Le propriétaire d’un salon de quilles de Québec, Jocelyn Faucher
Le propriétaire d’un salon de quilles de Québec, Jocelyn Faucher

Un propriétaire d'un salon de Québec craint une éclosion dans le monde des quilles

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Le propriétaire d’un salon de quilles de Québec, Jocelyn Faucher, qui se dit très strict sur les mesures sanitaires, craint une éclosion du coronavirus dans son secteur d’activités au vu du laxisme démontré par certains de ses collègues.

«Il faut se réveiller, sinon il va y avoir une éclosion dans les quilles. C’est moi qui vais payer, et ça me tente pas», laisse tomber M. Faucher, propriétaire depuis 13 ans du salon Quillorama Frontenac, sur le boulevard Charest.

Depuis la réouverture de son établissement, le 7 juillet, Jocelyn Faucher n’a pas lésiné sur les moyens afin de rendre l’endroit le plus sécuritaire possible pour les quelque 2000 amateurs de quilles qui font partie de ses ligues, dont plusieurs sont d’un âge vénérable. «J’ai un monsieur de 97 ans qui vient jouer trois fois par semaine.»

Port du masque, mesure de distanciation, gel désinfectant, personnel supplémentaire, autant de mesures qui lui font dire qu’il est «sur la coche» en la matière, prenant à témoin des inspecteurs de la CNESST.

M. Faucher tient même un registre de toutes les personnes qui fréquentent son salon. «Je peux te dire qui est venu chez nous depuis le début de juillet, jour par jour, date par date», mentionne-t-il.

Or, la situation qui prévaudrait dans d’autres salles de quilles de la capitale, où les joueurs sont presque laissés libres de faire ce qu’il leur plaît, l’incite à appréhender le pire. Des vidéos en sa possession témoigneraient d’un laisser-aller. «C’est le free for all dans les quilles, c’est épouvantable.»


« C’est le free for all dans les quilles, c’est épouvantable »
Jocelyn Faucher, propriétaire d’un salon de quilles de Québec

Jocelyn Faucher aimerait convoquer tous les propriétaires de salons, une douzaine au total, à une rencontre afin que «tous aient les mêmes standards» en matière de mesures sanitaires.

Selon lui, les récalcitrants risquent de lui porter préjudice. Le va-et-vient de joueurs entre les différents établissements lui fait craindre une éclosion semblable à celle qui a frappé les bars de karaoké la semaine dernière. «C’est urgent. Avec tout ce qui se passe à Québec, on se doit de suivre les mêmes règlements. Je ne veux pas qu’on ferme mon commerce. J’ai 38 employés.»

Le salon Quillorama Frontenac est situé sur le boulevard Charest à Québec.

Plainte à la police

M. Faucher a contacté certains collègues de l’industrie pour se faire répondre qu’ils ne voulaient «pas jouer à la police» avec les récalcitrants. Une lettre a aussi été envoyée au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

Au Service de police de la Ville de Québec, où il a voulu porter plainte, M. Faucher s’est fait dire qu’une intervention n’était pas du ressort des agents, mais plutôt de la Santé publique du Québec.

Si le chiffre d’affaires de son salon de quilles a chuté de 50 % au début de la pandémie, M. Faucher estime être en mesure de sauver les meubles d’ici la fin de l’année, particulièrement grâce aux mesures d’aide gouvernementales. «Si ça continue, je vais avoir des pertes de 5 à 10 % d’ici novembre. Si je réussis à être break even d’ici la fin de l’année, je vais être l’homme le plus heureux du monde.»

En fin de journée, un porte-parole du CIUSS de la Capitale-Nationale, Mathieu Boivin, a fait savoir par courriel que son organisme avait reçu «quelques dénonciations» concernant des salons de quilles de la région. «Lorsque nous recevons ces informations, nous contactons les propriétaires pour valider l'application des mesures dans leur établissement et nous leur offrons un soutien à la mise en place de ces mesures si cela s'avère nécessaire. Nous pouvons également interpeller la CNESST au besoin.»