Régis Labeaume et son équipe présentaient le budget de la Ville de Québec, lundi matin.

Un peu mieux qu'un gel de taxes

L’extinction des dettes des anciennes villes fusionnées transforme le gel de taxes promis par l’administration Labeaume en légère baisse pour la grande majorité des citoyens de Québec. La Ville de Québec ralentit à peine la cadence des investissements dans les infrastructures en immobilisant 1,69 milliard $ sur trois ans. Cela lui permet de profiter de subventions, mais l’oblige aussi à rembourser sa dette au minimum.

Le budget municipal présenté lundi, le douzième du maire Régis Labeaume, est équilibré avec des revenus et des dépenses totalisant 1,44 milliard $. Cela représente 19 millions $ ou 1,3 % de plus qu’en 2017.

Le maire de Québec l’a présenté comme «la synthèse de ce que je souhaite atteindre depuis 10 ans comme gestionnaire municipal» en raison notamment de sa prévisibilité et des coûts de main-d’œuvre qu’il considère désormais sous contrôle. 

À mi-parcours d’un gel de taxes de deux ans, seuls les résidents de Vanier et de Lac-Saint-Charles recevront un compte de taxes 2018 identique à celui de 2017. Les autres bénéficient d’une baisse qui varie de 19 $ à Sainte-Foy à 1 $ à Sillery pour la résidence moyenne évaluée à 283 000 $.

Cette diminution s’explique par le tarissement des dettes des anciennes villes. Par exemple, la dette de l’ex-Charlesbourg pesait 7 $ par propriétaire en 2017, mais ne commande plus qu’un dollar en 2018. C’est donc une économie de 6 $ au final. 

Pour respecter sa promesse d’épargner les contribuables, l’administration Labeaume doit cependant repousser l’harmonisation des taxes résidentielles entre les différents secteurs de la ville. Seule l’ex-Vanier traîne encore la patte avec un compte de taxes légèrement moins élevé tandis que Cap-Rouge, Loretteville et Val-Bélair paient davantage que la moyenne. 

L’harmonisation doit être complétée pour 2021 pour respecter les règles imposées par le gouvernement du Québec après les fusions de 2002. Et elle le sera, a assuré le directeur général André Legault. 

Les taxes non résidentielles suivront quant à elles l’inflation estimée à 1,7 %. 

Au chapitre des investissements, le programme triennal d’immobilisations (PTI) de 1,69 milliard $ reste dans la moyenne supérieure, même s’il accuse une baisse de 101 millions $ par rapport à 2017. Le financement externe, principalement les subventions offertes par les gouvernements fédéral et provincial, représentera 29,1 % du total. 

Cet argent public est source de motivation pour la Ville de Québec. «On serait bien fous de s’en priver. On a augmenté de manière importante les investissements en ingénierie justement pour profiter de ces programmes», a souligné Jonatan Julien, vice-président du comité exécutif responsable des finances. 

En contrepartie, l’administration Labeaume a fait le choix de rembourser la dette de 1,58 milliard $ à hauteur de 15,2 millions $ en 2018 plutôt que les 22 millions $ annoncés l’an dernier. 

Cela demeure toutefois conforme aux objectifs à long terme, a mis de l’avant le maire. «À un moment donné, quand les programmes sont là, on décide de dépenser plus pour pouvoir en bénéficier. C’est pour ça que la dette baisse moins que prévu. Mais l’important, c’est la tendance. La tendance est toujours à la baisse», a-t-il justifié. 

Les routes: une grosse dépense

La plus grosse dépense inscrite au budget d’investissement concerne les routes: 300 millions $ sont dévolus à l’opération massive d’asphaltage visant à augmenter la qualité de roulement et diminuer le nombre de nids-de-poule. 

De gros projets en planification depuis des années vont aussi lever de terre, comme le centre de biométhanisation (85,4 M$), le centre de glaces (67 M$), la centrale de police (43,3 M$), le centre communautaire Saint-Roch (20,5 M$) et le Grand marché sur le site d’ExpoCité (16,8 M$). 

Une pause est toutefois décrétée pour le Réseau de transport de la Capitale (RTC), qui pourra compter sur 132 millions $ pour acheter des autobus d’ici 2020 et 76 millions $ pour aménager des pôles d’échange mais ne recevra rien pour le système de transport structurant promis en campagne électorale.  

«C’est une année stand by, comme disait Molière», a résumé le maire Labeaume, admettant qu’il s’est «gardé une petite gêne» dans l’attente d’une entente de financement avec les gouvernements supérieurs. «Le cas échéant, dans le PTI de l’an prochain, vous pourriez voir des différences.» 

Le budget de fonctionnement du RTC cette année est en hausse de 2,9 % pour atteindre 118,5 millions $ en 2018. 

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RENDEZ-VOUS MANQUÉ POUR L'OPPOSITION

Peut-on parler d’un rendez-vous manqué? Parfois brouillonne ou même hors sujet, l’opposition officielle a peiné à commenter le budget de la Ville de Québec peu de temps après sa présentation. Malgré les perches tendues des journalistes, le chef Jean-François Gosselin n’a jamais réussi à se prononcer clairement sur les grandes orientations de l’administration Labeaume pour la prochaine année.

«Il faut toujours comprendre que l’exercice d’un budget, c’est avant tout un outil de communication, de marketing pour faire valoir où on prévoit dépenser ou investir l’argent des contribuables, a soulevé M. Gosselin à l’ouverture de son point de presse. C’est important de comparer avec le «réel» qui va être présenté dans un an et demi.»

D’accord, mais dans l’immédiat, que vous inspire ce budget? «Nous, on a fait un survol, une première lecture. Notre rôle à l’opposition, cette semaine, sera de poser des questions [pendant l’étude des documents budgétaires] et je m’attends d’avoir des réponses», a renchéri le chef de Québec 21, qui était accompagné de Stevens Melançon, autre candidat élu pour la formation.

M. Gosselin est ensuite revenu sur certains thèmes de prédilection abordés en campagne électorale. Selon lui, il n’y a aucun problème de revenus à la Ville. «Il faut voir comment on peut mieux gérer notre ville, regarder la colonne des dépenses plutôt que de trouver de nouvelles sources de revenus», soutient-il.

Reprenant une étude des Hautes études commerciales, le conseiller Melançon a illustré ce point en rappelant que Québec était bonne dernière sur les 10 grandes villes de la province pour le coût par habitant de la collecte des ordures.

Poser des questions

Dans l’ensemble du point de presse de près de 30 minutes, le duo de Québec21 a été souvent pressé de questions pour qu’il donne son point de vue général sur le cadre financier proposé par l’administration Labeaume.

Chaque fois, il a été impossible d’obtenir une réponse claire. Journaliste: «Avez-vous vu des dépenses qui ne devraient pas être là?» M. Gosselin: «On va être là pour poser des questions.»

Journaliste: «Êtes-vous en mesure d’identifier des choses?». M. Melançon: «Non. Pour avoir les impacts nécessaires, on doit analyser les structures», laisse-t-il savoir, qualifiant même le budget de «relativement stable».

Journaliste: «Est-ce qu’il [le maire Labeaume] investit trop dans les infrastructures?». M. Gosselin: «Je ne suis pas là pour vous dire où il investit trop et où il n’investit pas assez. Je suis là pour vous dire qu’on va poser des questions. On vient d’en prendre connaissance.»

La seule critique sentie envers le budget a trait à la philosophie de la Ville de profiter des subventions pour démarrer des projets à coût partagé. «C’est comme d’aller magasiner et de revenir à la maison avec un nouveau jouet payé en spécial. On n’en avait pas besoin, peut-être.»

L’opposition officielle n’était pas plus volubile en après-midi, après la présentation du budget à l’ensemble des élus. La période de questions a duré un gros total de 20 minutes et c’est le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau, qui en a le plus profité. Le chef de Québec 21 a posé deux questions et son collègue Melançon, une seule, portant sur le rapport financier de 2016 plutôt que le budget de 2018.

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UNE PENSÉE POUR LES COMMERÇANTS

Le candidat de Démocratie Québec, Jean Rousseau, est préoccupé par la hausse des taxes commerciales et le projet de biométhanisation de 124,5 millions $.

S’il se réjouit du gel annoncé des taxes résidentielles, M. Rousseau soutient que les commerçants ont payé leur large part depuis dix ans. «Regardez la somme des hausses de taxes commerciales par rapport à l’inflation et c’est du simple au double. Ça coûte cher pour les commerçants. Ils mériteraient un répit, un gel minimalement.» L’administration a décidé de les augmenter à l’inflation.

Au chapitre des immobilisations, il compte surveiller de près le projet d’usine de biométhanisation de 124,5 millions $. «On va se questionner parce que, techniquement, on a pris énormément de retard sur les politiques des déchets. L’usine, c’est un sacré gros pari. C’est une usine pilote et les exemples dans les autres villes montrent que ce n’est pas une technologie qui est à point. On va avoir des problèmes», croit-il.

Enfin, il dit se préoccuper de l’explosion des coûts du projet de construction de la nouvelle centrale de police et de la construction du Grand marché public. «On a créé un environnement artificiel autour de l’amphithéâtre. L’absence d’une équipe de hockey va faire en sorte que l’amphithéâtre va toujours avoir de la difficulté et le marché ne pourra faire vivre cet environnement», conclut celui qui a fait notamment campagne pour le maintien du marché public au Vieux-Port.