Université Laval: violences sexuelles rapportées par 40  % des étudiants

Un rapport dévoilé mardi confirme l’ampleur de la violence sexuelle à l’Université Laval (UL).

Environ 40 % des étudiants ayant participé à une vaste enquête rapportent avoir vécu un geste de violence sexuelle depuis leur arrivée à l’UL et la même proportion a été constatée chez les employés. 

Francine Lavoie, coauteure du rapport, a été saisie par l’étendue de la violence sexuelle à l’UL. «On entend ça au plan d’histoires qui nous sont racontées, a-t-elle dit. Mais là, en chiffrant, ça m’a touchée, je trouve que c’est vraiment grave. Pourtant, c’est dans mon domaine de recherche». 

Harcèlement, coercition, attouchements, agressions : le rapport lève le voile sur les différentes formes de violence sexuelles vécues par les étudiants et le personnel.

On y apprend notamment que davantage d’étudiantes (47 %) que d’étudiants (30 %) ont vécu de la violence sexuelle en milieu universitaire, une différence encore plus prononcée chez le personnel (47 % chez les femmes et 26 % chez les hommes). 

Le rapport montre par ailleurs que seulement 14,5 % des victimes ayant dévoilé une situation de violence sexuelle ont fait un signalement formel aux instances de l’Université Laval.

Les victimes subissent de nombreuses répercussions, montre l’enquête. Elles ont de la difficulté à poursuivre leurs études, elles évitent les situations de violence, modifient leur utilisation des médias sociaux, sont en état d’alerte constant, ont des problèmes intimes, affectifs ou sexuels, consomment plus de drogue et d’alcool et, dans certains cas, vivent un stress post-traumatique.

Le rapport indique aussi que près de 57 % des violences sexuelles auraient été subies dans une fête ou une activité sociale (excluant les initiations) et 37 % se seraient déroulées dans un contexte d’études. Les initiations départementales et facultaires représentent à elles seules 19 % des situations où les violences sexuelles ont eu lieu. 

L’enquête à l’Université Laval a été menée dans la foulée d’un tour d’horizon provincial; dévoilée en janvier, l’Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) rapportait une proportion de victimes similaires à l’échelle québécoise (36,9 %) qu’à l’UL. 

«Les violences sexuelles sont un problème réel dans notre société. Nous retrouvons ces enjeux dans toutes les universités québécoises, et l’Université Laval n’y fait pas exception», a réagi la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours.

La rectrice D’Amours a indiqué que, dès le dévoilement de l’ESSIMU en janvier, l’Université Laval avait agi afin de créer un milieu plus sécuritaire et respectueux. 

Le vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes, Robert Beauregard, a indiqué pour sa part que l’UL travaillait présentement à l’élaboration d’une politique pour contrer les violences sexuelles et allait continuer ses efforts de prévention, de formation et de sensibilisation. 

MÉTHODOLOGIE

L’enquête, réalisée de façon indépendante, a été menée à partir de 1963 questionnaires détaillés remplis en ligne. Vu la méthodologie, les résultats ne peuvent pas être extrapolés à l’ensemble des étudiants du campus.

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TÉMOIGNAGES

Au-delà des chiffres, la violence sexuelle subie par les étudiants et les employés de l’Université Laval est vécue par des personnes en chair et en os. Le Soleil vous présente ici plusieurs témoignages recueillis par les chercheurs indépendants qui ont mené l’enquête, selon le type de violence sexuelle. 

Harcèlement sexuel: comportements verbaux et non verbaux qui ne visent pas la coopération sexuelle, mais qui se traduisent par des attitudes insultantes, hostiles et dégradantes.

«C’était mon directeur de thèse et j’étais jeune. Il savait que j’étais en couple, mais me demandait souvent de rester plus tard au travail pour être avec lui. Il a commencé par des allusions à connotation sexuelle par courriel pour ensuite m’inviter à des congrès. J’ai ressenti énormément de pression afin de céder à ses avances. Je l’admirais beaucoup. D’une certaine façon, j’étais flattée qu’il s’intéresse à moi. Je ne savais pas trop comment je devais me conduire. […] J’ai délaissé mes études de doctorat.»

«Le harcèlement que j’ai vécu sur le campus universitaire allait du compliment déplacé, aux regards trop insistants en passant par les approches ridicules du style “Je vois que tu t’es faite belle pour nous”, “Ça te dirait que je t’enlève tout ça? T’as pas l’air à l’aise”. Avec le temps, j’ai appris à répondre à ces petits malins ou à me taire quand ça frôle vraiment l’indécence.»

Comportements sexuels non désirés: comportements verbaux et non verbaux offensants, non désirés et non réciproques qui incluent la tentative de viol et l’agression sexuelle.

«Une fois dans le véhicule, il a commencé à me faire des avances. Je ne voulais pas, et je lui ai dit d’arrêter, mais il ne me prenait pas au sérieux, il avait l’air de croire que je ne pouvais pas dire non. Il m’a déshabillée, il tenait mes bras. Je répétais que je ne voulais pas mais il est quand même passé à l’acte. J’ai figé et il y a eu un rapport sexuel complet. Le tout s’est passé dans le stationnement. Le lendemain j’avais honte, j’avais des bleus sur les bras, les seins et même la tête. Je n’ai jamais porté plainte.»

«J’ai été violée par un “ami” dans ma chambre en résidence et il m’a harcelée pendant longtemps après l’événement, soit en personne dans les pavillons académiques de l’université, soit sur Internet.»

«Cela s’est produit au PEPS. Je ne peux savoir si la personne était affiliée à l’université. J’étais en train de prendre ma douche dans le vestiaire, les yeux fermés pour rincer le shampoing, quand quelqu’un a touché mes parties génitales. J’ai vite frappé le bras de l’homme et je suis parti rapidement de l’endroit.»

«J’ai travaillé pour un patron “collant” avec mains baladeuses. Les comportements étaient présents aussi avec d’autres femmes. C’était inapproprié, mais vaguement “toléré”. La situation n’a pas duré trop longtemps, car j’ai changé d’équipe.»

Coercition sexuelle: chantage en retour de considérations futures reliées à l’emploi ou en milieu scolaire.

«Des profs qui vous convoquent dans leur bureau et qui ferment la porte derrière vous en vous sautant carrément dessus pour vous embrasser et vous taponner. Certains vous offrent même de l’argent, des notes A+ si vous “baissez” vos petites culottes et leurs justifications  : “Vous ne serez pas la première ni la dernière à le faire”.»

«Ces situations m’ont causé bien des soucis, tant psychologiques que physiques. Aux yeux des deux hommes dont il est question, c’est moi qui suis responsable et c’est inadmissible. On a beaucoup de chemin à faire pour changer les perceptions...»

«Un étudiant voulait obtenir un B dans mon cours et du coup il voulait fermer la porte. J’ai consenti en pensant qu’il voulait me dire quelque chose de privé, mais, il m’a indiqué de façon pas discrète qu’il était «disponible à faire n’importe quoi en échange pour sa note préférée». J’étais étonné et je lui ai demandé d’ouvrir la porte toute suite. J’ai refusé carrément.»