Parcs Canada entre dans la phase finale de sa campagne quinquennale pour restaurer le système défensif de la capitale, héritage des régimes français et anglais. Une entreprise de 52 millions $.

Vieux-Québec: des régiments de maçons à l'assaut [VIDÉO]

Les visiteurs du Vieux-Québec croiseront encore des régiments de maçons cet été! Parcs Canada entre dans la phase finale de sa campagne quinquennale pour restaurer le système défensif de la capitale, héritage des régimes français et anglais. Une entreprise de 52 millions $.

La quiétude des indigènes et des touristes en vadrouille sera donc parfois troublée par les grues et marteaux-piqueurs. «C’est le sacrifice qu’il faut faire pour préserver ces beaux murs-là — cette ressource culturelle — qui définissent notre ville», observe Jo-Anick Proulx, gestionnaire des ressources culturelles au fédéral. Ce vendredi matin, il était notre guide pour une visite des fortifications de Québec en reconstruction. Négligés durant des lunes, les remparts de la cité s’étaient dégradés. Pour les sauver, le gouvernement a entrepris en 2015 de réédifier environ 40 % des 4,6 kilomètres.

Le boulot achève, note M. Proulx. «À la fin de cet été, la majorité des chantiers vont se terminer et les visiteurs vont pouvoir en jouir à la fin de l’automne et au printemps prochain.»

Il reste néanmoins pas mal d’ouvrage avant de pouvoir démobiliser les maçons. Dont au parc Montmorency, où nous nous trouvions pour l’entrevue. Pour vous situer, ce site est derrière la basilique-cathédrale de Québec, tout au sommet de la côte de la Montagne utilisée par les colons dès les premières heures de la capitale en 1608.

Sur les bancs d’école

Nous voici donc les deux pieds dans les vieux cailloux, vêtus de notre armure : «bottes à cap», dossards criards, casques blancs. Et Jo-Anick Proulx, une formation de prof d’histoire en poche, de nous ramener sur les bancs d’école pour nous enseigner la complexité de la restauration. 

La tâche est longue. Il faut tout déconstruire, trier les pierres encore bonnes et les numéroter, puis rebâtir «à l’identique». «C’est vraiment un jeu de casse-tête avec lequel les maçons doivent jouer.» 

«Le premier mur date du début du XVIIIe siècle», nous raconte-t-il. Mais il n’a pas suffi à protéger les fondateurs de la cité contre les Anglais durant la Conquête de 1759-1760. Ceux-ci, plutôt contents de l’ouvrage, l’ont «bonifié» par la suite.

Puis le prof Proulx de nous expliquer à grands gestes les techniques des artisans de l’époque; les types de pierre; les différents motifs d’assemblage de ces pierres… 

Plus loin, il nous fait la démonstration que les ancêtres étaient plutôt futés côté art de la guerre en dessinant les murs de façon à atteindre les attaquants peu importe leur angle d’approche.

M. Proulx rappelle, en outre, que le premier cimetière de la Nouvelle-France était ici, à mi-chemin dans la côte de la Montagne. Et que le parc Montmorency est classé site historique national parce que Mgr de Saint-Vallier y a érigé le premier palais épiscopal de la colonie et que le 2e parlement canadien s’y est installé par la suite.

Il y a donc des vestiges archéologiques sous terre. Les ouvriers ont notamment dégagé l’entrée d’une casemate. Les militaires s’y engouffraient pour accéder à une passerelle souterraine d’où ils pouvaient fusiller l’envahisseur par les meurtrières.

Mettre le prix

Travailler dans le vieux en essayant de préserver l’héritage à un coût non négligeable. Seulement au parc Montmorency, Parcs Canada évalue les travaux à 8,3 millions $.

«Sur 5 ans, ici à Québec, ce sera 52 millions $ qui auront été investis dans la préservation de ces murs de fortification. […] Ce sont des investissements majeurs.» En 2015, les premières estimations tournaient autour de 30 millions $.

Autres chantiers

Outre au parc Montmorency, les maçons poursuivront la rénovation de plusieurs composantes des fortifications au cours de l’été.

Fermée depuis deux ans, la Redoute Dauphine du parc de l’Artillerie (rue McMahon) ouvrira ses portes aux visiteurs dès le 22 juin. Mais les ouvriers poursuivront leur besogne à l’extérieur jusqu’à l’automne.

Près de la porte St-Louis, dans le secteur de l’Assemblée nationale, le pire est fait. L’entrepreneur pense mettre les voiles d’ici la fin juillet.

Ce sera plus long un peu plus bas, près de la porte Kent. Il faudra attendre l’automne pour que le mur soit complètement retapé. Même chose dans le secteur de la porte Saint-Jean.

Restera un autre chantier qui doit commencer incessamment près de l’entrée de la Citadelle. «C’est un nouveau projet.» Là, les maçons seront à l’œuvre jusqu’en 2021.