Le dernier recensement révèle que la baisse du nombre de résidents a été freinée dans le Vieux-Québec. Mais le bilan demeure négatif puisque la population a  diminué de 2% entre 2006 et 2011.

Vieux-Québec: l'exode des résidents freiné

Après avoir vu ses résidents permanents quitter de façon importante le Vieux-Québec entre 2006 et 2011, le dernier recensement révèle que l'hémorragie a été freinée. Mais le bilan demeure négatif puisque la population a cette fois diminué de 2%.
Entre 2011 et 2016, 97 personnes ont fait leurs valises pour quitter l'arrondissement historique tandis que les cinq années précédentes, ils étaient 492 citoyens à déserter le Vieux-Québec. La baisse de 9,3% d'alors avait été la plus forte en près de 60 ans. 
«L'exode a été contenu», résume le professeur adjoint au Département de géographie de l'Université Laval, Étienne Berthold. Celui-ci a analysé les données encore préliminaires du dernier recensement de Statistique Canada et conclut que les nouvelles ne sont pas aussi mauvaises que la dernière fois. 
Vieux-Port en hausse
Certains secteurs font meilleure figure que d'autres comme celui du Vieux-Port qui a connu une augmentation de 5% de sa population, passant de 908 à 953 résidents. Difficile d'identifier ce qui a attiré davantage les résidents puisqu'il n'y a pas eu, à la connaissance de M. Berthold, de construction neuve. Il hasarde l'hypothèse selon laquelle des propriétaires arrivés à l'âge de la retraite auraient quitté leur première résidence pour aménager définitivement leur condo acheté pour écouler leurs vieux jours.
Le secteur de la place Royale tire beaucoup moins bien son épingle du jeu avec une baisse de population de 7,6%, soit de 58 résidents sur les 768 qui l'habitaient au dernier recensement. «Il se passe définitivement quelque chose là» depuis une dizaine d'années, croit le chercheur. Encore une fois, difficile d'identifier la cause de l'exode, mais Étienne Berthold souligne la forte proportion de jeunes qui l'habitent. Selon lui, lorsque ceux-ci sont prêts à fonder une famille, ils s'exilent ailleurs. 
Les secteurs intra-muros et du Cap-Blanc ont aussi connu des diminutions de population respectives de 2,5% et de 3,3%. Dans le premier cas, il y avait, en 2016, 62 citoyens de moins qu'en 2011 et dans le deuxième, 19. Les chiffres sur le Cap-Blanc ne sont cependant pas représentatifs parce que le secteur du recensement couvre un territoire beaucoup plus large que celui délimité par l'arrondissement historique, prévient M. Berthold. 
Il rappelle également qu'on en saura davantage sur la vitalité des quartiers lorsque d'autres informations cruciales du recensement seront rendues disponibles, comme la composition des ménages et leurs conditions socioéconomiques. 
Encourageant 
Mais pour la vice-présidente du conseil exécutif de la Ville de Québec et présidente de la Table de concertation du Vieux-Québec, Julie Lemieux, ces chiffres préliminaires sont «rassurants et encourageants». «On a réussi à freiner la diminution», constate-t-elle, faisant écho aux propos de l'universitaire. «Et ce n'est qu'un début», avance l'élue évoquant les projets immobiliers qui devraient permettre d'aider à repeupler l'arrondissement historique. 
En tête de liste, celui de l'îlot Charlevoix qui est en voie d'être acheté par la Ville. Situé à deux pas de l'Hôtel-Dieu, soit à l'intersection de la rue Charlevoix et de la côte du Palais, un immeuble comprenant des logements aux étages et un commerce de proximité au premier est projeté. Pour ce dernier, il est question d'aménager un supermarché, une épicerie ou des halles afin de permettre aux gens du coin, mais aussi aux touristes de se ravitailler. 
Les terrains de l'ancienne école primaire Saint-Louis-de-Gonzague doivent également accueillir un projet résidentiel tout comme ceux situés en bas de la côte de la Potasse qui pourraient héberger, selon Mme Lemieux, des petites maisons de ville. Tous sont mis en vente par le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU) par l'intermédiaire de la Société québécoise des infrastructures (SQI).
Un projet pilote réalisé par les étudiants de l'École d'architecture de l'Université Laval est également en cours sur la rue Saint-Jean. Ceux-ci ont approché des propriétaires d'immeubles qui ont un commerce au rez-de-chaussée, mais dont les deuxième et troisième étages sont vacants. Afin de remédier à cette problématique qui ronge le secteur, les apprentis architectes ont élaboré des plans pour démontrer comment leurs locaux vides peuvent être transformés en logements. La Ville se dit prête à donner un coup de pouce pour modifier le zonage et alléger les coûts éventuels de rénovation. 
Davantage de concertation
Julie Lemieux constate également que cinq ans après le dernier recensement, «il ne manque plus beaucoup de services». Par exemple, de nouvelles pharmacies se sont installées dans le Vieux-Québec, le système de stationnement «intelligent» facilite la vie aux automobilistes et la Maison de la littérature est devenue un nouveau pôle d'attractivité.
La présidente de la Table de concertation se dit également heureuse de voir que grâce à ce regroupement, né en 2012 du désir des acteurs de l'arrondissement de renverser la vapeur après le recensement catastrophique, il y a désormais beaucoup plus de concertation. «On travaille très fort à changer les perceptions sur la vie dans le Vieux-Québec», conclut l'élue qui entend poursuivre ses efforts afin d'avoir un bilan positif au prochain recensement.
Les citoyens préoccupés
Le Comité de citoyens du Vieux-Québec (CCVQ) se dit à la fois préoccupé de la nouvelle baisse d'habitants dans l'arrondissement historique, mais soulagé que celle-ci soit moins accentuée qu'au dernier recensement. 
«C'est une roue: moins il y a monde, moins le quartier est vivant, moins cela attire du monde», illustre son président, Jean Rousseau. Il a particulièrement du mal à s'expliquer la diminution de 7,6% du nombre de résidents dans le secteur de la place Royale. «C'est un endroit où il y a eu beaucoup de chantiers», spécule-t-il. 
M. Rousseau estime qu'un des problèmes les plus criants est le coût des loyers. «C'est encore hors de prix!» s'exclame celui qui estime que la Ville de Québec devrait revoir son programme d'accès au logement dans les quartiers centraux. Les programmes pour les rénover devraient également être plus accessibles tandis que les nouvelles constructions devraient être adéquates pour héberger des familles, selon lui.
Quant aux services, il rappelle qu'il faut d'abord s'assurer que ceux qui y sont déjà ne disparaissent pas comme c'est le cas du Marché du Vieux-Port qui est voué à déménager à ExpoCité. «Ça nuit beaucoup à l'attractivité», fait valoir celui qui s'oppose fortement à ce projet. Quant à la Table de concertation du Vieux-Québec qui a vu le jour en 2012 pour freiner l'hémorragie, Jean Rousseau ne croit pas qu'elle ait eu jusqu'à maintenant une portée quelconque.
Dans les autres quartiers centraux*
En hausse
• Saint-Jean-Baptiste + 4,7% (+ 465 résidents, total: 10 262)
Dans tous les quartiers centraux, c'est celui de Saint-Jean-Baptiste qui a accusé la plus forte hausse de sa population. Avec ses quelque 200 nouveaux condominiums sur Grande Allée, le projet immobilier L'Étoile est fort probablement la source de cette forte augmentation. 
• Saint-Roch + 3% (+ 228 résidents, total: 7812)
Saint-Roch a également vu son nombre de résidents augmenter depuis le dernier recensement en raison de ses constructions neuves. C'est à l'ouest de la rue Dorchester que l'augmentation est la plus importante. 
• Limoilou + 0,6% (+ 115 résidents, total: 18 928)
L'augmentation de la population dans Limoilou est plus modeste. Beaucoup de nouveaux résidents se sont installés dans le secteur qui longe le boulevard des Capucins, probablement sur la 8e Avenue, où il y a eu beaucoup de nouvelles constructions de condominums. 
En baisse
• Montcalm - 2% (- 349 résidents, total: 15 422)
• Saint-Sauveur - 2% (- 342 résidents, total: 14 111)
Dans ces deux quartiers, les baisses de population contrastent avec les hausses respectives de 1,7 % et de 1,5 % qu'ils ont connus au dernier recensement. Le professeur de l'Université Laval Étienne Berthold note entre autres que les diminutions sont réparties de façon équitable dans les différents secteurs et que, comme dans le Vieux-Québec, ils ont vu la taille de leur ménage diminuer. 
*Les données ont été fournies par le professeur adjoint au Département de géographie de l'Université Laval Étienne Berthold.