Sol Zanetti pense qu’il serait logique de «dissocier» le port et la ville, qui ont des «intérêts divergents».

Zanetti propose que le Port s’agrandisse loin du centre-ville

Farouchement opposé à tout agrandissement du Port de Québec en campagne électorale, le député solidaire Sol Zanetti met de l’eau dans son vin et propose que ce développement se fasse en aval de la ville.

«Quelle est vraiment la plus-value de nous coincer ça au centre-ville?» demande le député de Jean-Lesage. Dans une lettre adressée au ministre des Transports fédéral Marc Garneau et envoyée aussi au ministre des Transports du Québec François Bonnardel le 3 décembre, le député Zanetti propose une autre solution au projet Beauport 2020 du Port de Québec.

«La tendance actuelle à l’international en matière de développement portuaire se manifeste plutôt en une relocalisation des ports en dehors des grands centres urbains», écrit-il, citant notamment les ports de Bordeaux, de Barcelone, de Lisbonne et de Sept-Îles.

En entrevue au Soleil, le député explique qu’il verrait bien le développement portuaire de Québec se faire «pas très loin», sur la rive nord ou la rive sud du fleuve Saint-Laurent, «un peu à l’image du port de Contrecoeur par rapport au port de Montréal», qui est situé à environ 60 kilomètres de la métropole.

M. Zanetti ne veut toutefois pas pointer d’endroit précis pour établir un port en eau profonde à l’est de Québec, laissant le soin aux experts de se prononcer. Reste que, selon lui, il serait logique de «dissocier» le port et la ville, qui ont des «intérêts divergents». Éloigner les activités portuaires de Québec permettrait «d’améliorer la qualité de vie au centre-ville», tout en desservant les entreprises de la grande région de Québec.

«Est-ce que les camionneurs préfèrent aller chercher leurs conteneurs au centre-ville de Québec ou ils préfèrent aller chercher ça dans un endroit plus excentré, où il y a moins de congestion?» demande le député.

Voie de passage

Ayant axé une grande partie de sa campagne électorale contre le Port de Québec, Sol Zanetti était plus virulent il y a quelques mois à peine. Il demandait que l’on «tire la plogue» sur le projet d’agrandissement du Port de Québec, qui était selon lui «économiquement insensé et environnementalement dangereux».

Il admet aujourd’hui que sa position a «évolué», à la lumière des experts et des citoyens qu’il a consultés. «On précise notre position en proposant cette voie de passage-là.»

Le député a toujours «espoir» que le projet Beauport 2020 accumule du retard et que la première pelletée de terre n’ait pas lieu pas avant les prochaines élections provinciales, en 2022. Mais dans l’intervalle, il militera pour que le projet, soutenu par la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale, soit situé «en retrait de la ville». 

Dans sa lettre, il dresse une longue liste de désavantages à Beauport 2020, soit «une contamination par déplacement de sédiments de 39 hectares d’écosystème marin fragile», de même qu’une «augmentation du transport terrestre (camions et trains), une altération du paysage fluvial», et «des impacts négatifs sur l’industrie touristique de la ville patrimoniale de Québec».

Troisième lien?

Depuis 2017, le Port de Québec détient une option d’achat sur les anciens terrains du projet Rabaska, dans l’est de la ville de Lévis, pour son développement futur. Il y a quelques mois, le pdg du Port Mario Girard avait qualifié le projet de troisième lien routier à l’est de Québec d’«une opportunité extraordinaire» pour l’industrie industralo-portuaire.

M. Zanetti ne veut toutefois pas faire de recoupement entre les deux projets, Québec solidaire étant fermement opposé à la construction de ce troisième lien, que le gouvernement de la CAQ s’est engagé à construire. Même si le port de Québec prenait de l’expansion sur la Rive-Sud, «ça ne justifierait pas l’établissement d’un troisième lien routier», selon M. Zanetti.

En décembre 2017, le pdg du Port, Mario Girard, a annoncé que Beauport 2020 deviendra un terminal de conteneurs, laissant tomber l’option de transborder et d’entreposer des matières en vrac. Jusqu’à 500 000 conteneurs pourraient y transiter chaque année.

Le projet d’agrandissement est actuellement étudié par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, qui n’a pas encore rendu sa décision.