Le grand colloque présente samedi une programmation variée d’ateliers, de quiz ou encore de conférences pour tous les âges, des plus jeunes aux plus vieux.

Une université populaire en plein coeur de Saint-Roch

La toute première édition de l’Université populaire de Québec se tenait samedi, de 10h à 21h, dans le parc Jean-Paul-L’Allier, avec pour objectif de rendre le savoir universitaire plus accessible au grand public. À travers des formats vulgarisés et adaptés, les citoyens étaient invités à venir rencontrer, échanger et dialoguer avec bon nombre de chercheurs provenant de l’Université Laval et d’ailleurs au Québec.

Immigration et réfugiés, religion et laïcité, patrimoine vivant, intégration des Premières Nations et des personnes handicapées, vivre-ensemble ou pluralisation : le grand colloque présentait samedi une programmation variée d’ateliers, de quiz ou encore de conférences pour tous les âges, des plus jeunes aux plus vieux.

En plus des chercheurs, bon nombre d’acteurs communautaires étaient aussi présents. Des musiciens du Centre Ès Trad, dont la mission est de valoriser le patrimoine vivant, devaient notamment se produire vers 15h30, tout comme le populaire chanteur Karim Ouellet, qui avait promis de s’offrir en performance deux heures plus tard, à 17h30. 

Rencontrée en marge de l’événement, la directrice du Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT) Madeleine Pastinelli, s’est dite très fière de pouvoir permettre un dialogue «plus ouvert» entre les canaux académiques et la population.

«Quand on fait des événements à l’Université [Laval], on est souvent dans les mêmes circuits, les mêmes espaces et les mêmes formats, convient-elle. Ça ne rejoint pas forcément un public aussi large que celui qu’on pourrait souhaiter. Notre visée aujourd’hui, c’est vraiment de joindre ce public qu’on joint pas du tout habituellement.»

En s’assurant de présenter un contenu riche et intéressant pour les adultes, Mme Pastinelli et son groupe ont aussi voulu rendre disponible des activités pour les jeunes. «On voulait aussi rejoindre les familles, donc l’idée n’était pas que de faire des trucs où il faut sagement s’asseoir pendant plusieurs heures, ajoute-t-elle. On tenait à ce que ce soit aussi ludique et participatif pour les enfants.»

L’idée de tenir ce genre d’activités à même les rues de la ville est née il y a plusieurs mois, mais se confrontait régulièrement à des problèmes «de moyens et d’espace», reconnaît la professeure en sociologie de l’UL. Après plusieurs discussions, l’événement a finalement été rendu possible grâce à un partenariat avec la Ville de Québec, qui a du même coup fourni un chapiteau et d’autres installations à l’organisation.

L'étudiant en anthropologie et membre du CÉLAT à l'Université Laval, Alfredo Ramirez-Villagra, donnait une conférence sur l'interculturalisme, le racisme et le vivre-ensemble, à 11h samedi.

Informer et non se positionner

Travailler sur ce qui est souvent mal éclairé dans le débat public sans pour autant imposer une forme de prise de position politique : tel était aussi l'une des missions de la journée, aux dires de la professeure titulaire. Dans les dernières années, celle-ci affirme avoir été régulièrement brusquée par des contenus partagés massivement sur les réseaux sociaux, en matière d’immigration notamment.

«Quand on regarde les données sur l’immigration dans une perspective de démographie historique, par exemple, on entend souvent des gens avoir l’impression qu’on est en train d’être envahis par des hordes d’immigrants, alors qu’en fait, il y en avait à peu près deux fois plus à la fin du 19e siècle», illustre-t-elle. 

Pour combattre ces représentations trop souvent fausses, Madeleine Pastinelli et son équipe tiennent d'abord à informer le public par des rassemblements pareils. «Ce n’est pas une démarche politique où on dit aux gens quoi penser, mais davantage un exercice d’information du débat», avance la directrice, qui espère ainsi élargir les horizons et amener les gens à poser les problèmes sociaux autrement.

Dans une perspective globale, l’objectif était d’arriver à expliquer que les rapports à la diversité, de manière générale, évoluent et continuent de changer dans notre société. «Ça inclut autant la diversité de genre que les minorités sexuelles, la place qu’on fait ou non aux autochtones ou encore la différence religieuse, poursuit la chercheuse. On veut aborder ça avec le public comme nous on l’aborde, en considérant tout ça ensemble.» 

Répéter l’expérience dans le futur? «On aimerait pouvoir le faire à tous les ans, parce que c’est essentiel», répond l’organisatrice. Sur le campus de l’Université Laval, le CÉLAT propose une programmation scientifique justement centrée sur les enjeux de vivre-ensemble et de pluralisation depuis maintenant huit ans. 

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DÉFAIRE LES RUMEURS

En début d’après-midi, Le Soleil a notamment assisté à l’une des conférences de la journée, intitulée «Êtes-vous de bonne rumeur?». Donnée par Veronica Islas, du Carrefour de ressources en interculturel, la présentation traitait des outils à la disposition du public pour défaire et repérer les rumeurs, autant sur la toile que dans le quotidien. 

«La culture, c’est un peu comme les lunettes, a-t-elle expliqué levée de rideau. On voit à travers notre culture comme on voit à travers des lunettes.» Il faut savoir reconnaître, selon elle, que les codes culturels que l’on perçoit changent et diffèrent d’une communauté à l’autre. 

Se poser les «bonnes questions» pour déconstruire certains contenus est d'ailleurs l’une des premières étapes à la résistance aux rumeurs, à ses dires. Est-ce que la rumeur fait du sens? D’où vient-elle? Les croyances populaires sont-elles toujours vraies? Ces phrases toutes simples constituent pourtant autant d’exemples d’interrogations de base à méditer avant de croire certains contenus.

Le fait d’éviter les généralisations constitue aussi une attitude essentielle à adopter pour combattre la rumeur, selon la conférencière.

Dire que les Québécois sont individualistes, par exemple, revient à sous-entendre «que tous les Québécois sont individualistes», ce qui, en soi, est probablement faux, conclut-elle.