Le chef Clifford Moar de la première nation innue Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh.

Une alliance territoriale... sans les Hurons-Wendat [VIDÉO]

Quatre nations autochtones du Québec représentant une grande partie du territoire situé de part et d’autre du Saint-Laurent ont ratifié jeudi une alliance pour affirmer leur autonomie territoriale. Dans cette entente qui devait sonner la fin de «l’ère de la division», la nation huronne-wendat brillait toutefois par son absence puisqu’elle n’a jamais été invitée à y participer.

«Nous avons fait plusieurs tentatives pour engager des pourparlers avec le chef Konrad Sioui, mais il nous amène toujours sur le terrain de l’exclusivité territoriale sur lequel on ne veut pas aller», a déclaré en conférence de presse le chef Clifford Moar de la première nation innue Pekuakamiulnuatsh de Mashteuiatsh. Les nations innues, atikamekws, abénakises et malécites ont avoué avoir mal digéré l’entente ratifiée au mois de janvier entre la ministre fédérale des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, et la nation huronne-wendat qui lui donne plus d’autonomie et lui permet d’agrandir son territoire.

«Je n’en ai pas envers la nation huronne, mais davantage envers les gouvernements fédéral et provincial qui, depuis des décennies voire même des siècles, ont toujours eu la même approche de diviser les premières nations. Ils se servent du territoire pour le faire puisque nous sommes éloignés géographiquement», poursuit M. Moar. «Nous voulons maintenant lancer un message clair à l’Assemblée nationale, à savoir que l’on n’a pas besoin des gouvernements pour nous entendre entre nous», poursuit-il.

Insulte

L’entente signée par les quatre nations prévoit que les relations entre les nations signataires soient fondées sur la reconnaissance et le respect des droits, besoins et cultures respectives tout en favorisant l’entraide, la collaboration, l’échange et le partenariat comme l’auraient fait leurs ancêtres. Pour le grand chef de la nation huronne-wendat, Konrad Sioui, il s’agit plutôt d’une sortie médiatique visant à nier l’existence de sa nation et son territoire, voire d’une insulte. Il a également déploré cette sortie à laquelle il n’a jamais été invité au moment où, selon lui, toute l’attention médiatique devrait plutôt être dirigée vers le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

«Je trouve ça inquiétant de voir des frères arriver à Québec de Sorel, de la Côte-Nord, du Bas-Saint-Laurent, du Saguenay et de la Mauricie avec la grosse machine de [l’agence de relations publiques] National et nous dire qu’on n’a pas de territoire. C’est un peu du colonialisme. Il faut être capable de reconnaître que chaque nation a un territoire. S’ils ont des prétentions, qu’ils les fassent valoir. Il y a des recours pour ça», a déclaré au Soleil celui qui dit avoir «passé sa vie politique en cour» pour faire reconnaître le territoire ancestral de sa nation.

Traité reconnu

Il a ainsi rappelé que les Hurons-Wendat avaient conclu un traité de paix, d’alliance et d’amitié avec la Couronne britannique le 5 septembre 1760 et que ce traité avait été reconnu par la Cour suprême du Canada, qui avait défini le territoire protégé comme étant tout le territoire occupé par la nation huronne-wendat en 1760. «Ma porte est toujours ouverte à la discussion avec les autres nations, mais on ne veut pas se faire déposséder plus que ça. On vit ici et on a une bonne collaboration avec tout le monde. On est la colonne vertébrale de l’Assemblée des premières nations», poursuit-il

M. Sioui a ainsi rappelé une entente sur la chasse à l’orignal conclue en 2012 avec le conseil de Mashteuiatsh qui n’a cependant pas été reconduite un an plus tard et les discussions menées avec les communautés de Mashteuiatsh et Essipit concernant les différends territoriaux auxquelles les deux communautés innues ont mis fin en avril.