Depuis décembre, Alain Lévesque opère sur le boulevard de la Canardière une franchise de la chaîne 710 Smoke & Vapors. L’homme d’affaires est convaincu que sa boutique est à l’abri d’une perquisition policière et assure qu’il fonctionne «en toute légalité».

Un quatrième dispensaire de cannabis tente sa chance

Depuis 2016, trois dispensaires de marijuana thérapeutique ont ouvert leurs portes à Québec, mais tous ont été fermés par la police en moins de quatre mois. N’empêche, la chaîne 710 Smoke & Vapors de l’homme d’affaires Albert Krespine tente sa chance depuis la fin du mois de décembre avec une franchise sur le boulevard de la Canardière. Comme d’autres avant lui, le franchisé Alain Lévesque est convaincu que sa boutique est à l’abri d’une perquisition policière, assurant qu’il fonctionne «en toute légalité».

«La différence, c’est que nous, on le fait légalement. Des médecins entrent dans le processus. Ce n’est pas nous qui décidons, par exemple, de changer votre prescription de [l’anticoagulant] Coumadin en cannabis. On vous fait rencontrer un médecin par [le logiciel de communication] Skype. C’est le médecin qui décide et c’est comme ça que vous pouvez avoir votre permis de Santé Canada pour consommer et posséder du cannabis», expliquait M. Lévesque en entrevue téléphonique avec Le Soleil mardi. Il avoue du même souffle «qu’il y a accès à de la médication en magasin» dans le local du boulevard de la Canardière, mais est beaucoup moins clair à savoir si 710 Smoke & Vapors vend la marijuana en question.

«En fait, on ne vend pas la marijuana, on l’entrepose pour vous. C’est une affaire de coopérative. En devenant membre de l’Association des consommateurs de cannabis médical du Québec [ACCMQ], on vous associe à un producteur licencié comme Tweed ou Aurora et c’est ce producteur qui vous approvisionne. Nous, on ne fait qu’entreposer votre médication», poursuit-il. 

Une vérification auprès d’un autre dispensaire du réseau situé dans la région montréalaise a permis d’apprendre qu’il en coûtait 200 $ pour devenir membre à vie de l’ACCMQ et 250 $ par année pour obtenir une licence de Santé Canada. Également, des liens existent entre l’entreprise Smoke & Vapors et l’ACCMQ : l’un des associés dans l’entreprise, Gordon Maxwell Knight, est également nommé comme administrateur de l’ACCMQ au registre des entreprises du Québec.

«100 % légal»

Alain Lévesque est convaincu de fonctionner en toute légalité, à un point tel qu’il aurait «envoyé un dossier en deux copies à la police de Québec» depuis son ouverture. «On leur a envoyé de quoi pour qu’ils viennent nous voir et ils ne nous ont pas fermés. C’est la même chose à Trois-Rivières, la police ne nous a pas fermés. On a toujours des doutes, mais il y a un policier de Laval qui a fait une enquête et il n’a rien trouvé d’illégal», poursuit-il, concédant cependant que la succursale de 710 à Saint-Jérôme avait été fermée par la police avant de rouvrir ailleurs dans la ville. «Je pense que pour Saint-Jérôme, les gars passaient de la mari personnelle, du marché noir. C’est pour ça...»

Plus tôt dans la journée, lors d’une visite incognito du Soleil au dispensaire de Québec, M. Lévesque avait aussi déclaré que sa boutique était «légale à 100 %» et qu’elle ne fermerait pas. «On en a ici, mais on ne le vend pas. Tu nous paies pour l’entreposer au lieu de le garder chez vous. C’est pour être légal», avait-il expliqué, ajoutant que son entreprise n’avait «pas le droit de produire» de la marijuana, mais qu’elle travaillait en collaboration avec l’ACCMQ. Aucun produit n’était visible dans l’avant-boutique, mais, sur un tableau, on pouvait voir affichés les noms des variétés de cannabis disponibles, notamment le «Pineapple Express» et le «Girlscout Cookies». «On garde ça dans des sacs scellés de l’ACCMQ à l’arrière», avait-il ensuite expliqué au Soleil par téléphone.

Le franchisé a expliqué qu’il fallait simplement remettre un diagnostic et une prescription pour une maladie traitable avec le cannabis et débourser 200 $ pour une consultation par Skype avec un médecin ontarien puisque le Collège des médecins du Québec aurait avisé ses membres de ne pas prescrire de marijuana. «On peut aussi t’avoir un permis pour faire pousser du cannabis. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des certificats délivrés par Santé Canada et la police ne peut pas t’arrêter ni t’enlever ton pot si tu le consommes correctement», assure-t-il.

Probablement juste au cas, l’entreprise fournit tout de même à sa clientèle un feuillet intitulé Vos droits lors d’une arrestation pour cannabis dans l’auto aux côtés des dépliants de l’ACCMQ et des cartes professionnelles de 710 Smoke & Vapors.

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TOUJOURS ILLÉGAL, SELON LA POLICE

Même si le franchisé de 710 Smoke & Vapors estime que son établissement est «100 % légal», la police de Québec répète qu’elle n’a aucune entente avec aucun commerce de cette nature et que la vente ou même l’entreposage de cannabis dans un local demeure illégal. 

«C’est toujours interdit. La vente de cannabis n’est toujours pas légale et la possession non plus n’est pas légale», a expliqué au Soleil l’agente Cyndi Paré, porte-parole de la police de Québec, déboulonnant ainsi les prétentions voulant que la boutique agisse légalement parce qu’elle se contenterait d’entreposer le cannabis plutôt que de le vendre directement au client. «Il n’y a qu’une entreprise au Québec qui possède des permis pour produire et vendre de la marijuana et elle se trouve à Gatineau», a-t-elle poursuivi en faisant référence à l’entreprise Hydropothicaire.

En septembre 2017, la police de Québec avait tenu le même discours alors que le dispensaire Le Cannoisseur avait ouvert ses portes depuis quelques semaines sur la rue Saint-Jean. Moins de deux semaines plus tard, les policiers faisaient une perquisition et fermaient l’établissement. En janvier 2017, c’est la clinique la Croix-Verte qui fermait ses portes après une opération policière quatre mois après son ouverture alors qu’en 2016, la boutique Weeds : Herbes et Curiosités avait aussi été frappée par la police deux mois après avoir ouvert ses portes sur la rue Saint-Joseph.

Connu des policiers

Par ailleurs, l’homme d’affaires Albert Krespine, fondateur de la chaîne 710 Smoke & Vapors, est un individu connu des milieux policiers et judiciaires, ayant été trouvé coupable d’utilisation frauduleuse d’une carte de crédit, de possession de faux documents et d’accusations d’avoir enfreint la Loi sur les drogues et autres substances interdites depuis le début des années 2000.