Lundi, Jean-Sébastien Fallu, professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal, a proposé notamment de permettre un plant de cannabis par habitation, mais d’interdire l’hydroponie, afin de ne pas causer des dommages aux logements.

La culture du cannabis à la maison réclamée

Les Québécois devraient avoir le droit de cultiver eux-mêmes leur marijuana, croit l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), afin que la légalisation de cette drogue ne soit pas perçue comme une façon «d’enrichir les coffres de l’État».

«On envoie le message que le cannabis est plus dangereux que le tabac et l’alcool, alors que c’est l’inverse», a soutenu Émilie Dansereau-Trahan, spécialiste de l’ASPQ lundi, lors de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 157 encadrant la consommation de cannabis. 

Comme les Québécois ont déjà le droit de brasser de la bière ou de faire pousser du tabac à la maison, Mme Dansereau-Trahan ne voit pas pourquoi les règles seraient différentes avec le cannabis. Le projet de loi pourrait ainsi «rester dans une vision qui n’est pas lucrative» et être «plus cohérent». 

Questionnée sur le libre accès des enfants et des adolescents aux plants de pot dans une maison, Mme Dansereau-Trahan soutient que le contrôle parental devrait être le même que pour une armoire qui contient de l’alcool fort. Et si un bébé ou un animal venait à mâcher une feuille de cannabis? «C’est pas toxique» assure Mme Dansereau, qui soutient que d’autres produits le sont davantage dans une maison. 

Jean-Sébastien Fallu, professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal est allé dans le même sens lundi, en demandant à la ministre de la Santé Lucie Charlebois d’assouplir le projet de loi 157 sur le volet de la production à la maison. 

Le professeur propose par exemple de permettre un plant de cannabis par habitation, mais d’interdire l’hydroponie, afin de ne pas causer des dommages aux logements. «Une serre industrielle, c’est pas la même chose qu’un ou 2 plants», exprime-t-il. 

Selon lui, l’interdiction complète de production maison revient à conserver la situation actuelle de prohibition, avec «ses effets pervers». 

Policiers inquiets

Ces propositions sont contraires à ce que préconisent les municipalités, les policiers et plusieurs autres organismes. L’Association des directeurs de police du Québec a encouragé la ministre Charlebois lundi à conserver la ligne dure et à ne pas permettre la culture du cannabis à la maison. 

La présidente Hélène Dion craint que les plants de marijuana puissent se retrouver dans des jardins, dans des remises et être très accessibles aux plus jeunes. 

Elle a aussi expliqué que les policiers ne peuvent pas, à l’heure actuelle, entrer dans les résidences pour vérifier la présence ou non de plants de marijuana et que permettre la culture à domicile rendrait leur travail très difficile. 

Plusieurs autres questions inquiètent les forces policières, comme la tolérance zéro au volant, le manque de formation et le manque d’outils à leur disposition pour faire face à la légalisation du cannabis, prévue le 1er juillet 2018 par le gouvernement fédéral. «On sera pas prêts», déplore Mme Dion. 

La ministre Charlebois s’est voulue rassurante. «On fera pas tolérance zéro tant qu’on n’aura pas les appareils homologués» qui permettent de l’appliquer, a-t-elle soutenu. Entre temps, les policiers continueront d’appliquer la notion de conduite avec les facultés affaiblies.