la loi et il s’est engagé à ne pas rétablir le registre des armes d’épaule, qui avait été supprimé par le gouvernement conservateur précédent.

Ces promesses libérales ont été plutôt bien accueillies par l’organisme PolySeSouvient, «même si l’on aurait pu s’attendre à ce qu’un gouvernement majoritaire élu il y a quatre ans sur la base de “débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut” ait déjà adopté une telle interdiction».

L’organisme regroupant les étudiants et diplômés de Polytechnique pour le contrôle des armes estime toutefois qu’«en ce qui concerne les armes de poing, l’intention de transférer la responsabilité pour des restrictions supplémentaires aux municipalités est décevante».

«Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, l’interdiction de ces armes dans seulement certaines municipalités serait non seulement inadéquate, compte tenu des risques, mais également inefficace.» L’organisme doute par ailleurs qu’il y ait «beaucoup d’appétit au niveau municipal pour confronter le lobby des armes alors que le gouvernement fédéral préfère clairement éviter cette avenue, du moins en ce qui a trait aux armes de poing».


La Capitale

L'Ancienne-Lorette: un nouveau point de service et des milliers d'artefacts [VIDÉO]

Le nouveau point de service aux citoyens de L’Ancienne-Lorette est officiellement ouvert. Au terme de la construction, plus de 110 000 artéfacts ont été trouvés, ce qui permettra d’écrire quelques pages d’histoire de la communauté huronne-wendat, qui est à l’origine du développement de ces terres.

Le nouvel espace réunit l’ancien presbytère et un nouveau bâtiment moderne. Le projet représente un investissement global de 7,3 millions $, un dépassement de cout de seulement 6 % a été mentionné. 

En plus de la construction, une fouille archéologique a été réalisée avec l’implication des membres de la communauté huronne-wendat.

«On a sorti plusieurs artéfacts qui vont permettre de mieux cerner, de mieux connaitre ce qu’a été notre vie à cette époque-là. On a eu une vie collective. Tout ça s’est fait dans l’harmonie, a indiqué le maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger. S’il n’y avait pas eu la nouvelle Lorette, il n’y aurait pas eu l’ancienne. Je pense qu’on a tout avantage à mousser cette collaboration de deux nations fondatrices du Québec.»

Les découvertes seront rapatriées à Wendake pour y être étudiées.

«On a besoin de ça, pour valoriser notre culture, nos valeurs et notre identité. C’est une grosse page d’histoire, c’est la page d’histoire qu’on a attendue depuis longtemps. Travailler ensemble, mais aussi avoir cette générosité-là de la part du conseil de ville de M. Loranger», a commenté le Grand Chef de la communauté, Konrad Sioui. 

Élections 2019

Contrôle des armes à feu: les deux armes de Bissonnette deviendraient interdites

Les libéraux interdiraient les armes d’assaut comme celle que transportait Alexandre Bissonnette avant d’entrer dans la Grande Mosquée de Québec, au soir du 29 janvier 2017. Le parti de Justin Trudeau promet aussi de légiférer pour permettre aux municipalités d’empêcher l’utilisation du pistolet avec lequel Bissonnette a fait six morts et six blessés graves.

«C’est sans aucun doute l’épisode le plus marquant de mon premier mandat», concède Joël Lightbound, qui était alors député fédéral de Louis-Hébert depuis à peine 15 mois. La tuerie s’est déroulée à Sainte-Foy, dans sa circonscription. Mais aussi la ville où il a grandi entouré d’amis de toutes origines ethniques.

«Dans ma vie professionnelle, j’étais au cœur de la tourmente, mais aussi dans ma vie personnelle, alors que les parents de certains amis fréquentent la Mosquée et étaient là, ce soir-là», poursuit M. Lightbound, qui sollicitera un deuxième mandat le 21 octobre.

Pour que «ça ne se reproduise jamais», le député dit militer depuis deux ans et demi pour la promesse livrée par le Parti libéral, vendredi. La carabine semi-automatique de style militaire VZ-58 que voulait utiliser Bissonnette s’est enrayée avant qu’il ne puisse s’en servir sur les fidèles musulmans. D’aucuns, dont M. Lightbound, sont d’avis qu’il «aurait fait encore plus de victimes avec ce genre d’arme».

Les libéraux annoncent donc que s’ils sont réélus, ils vont bannir ces «armes d’assaut faites et utilisées pour tuer des gens». «Des tragédies auraient pu être évitées», dit le député sortant.

L’assassin, qui purge une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans, a laissé tomber son arme longue de calibre .223 dans la neige. Pour s’en remettre à son pistolet Glock d’où, une fois à l’intérieur du bâtiment, sont sorties 48 balles en moins de deux minutes.

Dans cette promesse, les libéraux disent vouloir «collaborer avec les provinces et les territoires pour donner aux municipalités la capacité de restreindre ou d’interdire les armes de poing», car le contrôle de ces armes se retrouverait sous une compétence différente.

«Plein de groupes»

Pourquoi ne pas avoir agi avant, alors que le Parti libéral du Canada en parlait déjà dans sa plate-forme électorale de 2015? «Dans le contrôle des armes à feu, il y a plein de groupes. Et il est important de ne pas nuire aux chasseurs utilisant des armes d’épaule. D’ailleurs, il est important de préciser qu’on ne rouvre pas le registre des armes d’épaule», explique M. Lightbound.

Question de bien marquer l’écart de position avec ses adversaires conservateurs, le représentant libéral a rappelé que le député sortant et candidat conservateur dans la circonscription de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus, est allé cet été tirer de la mitraillette AR-15 en compagnie d’une représentante de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu, un groupe de pression proarmes. «Un grave manque de sensibilité», selon M. Lightbound. Ancien militaire, M. Paul-Hus était porte-parole de l’opposition en matière de sécurité publique.

Justice et faits divers

L’ado atteint par balles accusé

L’adolescent en crise atteint par balles par un policier de Lévis a été accusé vendredi en chambre de la Jeunesse de voies de fait armées, menaces de mort, méfait et port d’arme dans un dessein dangereux.

Le 12 septembre, le jeune homme de 16 ans a quitté le centre jeunesse où il était placé dans le secteur Saint-Romuald. Il aurait menacé des intervenants sociaux et crevé un pneu avec un couteau. Les policiers de Lévis l’ont rejoint sur le boulevard Guillaume-Couture. L’adolescent, toujours armé de son couteau, aurait foncé sur un policier. 

L’agent lui a tiré deux balles à l’abdomen, sous les yeux de plusieurs témoins. Un passant a d’ailleurs filmé la scène. L’adolescent a été transporté à l’hôpital où il est resté près d’une semaine. Le procureur de la Couronne Me Hugo Breton s’est opposé à la remise en liberté du jeune accusé. 

Si aucune entente ne se conclut avec l’avocat de défense Me Mathieu Camirand, l’enquête sous remise en liberté se tiendra lundi.

La Capitale

Centrale de police: l'opposition critique l'improvisation du maire

Le report au printemps de la fermeture des postes de police de Charlesbourg et de La Haute-Saint-Charles donne des munitions à l’opposition à l’hôtel de ville. Elle y voit une énième preuve de l’improvisation qui règne dans le projet de la réorganisation policière.

«On est en train de répéter le même fiasco qui a mené à l’achat d’un nouveau terrain.» Le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, réagissait à la nouvelle de Radio-Canada selon laquelle la direction du service de police préférait le printemps prochain à cet automne pour rapatrier dans ses bureaux de Sainte-Foy et à la Centrale du parc Victoria les patrouilleurs des postes de La Haute-Saint-Charles et de Charlesbourg.

«On ferme les centrales locales, mais on n’a aucune idée des nouveaux services», renchérit le conseiller. En effet, la Ville de Québec n’a pas encore tenu son plénier sur l’évolution du projet de construction d’une nouvelle centrale qui connait des ratés depuis son annonce en 2016.

Le cout du projet qui était de 40 millions $ a grimpé à 72 millions $ à cause d’une mauvaise évaluation des couts. Ensuite, on apprenait que le premier terrain acquis était trop petit pour les besoins du service. Un imbroglio qui a mené à la démission du conseiller Jonatan Julien. Le maire de Québec a tenu son bras droit publiquement responsable de la situation. Depuis, Régis Labeaume a repris le dossier et un second terrain a été acheté près du boulevard Louis-XIV.

Explications exigées

«C’est ça les grands talents de gestionnaire de Régis Labeaume, a questionné le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin. Depuis qu’il a repris le dossier, il y a plus de confusion et d’improvisation dans le dossier.»

Le représentant de Québec 21 se questionne sur l’urgence de déménager les policiers dans une centrale déjà vétuste alors qu’il faudra les déménager une autre fois lorsque le nouveau quartier général sera construit en 2022. «Il doit sortir publiquement pour expliquer ce qui se passe», a-t-il martelé.

Aucun élu ne s’est présenté, mais le directeur adjoint du service de police, Jocelyn Bélanger, a rencontré la presse. Il a réaffirmé l’intention du service de mettre en place le plan de réorganisation. Il a aussi insisté sur le fait que le report au printemps pour déménager les patrouilleurs s’est fait d’un commun accord avec le syndicat.

Élections 2019

Christiane Gagnon: ma vie comme au cinéma

Un père policier blessé à la guerre, mais qui ne lui en parle jamais. Une mère gérante de magasin et présidente des Filles d’Isabelle de Chicoutimi. Mémère qui fume sans inhaler, coiffée d’un chapeau de paille. Il y a tante Albertine, organisatrice politique du quartier Saint-Roch, à Québec, et mononcle Johnny, joueur du Canadien de Montréal. Sans oublier Toinette et Germaine, les tantes qu’elle va visiter à Montréal seule en autobus dès l’âge de 12 ans.

Roman de Michel Tremblay? Plutôt l’histoire vécue de Christiane Gagnon. «J’ai grandi dans Les belles-sœurs!» s’esclaffe la politicienne, après avoir planté le décor de sa jeunesse pour le journaliste. «J’aurais aimé ça aller chez les Ursulines et grandir dans un couvent. Mais ce n’était pas ça. J’ai eu une vie de terrain.»

La candidate du Bloc québécois dans la circonscription de Québec aux présentes élections avait convié Le Soleil au Buffet de l'Antiquaire. Resto de la rue Saint-Paul, dans le Petit Champlain, quartier des galeries d’art où elle aime venir flâner pour décompresser.

C’est aussi là qu’il y a près de 40 ans, l’équipe de production du film Les Plouffe, sur lequel Mme Gagnon a travaillé et même été figurante, tenait ses quartiers. Mais le Buffet est fermé, vendredi matin, à cause d’un bris de hotte. Comme rien n’arrive pour rien, l’entrevue s’est déplacée à cinq portes de là, aux Cafés du Soleil. C’était prédestiné.

«J’ai eu une vie atypique. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je me suis toujours adaptée à ce qui se passait. La vie m’a toujours amené des... défis, mais je peux dire que je suis heureuse», affirme la femme de 71 ans, qui effectue un retour après sept ans d’éclipse politique, elle qui a été députée fédérale du comté pendant 18 ans, de 1993 à 2011, toujours pour le Bloc.

Serrée dans un coin du café où se côtoient touristes et nouvelles mamans, Mme Gagnon est bien avec le monde. Un monsieur d’un âge certain vient la saluer et lui souhaiter bonne chance pour la campagne. Un collectionneur de vieilles voitures et sculpteur qu’elle a croisé au Week-end Vintage, tenu dans le même secteur, deux semaines plus tôt. Événement où elle s’est présentée en tenue des années 1920, style Charleston, robe et bandeau mince à l’avenant.

Vêtements pigés dans sa garde-robe personnelle, remplie d’ensembles de toutes sortes. Mais ne lui parlez pas de déguisements ou de costumes! Pas en ce lendemain de l’affaire Aladdin pour Justin Trudeau. Vêtue d’une veste de jeans décontractée, elle se demande à l’arrivée du photographe si elle n’aurait pas été mieux en tailleur, pour montrer son côté sérieux. «Je suis les deux!» constate-t-elle.

Digne d’un film

Tous ces habits rappellent son penchant pour le théâtre et le cinéma. Elle a déjà voulu être actrice. Puis, quand elle a enfin décidé de s’inscrire au Conservatoire d’art dramatique de Québec, il était trop tard. Fin vingtaine, elle était tout juste un an trop vieille, selon les règles de l’école. Dans la foulée des Plouffe, elle travaillera quand même dans le domaine du cinéma durant trois ans, à Ciné-Forum, avec les cinéastes Iolande Rossignol et Fernand Dansereau.

N’empêche que sa propre vie est digne d’un film. Dès son plus jeune âge, les personnages qui l’entourent s’avèrent plus intéressants les uns que les autres. Et les samedis soirs, ils se réunissent tous autour de la grosse télé que ses parents ont été parmi les premiers à avoir dans le quartier. Dans le salon de la maison érigée à l’ombre de l’église Christ-Roi de Chicoutimi, le groupe composé de membres de la famille, de voisins et d’amis compte en plus deux curés. Tous veulent voir à l’œuvre leur Canadien, avec qui l’oncle Johnny Gagnon, dit le Chat noir, a gagné la Coupe Stanley en 1931.

La petite Christiane danse au milieu du tableau, entre sa grande sœur et son petit frère d’origine autochtone adopté, qu’elle a «catiné en masse». Les deux sont aujourd’hui décédés.

Mais la petite Christiane n’aimait pas trop le hockey. La plupart du temps partie au coin de la rue en train d’apprendre des «danses carrées», ou folkloriques dirait-on aujourd’hui. Elle a toujours aimé la danse; vous pouvez encore la rencontrer aux soirées de danse des Salons d’Edgar, dans Saint-Roch. À l’époque, elle avait même participé à quatre émissions de télé aux côtés d’Ovila Légaré et de Robert Charlebois.

Toujours été attirée par les feux de la rampe. À la fois pour s’exprimer et écouter les gens. La politique nourrit encore ses deux besoins.

Élections 2019

Subventions aux entreprises pétrolières: Scheer fait volte-face

SAINT-JEAN, N.-B. — À peine quelques heures après avoir déclaré qu'il ne toucherait pas aux subventions fédérales versées aux entreprises pétrolières et gazières, le chef conservateur Andrew Scheer a fait volte-face à ce sujet.

Ces aides financières pourraient faire l'objet d'un examen et passer sous le bistouri afin de réduire d'au moins 1,5 milliard $ la somme réservée aux subventions fédérales et aux programmes fiscaux des entreprises.

Plus tôt, il avait indiqué qu'il refuserait de le faire, soi-disant parce que le monde entier a besoin du pétrole et du gaz naturel canadien.

«Aussi longtemps qu'il existera une demande internationale pour le pétrole et le gaz naturel, le Canada devra être un fournisseur, a déclaré M. Scheer lors de son passage à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Selon les prévisions, la consommation future du pétrole et du gaz naturel ne fera qu'augmenter. Il vaut mieux pour le monde et pour notre environnement que cette énergie soit fournie par le Canada.»

Mais en après-midi, il modifiait légèrement le cap.

Il a publié une déclaration dans laquelle il affirmait que les subventions aux entreprises du secteur des hydrocarbures seraient également évaluées.

«Un gouvernement conservateur va mener un examen de tous les programmes de subventions aux entreprises et éliminera ceux qui ne profitent pas aux Canadiens - y compris ceux existant dans le secteur pétrolier et gazier, a-t-il dit en reprenant des éléments du communiqué déjà publié mercredi. Nous allons mettre un terme aux subventions aux riches dirigeants d'entreprises, aux actionnaires et aux entreprises étrangères et mettre cet argent dans les poches des Canadiens.»

Les verts et les néo-démocrates se sont déjà engagés à éliminer toutes les subventions versées à l'industrie des combustibles fossiles.

Les précédents gouvernements conservateurs et libéraux ont promis d'éliminer les subventions inefficaces d'ici 2025 à la suite d'engagements contractés depuis 2009 au sein du G20 et du G7.

Selon le groupe Environmental Defence, les subventions fédérales et provinciales aux entreprises produisant des combustibles fossiles atteignent annuellement 3,3 milliards $. Les gouvernements versent 19 $ par tonne d'émissions de gaz à effet de serre aux entreprises produisant des hydrocarbures, sapant ainsi la lutte contre les changements climatiques. La part fédérale de ce total s'élève à près de 300 millions $, sans compter les quelque 10 milliards $ de prêts accordés par Exportation et développement Canada pour aider les entreprises canadiennes à financer la production de pétrole et de gaz naturel des autres pays.

L'International Institute for Sustainable Developement soutient que le Canada dépense plus par habitant en subventions pour les producteurs d'énergies fossiles que tout autre pays du G7.

Dans le volet environnemental de son programme, M. Scheer dit vouloir exporter davantage de pétrole et de gaz canadiens, car selon lui, la réglementation environnementale stricte du Canada fait en sorte que cette énergie est plus propre que celle produite à l'étranger.

Achat d'IRM et de TDM

M. Scheer s'est par ailleurs engagé, vendredi, à investir 1,5 milliard $ pour l'achat d'appareils d'imagerie par résonnance magnétique et de tomodensitométrie pour remplacer l'équipement vieillissant et réduire du même coup les temps d'attente pour les patients.

Il a cité un rapport du Confence Board du Canada selon lequel l'attente pour des examens diagnostiques est trop longue, ce qui coûterait des milliards de dollars à l'économie.

«Aujourd'hui, le Canada est à la traîne au chapitre des appareils d'imagerie médicale, a-t-il déploré. Nous n'avons pas assez d'équipements pour répondre à la demande croissante d'examens susceptibles de sauver des vies. Le temps d'attente pour les examens et les traitements importants sont trop longs.»

M. Scheer a aussi rappelé qu'en raison du vieillissement de la population, la demande pour ces tests ne fera qu'augmenter.

Il a dit qu'il avait écrit à chaque premier ministre provincial avant les élections pour leur promettre qu'un gouvernement conservateur ne réduirait pas les transferts fédéraux pour les soins de santé et l'éducation. Au contraire, il s'est engagé à les augmenter d'au moins 3 pour cent par année.

C'était le premier passage de M. Scheer dans les Maritimes depuis le début de la campagne. Les libéraux avaient raflé l'ensemble des circonscriptions dans cette région en 2015. Les conservateurs espèrent leur en soutirer une dizaine.

Actualités

Pesticides: «Nous avons failli à la tâche», selon Louis Robert

«Nous avons failli à la tâche.» Le constat que pose le sonneur d’alerte Louis Robert est brutal : si l’agriculture actuelle peine tant à réduire sa dépendance aux pesticides et aux engrais, c’est parce que les mécanismes de surveillance de l’industrie étaient insuffisants ou ont mal fonctionné.

M. Robert est cet agronome du Ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) qui a dénoncé dans les médias, en 2018, les ingérences lourdes et répétées du privé dans la recherche scientifique menée au Centre de recherche sur les grains (CÉROM), pourtant principalement financé par le public. Une note ministérielle montrait que le MAPAQ était au courant du problème, mais M. Robert — un agronome de grande réputation — avait tout de même été congédié en janvier dernier. Il a toutefois été réintégré dans ses fonctions cet été, avec des excuses du premier ministre François Legault.

«On a beaucoup d’outils qui [permettraient] de se passer des pesticides», a dit M. Robert, vendredi midi, lors d’une conférence à l’Université Laval. Par exemple, a-t-il illustré, si on faisait du dépistage des insectes ravageurs avant d’appliquer des pesticides, on pourrait se passer de pesticides dans la plupart des cas. Une étude réalisée au CÉROM en 2014 et 2015 dans une cinquantaine de champs de maïs du Québec a trouvé que les ravageurs n’étaient suffisamment abondants pour causer des problèmes que dans 3,8 % des cas. Or jusqu’à tout récemment, 99 % des semences de maïs étaient traitées préventivement avec des néonicotinoïdes (un insecticide). C’est donc dire que la grande majorité de ces pesticides sont utilisées en pure perte, a plaidé M. Robert.

Or jusqu’aux années 90, le dépistage était beaucoup plus utilisé qu’aujourd’hui. Si cet «outil»-là (et d’autres) ne sont pas plus utilisés de nos jours, c’est parce que les autorités publiques n’ont pas joué leur rôle et ont laissé l’industrie prendre presque toute la place, estime l’agronome.

«D’une part, les conseillers de l’industrie sont plus présents sur le terrain que les conseillers qui ne sont pas liés à l’industrie. Et d’autre part, parmi les agronomes, il y a maintenant une majorité qui sont du privé alors qu’avant, c’était le contraire : il y avait plus d’agronomes du public. [... Alors] ça revient toujours à la présence d’agents de transfert technologique, les vulgarisateurs, sur le terrain avec les producteurs. Et même les représentants [des distributeurs de pesticides, NDLR] réclament ça maintenant, ils reconnaissent que ça a été un manque», indique M. Robert.

À son avis, la structure de gestion de groupes de recherche comme le CÉROM — et il en existe d’autres du même genre au Québec, bien qu’ils n’aient pas connu de scandale d’ingérence —, où le financement est largement public, mais la gestion, surtout privée, doit être revue. «Je parlais récemment à une chercheuse de l’Université Cornell [dans l’État de New York, NDLR], et elle n’en revenait pas que des compagnies au Québec siègent sur des comités d’élaboration des recommandations. Et elle m’a dit : tu peux chercher dans les 50 États, tu ne trouveras ça nulle part. Même aux États-Unis, paradis de la libre entreprise, il n’y a pas de compromis sur [la séparation des intérêts public et privé, NDLR]. Les gens du privé font leur affaire, et les gens du public font la leur», dit l’agronome.

Rappelons que M. Robert a été invité à témoigner devant la commission parlementaire sur les pesticides, la santé publique et l’environnement, qui aura lieu la semaine prochaine.

Élections 2019

Les électeurs se souviendront-ils des «blackfaces» de Trudeau le 21 octobre?

OTTAWA — La campagne libérale a pris un virage inattendu au jour 8, mercredi soir, lorsque des médias ont commencé à publier, après vérifications, des images de Justin Trudeau le visage grimé en brun ou en noir. Il est toutefois très difficile de prévoir ce qui restera de cette affaire dans l'esprit des électeurs le 21 octobre - dans un mois.

Il est encore bien tôt

Un mois, en politique, c'est long, comme le veut l'adage. Au début de la semaine, les médias parlaient essentiellement de ce que les libéraux et les conservateurs voulaient faire pour alléger le fardeau fiscal des familles. On parle maintenant de M. Trudeau qui doit s'excuser pour s'être peint le visage en brun ou en noir, plus d'une fois, dans un passé pas si lointain, alors que le premier ministre canadien était jusqu'ici généralement salué dans le monde entier comme le contrepoint progressiste de Donald Trump. (Le président américain n'a d'ailleurs pas manqué de «s'étonner», vendredi, des errances de son voisin.) Mais les électeurs ne sont peut-être pas au bout de leurs surprises.

Les coups de théâtre

D'autres photos ou vidéos de M. Trudeau en blackface pourraient bien surgir. Lorsque les journalistes lui ont demandé mercredi soir s'il l'avait déjà fait plus d'une fois, le chef libéral a dû admettre qu'il s'était grimé le visage en noir, au collège Brébeuf, pour chanter du Harry Belafonte lors d'un spectacle étudiant. Or, le lendemain matin, Global News publiait un nouveau blackface. Selon le chef libéral, il s'agissait d'une journée costumée, dans les années 1990, lorsqu'il était moniteur de rafting sur la rivière Rouge, au Québec. M. Trudeau a soutenu qu'il ne s'était souvenu de cette affaire qu'après sa publication, c'est pourquoi il n'exclut pas la possibilité qu'il y ait d'autres images semblables quelque part dans les archives.

Mea culpa, mea maxima culpa

Même s'il ne devait plus y avoir d'incidents de blackface, il est peu probable que le chef libéral arrête d'en parler - et de s'en excuser - pendant un moment. En plus des excuses publiques présentées au cours des derniers jours, M. Trudeau s'est également entretenu en privé avec des candidats, des leaders de communautés culturelles, son équipe de campagne et d'autres personnes qui auraient pu être blessées ou déçues de ses gestes passés. Le chef libéral a également indiqué vendredi qu'il aimerait s'entretenir avec le chef néo-démocrate. Jagmeet Singh, un sikh qui porte le turban, est le premier membre d'une minorité visible à la tête d'un grand parti politique fédéral canadien. «Je crois qu'il s'excusera à compter de maintenant et jusqu'au 21 octobre à chaque fois que la question sera soulevée - et peut-être encore au-delà», estime Jim Armour, qui a été membre du personnel politique conservateur et qui est maintenant vice-président de la firme Summa Strategies.

D'hier à aujourd'hui

La côte de la Montagne en 1896

Un grand prix cycliste sur la côte de la Montagne, le 1er juillet 1896. La course fait partie de la 14e convention annuelle de la «Canadian Wheelmen’s Association», qui dure une semaine. Le programme de l’événement comprend notamment un grand concert de musique classique et des feux d’artifice. Pour l’occasion, les gens ont mis leurs habits du dimanche. À l’imprimerie Darveau, les employés ont interrompu le travail, pour observer les cyclistes. La côte est alors un lien essentiel entre les entrepôts de la Basse-Ville et les marchands de la Haute-Ville. Jusqu’en 1866, elle portait d’ailleurs le nom de «côte de la Basse-Ville». À la fin des années 1890, on y trouve aussi plusieurs hôtels, qui répondent au besoin d’un tourisme en plein essor. Mais oublions un instant le passé. Cent vingt-trois ans plus tard, le 13 septembre 2019, les cyclistes étaient de retour! Et encore une fois, l’ascension de la côte n’avait rien d’une sinécure