Ce ne sont pas les extras de construction, évalués à 3% du coût du projet, qui ont fait gonfler la facture, mais une mauvaise planification au départ, selon M. Denis.

Usine d'eau potable à Lévis: 43 millions $ plus cher que prévu

La principale usine de production d'eau potable de Lévis a coûté presque deux fois plus cher que prévu. Le vérificateur général de la Ville pointe l'improvisation et le manque d'expertise des fonctionnaires pour réaliser ce projet d'envergure.
«C'est pas un désastre, mais on s'est donnés de la misère passablement», a constaté le vérificateur Yves Denis en conférence de presse lundi. L'usine évaluée à 57 millions $ en 2007 aura finalement coûté 100 millions $.
Selon M. Denis, la Ville n'a pas bien précisé ses besoins et a fait une mauvaise analyse des coûts de ce projet d'infrastructure, le plus imposant de sa courte histoire en tant que ville fusionnée. 
Ce ne sont pas les extras de construction, évalués à 3% du coût du projet, qui ont fait gonfler à ce point la facture, mais une mauvaise planification au départ, juge M. Denis. La Ville a donc publié des «données imprécises» sur les coûts ce qui a «généré de la confusion auprès de la population». 
Parce qu'elle a dû s'ajuster en cours de route, la Ville a également loupé une subvention et a dû se résoudre à acheter le terrain voisin de sa station de pompage, qui était fortement contaminé. Des coûts supplémentaires que le vérificateur évalue à 4,1 millions $. Les aléas entourant la réalisation de ce poste de pompage ont d'ailleurs fait en sorte qu'il a été livré trois ans après l'usine. 
Jusqu'à l'an dernier, la Ville soutenait que le projet avait coûté 75 millions $, mais c'est parce que tous les déboursés sur le réseau d'aqueduc n'avaient pas été pris en compte. «Il y a un angle mort qui a été créé parce que la Ville n'était pas proactive à faire la reddition de compte sur l'ensemble du projet», explique M. Denis. 
Le vérificateur général confirme que les employés de la Ville n'ont enfreint aucune loi municipale. Par contre, ça ne veut pas dire que «les principes d'une saine gestion des deniers publics soient observés», écrit-il.
Sauter des étapes
Appelé à commenter le rapport, le maire de Lévis Gilles Lehouillier évalue que l'administration municipale, alors sous la gouverne de la mairesse Danielle Roy-Marinelli, a «sauté des étapes». «Dès que je suis arrivé en 2013, le constat que j'ai fait, c'est cette incapacité qu'on avait à piloter de grands projets.»
Le directeur général Simon Rousseau explique que sur les 8 recommandations formulées par le vérificateur, six sont déjà en voie d'être réalisées. Selon lui, l'organisation municipale a beaucoup changé au cours des 10 dernières années. «Lorsqu'on lit le document, ça ne reflète pas notre réalité en ce moment.»
Aucun fonctionnaire ne sera blâmé pour ces mauvaises pratiques, mais de la formation sera donnée. «C'est pas la faute d'individus, c'est l'organisation de travail à l'interne qui est en cause», soutient M. Rousseau. 
Collusion
L'usine d'eau potable Desjardins a fait parler d'elle en 2013, lors de la commission Charbonneau. Un témoin racontait que des entreprises d'ingénierie s'étaient prêtées à de la collusion en fixant les prix. Le rapport du vérificateur général de la Ville de Lévis ne fait pas la lumière là-dessus et, faute de documents, n'a pu dire si la Ville a obtenu un juste prix pour ses installations. 
Il est toutefois connu que les firmes Roche, Dessau, SNC-Lavalin et BPR ont travaillé aux plans de cette usine. Ces quatre entreprises sont aussi inscrites au programme de remboursement volontaire, mis sur pied par le gouvernement du Québec, dans la foulée de la commission Charbonneau. La Ville de Lévis dit vouloir aller chercher tout l'argent qui aurait pu lui être soutiré en raison de pratiques de collusion, mais étant donné la confidentialité qui entoure ce programme, il ne sera pas possible de savoir précisément quelle entreprise devra rembourser de l'argent pour quel contrat.