Maison Jobin-Bédard

La démolition de la maison Jobin-Bédard est reportée

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, a fait vite. Elle bloque pour 30 jours la démolition de la maison Jobin-Bédard, tel que demandé par la Société d’histoire de Charlesbourg. Le sursis permettra aux experts étatiques d’évaluer la valeur patrimoniale nationale de la demeure qui aurait été construite entre 1770 et 1826.

«J’ai aujourd’hui [vendredi] signifié une ordonnance, en vertu de l’article 76 de la Loi sur le patrimoine culturel, au propriétaire de la maison Jobin-Bédard, située dans l’arrondissement de Charlesbourg à Québec, afin d’empêcher sa démolition, et ce, pour les 30 prochains jours», a indiqué l’élue, selon une déclaration écrite transmise par son équipe.

«Au cours de cette période», poursuit Nathalie Roy, «des analyses seront effectuées par des experts en patrimoine afin de déterminer la valeur patrimoniale du bâtiment et ainsi me permettre de disposer de tous les éléments nécessaires afin de prendre une décision réfléchie et éclairée dans ce dossier.» 

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Pour l’heure, même si la demeure Jobin-Bédard est citée dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, elle ne jouit pas d’un «statut» assurant sa protection. Voilà pourquoi la ministre a usé du «régime d’ordonnance» afin de repousser les démolisseurs. Ce type d’intervention d’urgence est choisi quand le gouvernement a de bonnes raisons de croire qu’un bien menacé à court terme pourrait prétendre à une protection permanente par l’État québécois.

Histoire et architecture

La demeure Jobin-Bédard est située au 1216, rue du Maine. «Le Ministère est d’avis [qu’elle] est susceptible de présenter une valeur patrimoniale, notamment en raison de son intérêt historique et architectural», lit-on dans le courriel transmis par l’attachée de presse ministérielle Brigitte Roussy. «La maison […] est un bâtiment représentatif de la maison traditionnelle avec son carré en pierre et ses ouvertures asymétriques. Sa toiture mansardée à quatre versants et sa galerie couverte sont des éléments qui témoignent de l’influence de différents courants stylistiques sur l’architecture résidentielle vers la fin du XIXe siècle. Enfin, la maison possède plusieurs éléments architecturaux témoignant de son ancienneté.»

La Ville ne nie pas la «valeur patrimoniale supérieure» des lieux. Mais, des informations transmises au cours de l’été par le nouveau propriétaire avaient poussé la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ) à octroyer un permis de démolition. Ce qui permettrait au promoteur d’ériger des maisons jumelées sur le terrain.

«Les experts ont statué sur le fait que le bâtiment n’était plus sain et viable, et que, vu son état de dégradation avancé, il devrait être démoli», a expliqué David O’Brien, porte-parole. 

«La CUCQ a ainsi considéré qu’il était déraisonnable d’obliger le propriétaire à faire une restauration qui aurait été très coûteuse (estimation des travaux à plus du double de la valeur de la maison) et a accepté de délivrer un permis de démolition [le 4 octobre].»

Le président de la Société d’histoire de Charlesbourg, Marc-André Bluteau, a été choqué par cette posture de la mairie. Voilà pourquoi il a demandé au ministère d’intervenir.