L’an dernier, au moins 18 000 travailleurs de la santé se sont blessés au travail, soit 10 000 de plus que dans le milieu de la construction.
L’an dernier, au moins 18 000 travailleurs de la santé se sont blessés au travail, soit 10 000 de plus que dans le milieu de la construction.

La CNESST veut offrir de la réadaptation en milieu de travail

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) veut mettre en place une nouvelle offre de services de réadaptation en milieu de travail pour les travailleurs souffrant d’une lésion musculo­squelettique et risquant une incapacité prolongée. L’objectif visé : un retour au travail de l’employé blessé à l’intérieur d’un délai de 10 semaines à compter du début des interventions.

L’organisme public a publié cette semaine un avis d’appel d’intérêt par lequel elle invite à se manifester tous les fournisseurs de services en ergothérapie disposés à offrir des interventions en milieu de travail.

La CNESST explique avoir réalisé, en 2016, un état de situation «sur les services d’évaluation et de développement des capacités de travail», et que selon cet état de situation, «les interventions en milieu de travail sont particulièrement efficaces pour maintenir le lien d’emploi, réduire la durée d’absence et ainsi prévenir l’incapacité prolongée». 

«Sachant qu’un réentraînement en milieu de travail favorise un retour au travail sécuritaire, prompt et durable à l’emploi prélésionnel dès la fin des interventions, la CNESST recherche des ergothérapeutes en mesure d’accompagner une clientèle en milieu de travail et désirant collaborer avec les employeurs et le personnel de la CNESST», peut-on lire dans l’avis d’appel d’intérêt.

La CNESST précise que le profil de la clientèle visée est constitué de travailleurs ayant subi une lésion professionnelle de nature musculosquelettique depuis moins de six mois. Elle mentionne également que l’employé doit avoir une condition médicale «suffisamment stable» pour permettre la reprise graduelle des tâches en milieu de travail.

«La personne occupant le poste de conseiller en réadaptation établit d’abord un portrait global de la situation du travailleur ou de la travailleuse et de l’employeur et intervient auprès de ce dernier afin de maintenir l’employabilité», détaille la CNESST, ajoutant que l’ergothérapeute a également pour responsabilité d’évaluer les besoins de l’employé afin d’élaborer un plan de retour au travail. 

«Dans le cadre de cette nouvelle offre de services, le conseiller ou la conseillère en réadaptation procède à la détection précoce des travailleurs et travailleuses risquant une incapacité prolongée», mentionne encore l’organisme, qui vise un retour au travail de l’employé dans un délai situé entre 7 et 10 semaines suivant le début des interventions. L’ergothérapeute obtiendrait une rémunération estimée à 8000 $ par travailleur.  

Le document ne précise pas quel(s) secteur(s) d’emploi est (sont) visé(s) par cette nouvelle offre de services. Questionné à savoir si le secteur de la santé et des services sociaux était particulièrement dans la mire de la CNESST, le porte-parole de l’organisme, Alexandre Bougie, nous a répondu que «tous les secteurs d’activités sont inclus». 

Une mise à l’essai de cette offre de services est prévue dès janvier 2020, a précisé M. Bougie. 

Accidents à la hausse

La fin de semaine dernière, les organisations syndicales en santé et services sociaux ont pressé le gouvernement et la CNESST d’agir face à l’augmentation «fulgurante» du nombre d’accidents de travail et de lésions professionnelles dont leurs membres sont victimes. 

D’après des données obtenues par les syndicats auprès du ministère de la Santé et de la CNESST, les coûts associés aux troubles musculosquelettiques, aux chutes et aux actes violents ont respectivement bondi de 36 %, de 45 % et de 82 %) au cours des deux dernières années.

Le secteur de la santé et des services sociaux, qui ne représente que 9,8 % des établissements québécois, accapare 18 % des accidents et des lésions professionnelles au Québec, ont dénoncé les syndicats. L’an dernier, au moins 18 000 travailleurs de la santé se sont blessés au travail, soit 10 000 de plus que dans le milieu de la construction.