Régis Labeaume, maire de Québec, Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Mme Andrée Forest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Yves Lamothe, employé à Lauberivière, et Georges Amyot, président du conseil d’administration de Lauberivière, ont dévoilé une illustration de l’édifice qui accueillera la Maison Lauberivière en 2021.

Un projet de 32,5 millions$ pour Lauberivière

Le projet de construction de 32,5 millions de dollars de la Maison Lauberivière débutera au printemps. Le nouveau bâtiment offrira une plus grande capacité d’accueil dans des espaces mieux adaptés.

«Après avoir consacré plus de dix ans à la réalisation de ce projet, je peux dire que c’est le meilleur moment de ma vie.» Le président du conseil d’administration de Lauberivière, Georges Amyot, était visiblement ému, mardi, lors de l’annonce officielle du début des travaux.

C’est que l’immeuble actuel, situé au 401, rue Saint-Paul, ne répond plus aux normes de construction d’aujourd’hui. «C’est un jour nouveau parce que nos locaux sont désuets et ne correspondent plus aux normes en vigueur. L’enveloppe du bâtiment ne conserve plus son énergie. On peut rénover, peinturer, mais quand on s’attaque à un problème majeur, c’est plus difficile», explique le président à propos de l’édifice, autrefois l’Hôtel Champlain, qui avait été offert gracieusement à l’organisme il y a 35 ans par les communautés religieuses.

Lauberivière offre principalement des services de gîte et de repas aux personnes en situation d’itinérance. Le futur immeuble de sept étages abritera 131 chambres de dépannage et 18 logements transitoires à sa clientèle composée à 80% d’hommes.

Ses 10 000 mètres carrés de superficie sont répartis entre plusieurs services: salle à manger de 175 personnes, clinique médicale pour les personnes désaffiliées du système de santé, une fiducie pour l’encaissement des chèques d’aide sociale, une salle de socialisation, une autre de dégrisement et des salles de cours pour des programmes de réinsertion à l’emploi.

M. Amyot ajoute que la capacité de nuitées passera de 25 000 actuellement à 47 800 par an et qu’il sera possible d’offrir 200 000 repas par an.

Comme quoi l’édifice sera à la fine pointe des normes, il sera écoénergétique et comprendra une cabine pour les fumeurs avec élimination de la fumée et une chambre thermique pour l’élimination des punaises de lit.

Manque de sensibilité

«Je suis encore étonné que ça ait pris 10 ans à régler ce dossier, s’est exclamé le maire de Québec. C’est 10 ans de frustrations à tricoter et à détricoter le projet et à convaincre les gouvernements que c’est nécessaire. Ça en dit beaucoup sur notre société. Ça veut dire qu’on n’a pas tous les mêmes valeurs.

Régis Labeaume reproche aux gouvernements provincial et fédéral antérieurs d’avoir manqué de sensibilité aux besoins de l’organisme, comme du secteur communautaire en général qui revêt, selon lui, une importance capitale comme lubrifiant social. «Sans Lauberivière, la ville a un problème, la police a un problème, la sécurité de la ville a un problème. C’est plus que de nourrir le monde et lui donner un lit. Ça empêche les individus d’avoir des ruptures dans leur vie. Malgré l’état de l’économie (bonne), ça peut arriver», ajoute le maire.

Les fonds proviennent de la Société d’habitation du Québec, 20,4 millions $, du Fonds national de co-investissement dans le cadre de la stratégie nationale sur le logement, 4,4 millions $, et de subventions de la Ville de Québec, 5,3 millions $. À cela s’ajoutent 2,5 millions $ issus de la vente du 401, Saint-Paul. La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, et Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, participait à l’annonce du financement.

Le tout nouveau Lauberivière sera situé dans l’îlot bordé par les rues Fleury, du Pont, X’ian et Mgr Gauvreau. L’ouverture est prévue en 2021.

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«TOUS LES SOIRS, JE VOIS MON MIROIR»

 Yves Lamothe a connu Lauberivière à titre de bénéficiaire de services. Aujourd’hui, c’est lui qui apporte son aide.

Celui qui se décrit comme un ex-alcoolique et polytoxicomane est arrivé à Lauberivière quasiment au bout du rouleau. «J’avais besoin d’aide et d’écoute. Je n’avais pas de papier ni de numéro d’assurance sociale, même pas de bien-être. Ma flamme n’était pas loin d’être éteinte», raconte M. Lamothe.

Il se compte chanceux d’avoir rencontré une équipe qui lui a redonné dignité et goût à la vie. «On m’a donné le temps de revenir sur mes deux pattes et donné la chance de travailler comme préposé au centre de jour sans salaire. Après, j’ai fait mes classes par le biais d’un programme. J’ai appliqué sur un poste ici et je l’ai eu. J’ai un appartement et je «clair» mes dettes. Maintenant je suis bien.»

Yves Lamothe estime maintenant que c’est à son tour de permettre à d’autres, comme lui autrefois, de réintégrer pleinement la société. «Tous les soirs, je vois mon miroir. Peu importe la condition des personnes, il faut les accueillir les bras et l’esprit ouvert.»