Signe des temps, la clientèle des salons funéraires souhaitait aujourd’hui avoir accès à des options plus vertes.

La crémation verte bientôt offerte à Québec

La Compagnie du cimetière Saint-Charles, qui gère onze cimetières de la région de Québec, a annoncé qu’elle remplacerait ses trois fours crématoires par des modèles plus verts qui consommeront moins de gaz naturel et réduiront les émissions de gaz à effet de serre, des travaux de 2,5 millions $ qui débuteront le 3 juin afin d’être terminés à temps pour le mois de novembre.

«Nos clients et les clients des salons funéraires de Québec que nous desservons souhaitaient avoir accès à des options plus vertes en matière de crémation. C’est pour ça que nous sommes allés un peu partout pour vérifier les nouvelles technologies, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Nous étions à la recherche d’une solution environnementale qui respecte la dignité humaine et dont le prix demeure raisonnable», a expliqué au Soleil François Chapdelaine, directeur général de la Compagnie du cimetière Saint-Charles.

M. Chapdelaine avoue que son crématorium est l’un de ceux qui fonctionnent le plus au Québec. «Chez nous, ce sont 82 % des familles qui optent pour la crémation plutôt que pour l’inhumation. C’est un très gros volume, soit environ 2600 corps par an», poursuit-il.

Technologie adaptée

C’est au Royaume-Uni que la Compagnie du cimetière Saint-Charles a d’abord déniché la technologie la plus intéressante. «L’Europe est plus exigeante en matière de pollution atmosphérique et une entreprise anglaise était très intéressée par notre projet. Ce sont eux qui fabriquent les appareils utilisés au cimetière du Père-Lachaise, à Paris», poursuit M. Chapdelaine, qui souhaitait cependant donner une chance aux entreprises du Québec avant d’opter pour une solution européenne.

«On trouvait ça dommage d’importer une technologie de si loin, alors on a décidé de challenger les entreprises d’ici, notamment Pyrox de Saint-Laurent chez qui on s’était déjà approvisionnés auparavant», explique M. Chapdelaine.

Pyrox a ainsi repris certains éléments qui avaient attiré la Compagnie du cimetière Saint-Charles en Europe en plus de travailler avec des experts en combustion et ventilation pour revoir l’ingénierie de ses produits. Le résultat est un nouveau type de four crématoire qui a été installé pour la première fois cet été à Laval et dont trois modèles prendront place dans le nouveau crématorium de Québec.

Consommation et émissions

La nouvelle technologie devrait permettre à la Compagnie du cimetière Saint-Charles de diminuer de plus de 50 % sa consommation de gaz naturel pour la crémation et aussi de réduire de façon significative ses émissions de gaz à effet de serre. «On parle de plus de 50 % au démarrage, mais, en réalité, on vise à diminuer la consommation de gaz naturel de plus de 70 % à plus long terme», souligne M. Chapdelaine.

Celui-ci ajoute que plusieurs clients du cimetière Saint-Charles souhaitaient aussi avoir la possibilité d’assister à l’étape de la crémation. «Et, avouons-le, ce que nous avions à offrir n’était pas très beau : un sous-sol avec descente en asphalte et un fini industriel. Le nouveau crématorium sera installé dans un nouveau bâtiment. Ce ne sera pas au sous-sol et l’aménagement conviendra pour accueillir les familles qui souhaitent témoigner l’expression d’un geste d’adieu. Quant aux installations existantes, elles seront démantelées pour servir d’espace d’entreposage.

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ÉCOLOGIQUE, L'AQUAMATION NE RÉPONDAIT PAS AUX ATTENTES

À travers sa recherche de solutions pour une crémation plus verte, la Compagnie du cimetière Saint-Charles a durant un certain temps jonglé avec la possibilité d’adopter l’aquamation, un procédé de dissolution des corps par hydrolyse alcaline

«Nous avons considéré très sérieusement cette option, au point de discuter avec Joe et Luke Wilson de l’entreprise Bio-­Response Solutions, en Indiana, qui fabrique l’équipement qui sert à l’aquamation.» Avec ce procédé, le corps est déposé dans un appareil d’aquamation et une solution alcaline est utilisée pour dissoudre le corps, selon les explications données sur les sites Web de Bio-­Response Solutions et du complexe funéraire Le Sieur. Le liquide est chauffé à 96 degrés pendant environ 12 heures. À la fin du procédé, la solution aqueuse est acheminée vers l’usine de filtration des eaux usées. La totalité des os est récupérée et sera ensuite réduite en poussière.

«Par contre, on s’est aperçu que pour l’aspect éthique, ce n’était pas réellement ce qu’on recherchait... On nous dit que dans les tests d’eau, ce sont les mêmes types de résidus qu’à la sortie des restaurants qui sont dirigés vers l’usine de filtration. Bref, il pourrait y avoir des lambeaux de chair qui vont dans les égouts... Ce ne sont pas des morceaux de poulet, ça pourrait être votre grand-mère! Et on ne voulait pas que l’usine de filtration de la Ville traite du “jus de cadavres”», indique François Chapdelaine, de la Compagnie du cimetière Saint-Charles.

«Nous avons simplement dit aux gens de Bio-Response que l’aquamation serait vraiment une super solution la journée où ils allaient s’attaquer à la filtration des résidus», poursuit-il, expliquant pourquoi l’entreprise a choisi de se tourner vers d’autres solutions écologiques.

De son côté, M. Éric Le Sieur, propriétaire du complexe funéraire Le Sieur de Granby a tenu à préciser certaines choses concernant l'aquamation, que l'entreprise offre à ses clients depuis 2015. "Contrairement aux allégations de M. Chapdelaine, l'aquamation n'amène pas le déversement de "lambeaux de chair" dans les égouts. C'est quelque chose qui ne peut pas exister, des lambeaux de chair, avec l'aquamation. L'hydrolyse alcaline décompose les tissus. Il est impossible qu'il reste des lambeaux de chair puisque tout est décomposé en particules. Il ne reste que les os, qui sont mis dans ume machine et moulus en une fine poudre comme après une crémation", explique M. Le Sieur.

"Depuis 2015, nous avons traité 1 000 cas par aquamation. Ce sont environ 10% de nos clients qui optent pour une inhumation traditionnelle et, des 90% restants, 98% optent pour l'aquamation et 2% pour la crémation", poursuit M. Le Sieur. Depuis deux ans, la Résidence funéraire de l'Abitibi-Témiscamingue s'est ajoutée à l'entreprise granbyenne comme étant la seule autre à offrir l'aquamation au Québec.

 Ian Bussières

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DE PLUS EN PLUS POPULAIRE

La crémation est de plus en plus populaire au Québec, davantage que l’inhumation. François Chapdelaine, de la compagnie du Cimetière Saint-Charles, croit cependant que ce rite funéraire atteindra bientôt un certain plafond, du moins dans la région de Québec où 82 % des familles de personnes décédées choisissent cette option.

«À Montréal, qui est plus multiethnique que Québec, c’était jusqu’à tout récemment 50 % la crémation et 50 % l’inhumation, mais le nombre de crémations tend à augmenter là-bas même si dans plusieurs cultures, la disposition d’un corps par crémation n’est toujours pas bien vue», explique-t-il.

«Mais là aussi, on voit un certain changement. Par exemple dans la communauté italo-­canadienne, dont les membres sont majoritairement catholiques, à une certaine époque il était hors de question qu’ils envoient le corps d’un de leurs proches au crématorium. Toutefois, ceux qui sont installés au Québec depuis plus longtemps et les nouvelles générations tendent à voir les choses d’un autre œil», enchaîne-t-il. 

«À Québec, ce serait toutefois surprenant que la part de ceux qui optent pour la crémation augmente, ne serait-ce que parce que la ville s’ouvre de plus en plus à l’immigration. On n’atteindra pas 99 % et le pourcentage actuel pourrait même diminuer un peu.»

C’est d’abord le coût qui aurait poussé massivement les Québécois vers la crémation au cours des années 70 et 80, une époque où des funérailles avec inhumation pouvaient coûter jusqu’à 15 000 $ alors que la crémation coûtait tout au plus 4000 $. «Maintenant, ça a changé cependant. Le prix des cercueils a diminué avec le lancement de la fabrication en série plus automatisée, mais la crémation demeure populaire», termine M. Chapdelaine. Ian Bussières