Réjean Bacon, un résident de Beauport connu pour personnifier le père Noël depuis plus de 30 ans, proteste devant l'hôtel de ville de Québec contre la grosseur des trous de certaines grilles d'égout.

Un père Noël fait une grève de la faim pour des grilles d'égout

Un père Noël qui fait une grève de la faim devant l'hôtel de ville de Québec pour protester contre la grosseur des trous de certaines grilles d'égout. Oui, ça se peut.
Le moyen est certes extrême, mais la problématique bien réelle. Réjean Bacon, résident de Beauport, n'a pas quitté le parvis de l'hôtel de ville depuis lundi matin. Après plus de 24 heures à braver les éléments, dont une nuit où il a dormi assis dans sa chaise pliante pour ne pas être accusé de vagabondage, il a raconté au Soleil comment il a découvert que les plaques en fonte qui recouvrent certaines bouches d'égout représentent un danger pour les piétons.
C'était en octobre 2015. L'homme qui se dit «consultant vidéo, cinéma et affaires internationales», mais est plutôt connu pour personnifier le père Noël depuis plus de 30 ans, marchait dans le secteur du magasin Latulippe, dans le quartier Saint-Sauveur. Sa canne - l'homme doit composer avec une blessure permanente à un pied - s'est alors enfoncée dans un trou. Selon son récit, M. Bacon est tombé face contre terre et a perdu conscience.
Retourné sur les lieux, il a découvert sous des feuilles mortes une grille d'égout d'un genre nouveau, avec des fentes en forme de flèche, beaucoup plus grosses que les traditionnelles rayures.
Voilà le point de départ d'un long combat. Depuis, le citoyen a porté plainte à la Ville de Québec, à qui il demande de remplacer urgemment ces grilles d'égout pour éviter que «d'autres handicapés ou des enfants se blessent ou se tuent». Car il a fait le test et une petite bottine peut facilement passer au travers. Idem pour un talon haut ou une roue de bicyclette.
M. Bacon a trouvé de ces grilles un peu partout dans la ville, même au coeur du Vieux-Québec. Il y en a quelques-unes juste à côté de l'hôtel de ville où il vient d'élire domicile. «C'est des pièges, mets pas ça!» lance le gréviste de la faim à l'intention du maire Régis Labeaume, qu'il tient ultimement responsable de sa perte de jouissance des espaces publics.
Présent pour la troisième fois au conseil municipal, lundi, M. Bacon a de nouveau pris le micro pour réclamer de façon posée le retour des plaques de fonte traditionnelles. C'est le vice-président du comité exécutif responsable des travaux publics, Jonatan Julien, qui lui a répondu. Le politicien a d'abord fait valoir que M. Bacon a été rencontré à deux reprises pour recueillir ses doléances et en assurer le suivi, signe qu'il est pris au sérieux.
«Le modèle de grille décrié est conforme au ministère des Transports. C'est un modèle qui est sécuritaire, qui fait le travail, qui favorise un excellent écoulement et qui est installé dans plusieurs villes au Québec. Une fois qu'on a dit ça, on constate effectivement qu'il y a certains enjeux, il y a des trous un peu plus gros que d'autres modèles. Alors on a identifié pour certains secteurs des modèles de remplacement (...) pour les fins de cyclistes et de piétons aux tout petits pieds», a expliqué M. Julien.
Le conseiller municipal a ajouté que la Ville fait actuellement l'inventaire des secteurs piétonniers où ces grilles ont été installées et les remplacera graduellement par des modèles à plus petites fentes. Ceux retirés seront réinstallés dans des endroits où il n'y a pas de marcheurs. L'opération se fera à coût nul, a précisé M. Julien au Soleil.
Cette réponse ne satisfait pas le manifestant. Selon lui, l'administration Labeaume ignore les handicapés comme lui et n'a pas réagi assez vite dans le dossier.
M. Bacon poursuit donc son action militante devant l'hôtel de ville. «La vie est une maladie incurable, tout le monde en meurt. Je préfère mourir pour une bonne cause. Je suis membre d'une communauté, c'est la communauté que je veux défendre», lance-t-il, insistant qu'il est prêt à se laisser mourir de faim malgré la résistance de ses proches.