En 2017, une quantité «encore beaucoup trop petite» de 178 logements sociaux ont été construits sur tout le territoire de la région de Québec, selon des données compilées par le FRAPRU.

Vision sur l'habitation: des groupes communautaires mitigés

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste (Compop) se réjouissent du fait que l’administration Labeaume veuille «enfin» lutter contre l’embourgeoisement dans sa prochaine politique d’habitation. Mais les groupes communautaires conservent plusieurs réserves, notamment sur la pro-activité et les vraies intentions du municipal en matière de logement social.

Aux yeux de la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, la Ville de Québec démontre de belles intentions avec sa démarche de consultations publiques, mais fait également preuve d’un peu d’hypocrisie. «Si on se fie à d’autres interventions récentes du maire sur d’autres dossiers en habitation comme l’insalubrité, on se rend compte que les bottines ne suivent pas rapidement les babines», lance-t-elle.

Elle rappelle au passage que, même si l’administration s’est déjà dotée, en 2005, d’une politique formelle d’habitation, «elle ne fait pas preuve de beaucoup de productivité dans ce dossier-là depuis les dernières années, si on la compare par exemple à Montréal».

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Pour Marie-Ève Duchesne, du Compop, il est essentiel de souligner que le problème d’accès au logement social en est un qui dépasse largement le volet municipal. «C’est beaucoup plus en concertation qu’on doit travailler si on veut un vaste chantier de logement social», explique-t-elle. 

La militante avance du même coup que plusieurs crédits débloqués par Accès-Logis récemment n’ont même pas pu être livrés en totalité par la Ville, faute de financement. «Je ne vois pas comment y arriver sans le provincial et le fédéral, il faut en demander beaucoup plus», s’indigne-t-elle. 

Le 6 juin dernier, plusieurs membres du FRAPRU ont marché sur six kilomètres en direction de l'Assemblée nationale, à Québec, pour le droit au logement dans la capitale.

Utiliser les outils

En 2017, une quantité «encore beaucoup trop petite» de 178 logements sociaux ont été construits sur tout le territoire de la région de Québec, selon des données compilées par le FRAPRU. «La Ville, elle a des outils qu’elle connaît et qu’elle n’utilise pas. Il y a comme un discours mais il n’y a pas de mesures pour aller avec», déplore Mme Laflamme là-dessus.

La porte-parole espère que les propos du maire sur la gentrification, vendredi, étaient pesés et pensés. «On va rester positif, on va espérer que le maire ait vraiment cet objectif, mais ce qu’on dit, c’est que ce n'est pas en 2019 qu’il faut lutter, c’est dès maintenant, ajoute-t-elle. On est en mesure de se doter de mesures pour contre-balancer les effets négatifs dans plusieurs quartiers en ce moment où des gens sont chassés de leur logement et subissent des hausses de loyer injustifiables.»

Ensemble, les groupes membres du FRAPRU — comme le comité populaire Saint-Jean-Baptiste — portent deux revendications essentielles : que la mairie se dote d’abord d’une réserve de terrains 100 % voués au logement social et qu’elle crée un pourcentage d’inclusion des logements sociaux à même les nouvelles constructions privées ou publiques dans la capitale. 

«Le dossier de la conversion de logements en condos, l’hôtellerie illégale, la présence de plus en plus grande d’AirBNB, ce sont des enjeux qui pour nous sont encore sans réponse, explique à ce sujet Marie-Ève Duchesne. Quand on ajoute à ça le réseau de transport structurant à venir, on voit bien que tout ça ne peut pas se faire sans une politique d’habitation forte.»

Sur le du projet de transport structurant de l’administration Labeaume plus précisément, Mme Duchesne plaide qu’il faut agir maintenant pour la mixité sociale, avant qu’il ne soit trop tard. 

«Le meilleur choix, maintenant, c’est de se doter d’une réserve de terrains en vue de faire du logement social. Quand on va avancer avec le tramway, tous les terrains qui vont le longer vont devenir intéressants pour des promoteurs. Et c’est après ça qu’on se retrouvera, si on n’agit pas, avec plus ou moins de place pour une mixité dans l’aménagement du quartier», ajoute-t-elle. 

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CHANGER LA DONNE

En fin d’entretien avec Le Soleil, Véronique Laflamme avoue également conserver certaines réserves sur le décalage entre les propos du maire Labeaume et le communiqué final de la Ville, paru hier.

«Le maire, lui, il a beaucoup parlé d’embourgeoisement en point de presse, et c’est très bien, dit-elle. Sauf que quand on lit le communiqué de la ville, c’est un peu moins clair, on nous dit que la vision va susciter une réflexion sur les principaux enjeux d’habitation. On parle de densification harmonieuse, de mixité sociale et de revitalisation des quartiers sans jamais vraiment aller dans le vif du sujet.»

Trop souvent, selon elle, les intentions du municipal ne se convertissent pas en résultats politiques. «Quand c’est le temps de mettre une pression sur les paliers supérieurs pour que leurs programmes soient mieux financés et pour obtenir plus d’unités [de logements sociaux], on l’entend pas beaucoup le maire Labeaume», illustre-t-elle. 

Des chiffres commandés par le FRAPRU à Statistique Canada révèlent d’ailleurs que 21 340 ménages locataires de la région de Québec ont actuellement des besoins impérieux de logement. Cela signifie que leur foyer peut être soit trop cher, soit trop petit ou encore tout simplement insalubre.

Parmi ceux-ci, le revenu médian de ceux qui consacrent plus de 50 % de leurs revenus au loyer serait de 13 730 $. «On voit bien qu’avec ça, tu ne peux pas payer un logement à plusieurs centaines et en montant dans Limoilou. Ça se complique encore plus si tu es monoparental. Il faut que ça change», conclut à ce sujet Véronique Laflamme.