La coccinelle asiatique est débarquée au Québec en 1994.
La coccinelle asiatique est débarquée au Québec en 1994.

La coccinelle asiatique gagne du terrain

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Envahisseuses de grand talent, les coccinelles asiatiques poursuivent leur marche sur le Québec. Elles ont même franchi une frontière nordique invisible qui les freinait depuis des années.

Vous connaissez ces petits insectes qui font pester certains propriétaires dont la maison est choisie comme refuge hivernal? Importées durant le XXe siècle par les Étatsuniens, les coccinelles asiatiques ont grandement aidé les cultivateurs en mangeant quantité de pucerons et autres indésirables. Sans prédateurs, elles se sont toutefois multipliées. Débarquées au Québec en 1994, elles s’y sont plu.

Présentement, les coccinelles asiatiques se réfugient dans les chaumières et immeubles en prévision de la froidure… pour mieux reprendre leur campagne au printemps. Sans qu’on sache où elles s’arrêteront.

Et elles sont particulièrement nombreuses en cette fin 2017. «On a eu une fin d’automne très chaude», observe Éric Lucas, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal. Quand la météo se rafraîchit plus tôt, toute une génération de coccinelles asiatiques qui n’a pas atteint le stade adulte meurt dans la nature. Mais quand le thermomètre reste en hauteur, les insectes se développent à foison. «C’est pour ça qu’on a des populations qui sont très élevées.»

M. Lucas étudie la coccinelle asiatique depuis une vingtaine d’années. Il constate sa montée inexorable sur la carte du Québec : «Il y a une progression vers le nord. Depuis quelques années, ça s’arrêtait au niveau d’une ligne entre le lac Saint-Jean et l’Abitibi. Là, maintenant, on a des données par exemple en Gaspésie où elles progressent vers le nord. Petit à petit, elles colonisent le Nord.»

Elle est toutefois limitée par la «raréfaction» des habitations humaines, refuges essentiels à sa survie durant l’hiver. Elle ne supporte pas le froid.

Mais la température globale grimpe : «C’est clair que la coccinelle, si elle trouve des habitations humaines, et que la température se réchauffe, elle va continuer à monter», avertit M. Lucas.


« Elles seront toujours dans l’environnement et elles vont continuer leur colonisation. Il faut apprendre à vivre avec »
Éric Lucas, professeur au département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal

Apprendre à l’aimer

Alors, que faire contre l’envahisseur? Mieux vaut apprendre à aimer cet insecte «remarquable», pense le scientifique. «La coccinelle, elle est là pour rester. On ne pourra jamais enlever la coccinelle asiatique de là. […] Elles seront toujours dans l’environnement et elles vont continuer leur colonisation. Il faut apprendre à vivre avec.»

Éric Lucas fait remarquer que n’est pas «nuisible» pour l’humain sinon par sa présence... parfois en grands groupes. Pendant l’hiver, les coccinelles asiatiques dorment; elles ne s’alimentent pas dans le garde-manger, ne se reproduisent pas.

«Les coccinelles ne sont pas des coquerelles», poursuit-il. «Quand il y en a dans une maison, ça n’a rien à voir avec la salubrité, la propreté.»

Pour quelques individus allergiques à une substance qu’elles sécrètent pour se protéger, le problème peut toutefois être plus contraignant.

Pour les autres coccinelles du Québec aussi parce qu’elles ne font pas le poids. Les sœurs asiatiques sont «très agressives», dévorent les bêtes à bon Dieu locales.

Sauf que cette agressivité est bénéfique lorsque canalisée : «La coccinelle asiatique est un insecte utile. C’est un envahisseur, mais un insecte utile», plaide M. Lucas. «Elle s’attaque à une quantité phénoménale de pucerons et toutes sortes d’insectes qui s’attaquent aux plantes.»

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Comment combattre?

Les coccinelles asiatiques sont de redoutables adversaires pour l’humain qui voudrait les bannir de son logis.

D’emblée, Jean-Philippe Tremblay, diminue les espoirs. Le directeur au développement chez Maheu et Maheu note qu’il est quasi impossible de les éliminer totalement.

Autant dans les maisons que dans les immeubles en hauteur, l’insecte s’infiltre l’automne. «On va donc privilégier de régler le problème à la source.» Comment? En colmatant le plus de trous et fissures possible. Après, il y a l’aspirateur pour avaler les coccinelles qui ont réussi à entrer… Opération qu’il faudra répéter : «C’est un problème qui va être récurrent d’année en année.»

M. Tremblay fait cependant valoir que les coccinelles asiatiques ne sont pas «dommageables». «C’est juste qu’elles sont présentes en grande quantité à l’intérieur.»

Surtout, n’essayez pas de les écraser, prévient Richard Berthiaume, coordonnateur du consortium sur les insectes forestiers de l’Université Laval. Pour se défendre, elles sécrètent un liquide nauséabond qui tache.

Éric Lucas, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, privilégie aussi l’aspirateur. D’autant plus qu’il n’existe pas d’insecticides chimiques homologués pour l’usage à l’intérieur, dit-il.

Suffit d’introduire un bas de nylon dans le tuyau et d’y aspirer les coccinelles. Ensuite, au choix, on fait un nœud pour les congeler à mort dans le réfrigérateur. Ou elles sont libérées dans la nature. Les utilisateurs de serres les installeront à l’intérieur ; elles y mangeront les pucerons.

Les propriétaires de maison pourraient les repeindre avec une couleur foncée, ce qui attire moins les coccinelles en quête d’un abri. Des plantes aromatiques comme la sauge et la menthe devant les fenêtres aideraient également, selon M. Lucas. Si elles sont à l’extérieur, un jet d’eau fort suffit à en tuer un bon nombre.

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Au centre-ville de Québec aussi!

D’aucuns pourraient s’étonner de voir des coccinelles asiatiques au centre-ville, dont à Québec, plutôt qu’en périphérie rurale.

Pas Richard Berthiaume, coordonnateur du consortium sur les insectes forestiers de l’Université Laval. «C’est plus que plausible!» 

Lui-même en a attrapé… il y a 10 ans déjà. Et en a vu récemment. Pas de surprise, donc. D’autant plus que la clémence de Dame Nature a favorisé la prolifération cette année.