Les quelque 10 500 patients de la Clinique médicale Beauport, sur l’avenue Royale, devront se rendre les samedis et dimanches à la nouvelle clinique médicale du Complexe Synase, près de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus.

La Clinique médicale Beauport fermera les fins de semaine

La Clinique médicale Beauport fermera ses portes la fin de semaine à compter de janvier prochain, faute de nouveau médecin. Les quelque 10 500 patients de la clinique de l’avenue Royale devront se rendre les samedis et dimanches à la nouvelle clinique médicale du Complexe Synase, près de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Une situation qui «peine» le médecin responsable de la Clinique médicale Beauport, le Dr Nil Lefrançois, qui se demande si les services de santé sont «vraiment organisés pour la population».

Le ministère de la Santé avait accordé une dérogation au plan régional d’effectifs médicaux (PREM) et autorisé un médecin supplémentaire pour le sous-territoire de Beauport. Des citoyens et des patients de la Clinique médicale Beauport avaient fait des représentations à cet effet, notamment auprès du député caquiste Jean-François Simard. 

Deux candidats ont manifesté leur intérêt de pratiquer dans ce secteur, l’un à la clinique du DLefrançois, et l’autre, à la Clinique médicale des Promenades, qui est aussi une superclinique. Les deux candidats ont été rencontrés en entrevue par un comité du Département régional des effectifs médicaux (DRMG), qui a finalement octroyé le poste au médecin qui voulait pratiquer à la Clinique médicale des Promenades.

«Notre candidat a été rejeté par le DRMG, sous quels critères, je ne le sais pas. Il était prêt à travailler chez nous, il était prêt aussi à régler une partie des problèmes [de manque d’effectifs médicaux] à Sainte-Brigitte-de-Laval en y faisant une douzaine d’heures par semaine», explique en entrevue le Dr Lefrançois. 

Le médecin ne comprend pas la décision du comité du DRMG. Sa clinique, souligne-t-il, a «toujours bien fonctionné» et rempli «de façon exemplaire» ses obligations envers la population et le ministère de la Santé. «Nos chiffres sont impeccables», insiste le responsable de la clinique qui compte 10 500 patients inscrits (mais qui, en vertu de la pondération du ministère de la Santé, en valent 12 500 en raison de leur âge et de leur état de santé).

Les six médecins de la Clinique médicale Beauport ont toujours vu leurs patients au sans rendez-vous la fin de semaine, au moment où ils en ont besoin, «le jour même», illustre le Dr Lefrançois.

«Pour moi, c’est ça, l’accessibilité. Mais ce qui s’est installé petit à petit, c’est du sans rendez-vous où il faut appeler la veille pour être vu le lendemain […]. Quand tu te lèves avec une cystite, que tu appelles en après-midi et que tu apprends que tu vas être vu le lendemain, ça ne répond pas à ton besoin. Et s’il n’y a pas de place sur le sans rendez-vous, ben tu passes ton tour. Chez nous, c’est du vrai sans rendez-vous, pas du rendez-vous dédié où tu dois appeler la veille pour avoir une place!» souligne-t-il. 

La «langue à terre»

Le DNil Lefrançois se désole que les patients de sa clinique perdent leur service de proximité la fin de semaine. «Il y avait un moyen très simple d’éviter ça, c’était d’accorder le PREM au bon candidat», dit-il. Ses collègues (dont deux sont dans la soixantaine) et lui ont «la langue à terre», explique le médecin. Au cours des deux dernières années, deux médecins de la Clinique médicale Beauport ont pris leur retraite. «Moi, j’ai 73 ans. Je ne pense pas encore à la retraite, mais à mon âge, c’est peut-être le Bon Dieu qui va me mettre à la retraite», glisse le DLefrançois.

D’où l’entente avec le groupe de médecine familiale (GMF) du complexe Synase, qui permettra aux médecins de la Clinique médicale Beauport de souffler un peu. À partir de janvier, les six docteurs de la clinique de l’avenue Royale feront équipe avec les cinq omnipraticiens du GMF du boulevard Henri-Bourassa pour couvrir les plages de sans rendez-vous de la fin de semaine. «On sera donc 11 médecins pour se partager le sans rendez-vous. Notre tour reviendra moins vite», explique le Dr Lefrançois, précisant que les patients devront appeler la veille pour réserver une place «puisque c’est la façon de fonctionner à cet endroit».

Le Dr Nil Lefrançois remet en question au passage la tendance actuelle des médecins et du «système» à privilégier les «grosses structures médicales» de 25 ou 30 médecins. «Peut-être que je suis trop vieux et que j’ai une mauvaise conception […], mais est-ce qu’on est sur la bonne voie, est-ce que c’est ce qu’on veut, avoir des grosses structures médicales? C’est sûr que si on se place du côté des médecins, plus c’est gros, plus ta vie à toi va être facile, parce que tu fais moins de sans rendez-vous la fin de semaine, ton tour revient moins souvent. Mais est-ce que c’est un système qui favorise les patients? Je ne pense pas. Eux, ils trouvent ça plus compliqué», analyse-t-il.

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LE PROCESSUS DE SÉLECTION A ÉTÉ FAIT DE FAÇON NEUTRE ET IMPARTIALE, ASSURE LE CHEF DU DRMG

Le chef du Département régional de médecine générale (DRMG) de la Capitale-Nationale, le DJacques Bouchard, assure que la sélection du candidat pour le sous-territoire de Beauport a été faite dans les règles de l’art et suivant un processus «impartial».

En entrevue au Soleil, le Dr Bouchard a rappelé que le médecin est un travailleur autonome et qu’on ne peut l’obliger à pratiquer dans une clinique précise, à moins que le ou la ministre de la Santé fasse une dérogation «ciblée», ce que l’ex-ministre Gaétan Barrette avait fait l’an dernier, permettant à la Clinique médicale de Beauport de mettre la main sur un nouveau médecin. 

Sinon, les dérogations accordées au plan régional d’effectifs médicaux (PREM) le sont seulement pour des sous-territoires, explique le DBouchard. Les besoins en effectifs médicaux étant «énormes» dans la région de la Capitale-Nationale et les demandes venant «de partout», trois postes supplémentaires ont été accordés en dérogation par la ministre de la Santé, Danielle McCann, pour les secteurs de Laurentien et Loretteville-Val-Bélair, de Charlesbourg et de Beauport, précise-t-il.

«Pour Beauport, on avait deux candidats. On a créé un comité de sélection avec deux médecins qui ne travaillent pas dans ce sous-territoire pour éviter tout conflit d’intérêts, avec une grille neutre de 10 questions, avec des évaluations. On partait du principe que les priorités sont la prise en charge d’un minimum de 250 patients provenant de la communauté et de 250 patients provenant du Guichet d’accès à un médecin de famille [près de 68 000 patients attendent au guichet dans la Capitale-Nationale]», précise le chef du DRMG, ajoutant que d’autres facteurs, comme l’intérêt du médecin à travailler en soins à domicile ou en soins palliatifs à domicile, sont aussi pris en compte. 

«L’endroit où le médecin veut pratiquer n’est pas pris en compte», assure le Dr Bouchard, qui n’a pas assisté au processus de sélection. «Je peux vous dire que les deux membres qui étaient sur le comité de sélection sont entièrement compétents et qu’ils n’avaient aucun conflit d’intérêts. Le processus est toujours fait de façon très neutre, très impartiale», insiste-t-il. 

Le DBouchard souligne du reste que le candidat qui n’a pas été retenu, mais qui était néanmoins «excellent», selon ce qu’on lui en aurait dit, peut retenter sa chance maintenant pour le prochain processus d’octroi de postes. «S’il réapplique maintenant [et s’il refait une bonne entrevue], dans un mois, il pourrait commencer à Beauport parce qu’on a des nouveaux postes pour Beauport avec le PREM 2020», indique le chef du DRMG, tout en soulignant que plusieurs médecins ont postulé et que le processus de sélection se fera là aussi de façon neutre et impartiale, «sans favoritisme» pour une clinique ou pour une autre.