Un marché public aménagé comme un village

La Ville de Québec a dévoilé jeudi le concept développé pour le Grand marché public en construction dans le Pavillon du commerce sur le site d'ExpoCité. Au menu: de la brique et du bois, une vaste place centrale pensée comme le centre d'un village, de grandes portes-fenêtres qui s'ouvrent sur l'extérieur, où il y aura aussi des étals.
C'est le consortium formé de Bisson et associés et de L'Atelier Pierre Thibault qui a réalisé les plans rendus publics lors d'une conférence de presse tenue à l'auberge Saint-Antoine.
Pierre Thibault, architecte vedette de Québec, a expliqué que l'intérieur du bâtiment a été conçu comme un village, avec une place centrale, une rue principale et d'autres secondaires. 
La trentaine de commerces permanents seront disposés dans des «maisons» le long de la rue principale. Les quelque 80 étals des producteurs et des transformateurs agricoles seront concentrés au sud. Il y en aura à l'intérieur comme à l'extérieur, l'été surtout mais aussi l'hiver. Par beau temps, les portes-fenêtres feront disparaître la frontière entre dedans et dehors. 
«On voulait avoir un peu l'impression d'être dehors. Il y a de grands puits de lumière. On est comme sur le parvis de l'église où on aura du plaisir à aller rencontrer tout le monde», a souligné le concepteur. 
M. Thibault dit s'être inspiré des marchés publics qu'il a visités lors de ses nombreux voyages et espère que celui-ci sera l'un des plus beaux du monde. Il aimait bien la matière première du bâtiment patrimonial qu'est le Pavillon du commerce, sa structure, la lumière qu'il a décuplée. Pour côtoyer la brique, il a privilégié du bois, «du bois québécois», qui apportera de la chaleur aux lieux même pendant la saison froide. Pour ne pas surcharger la charpente, tous les ajouts seront autoportants. 
Concept «attractif»
Le nouvel établissement sera exploité par la Coopérative des horticulteurs de Québec, qui gère déjà le Marché public du Vieux-Port. Daniel Tremblay, directeur général, s'est dit pleinement satisfait du concept «attractif, vert, lumineux et représentatif des valeurs de la coopérative» qui est proposé. 
M. Tremblay souhaite que l'endroit deviennent un «milieu de vie» pour toute la population de Québec et un lieu de destination pour les touristes. En plus des étals et des commerces, il a rappelé qu'il y aura sur place un point de service de la bibliothèque de Québec, des jardins, un espace famille. L'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) de l'Université Laval fera de l'animation et donnera des conférences. Les entreprises agroalimentaires en émergence pourront également développer et tester leurs nouveaux produits dans des locaux adaptés. Il sera bien sûr possible d'y manger et d'y prendre un verre.
Le maire Régis Labeaume se réjouit de doter enfin Québec d'un marché d'envergure et de «redynamiser» le site d'ExpoCité, où se trouve notamment le Centre Vidéotron. Pour le stationnement, il privilégie une gratuité conditionnelle. «Si tu as acheté, tu présentes un coupon et ton stationnement est gratuit», résume-t-il. Les détails seront communiqués ultérieurement. 
Le budget de construction du Grand marché tourne toujours autour de 20 millions $. L'ouverture est prévue à l'automne 2018. La Coopérative des horticulteurs a répété jeudi sur toutes les tribunes que le Marché public du Vieux-Port est ouvert et restera ouvert jusque là pour éviter toute confusion chez les consommateurs.
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Une antenne sur la place de Paris
L'administration Labeaume avait promis une antenne du Grand marché dans le Vieux-Québec pour compenser le déménagement du Marché public du Vieux-Port. Il l'installera sur la place de Paris, droit devant la nouvelle place des Canotiers, après un réaménagement qui commencera en 2018.
Entre 15 et 20 étals seront en opération de mai à octobre l'année suivante. On y trouvera «des produits prisés par les touristes (produits de l'érable, alcools du Québec, par exemple) ainsi que des produits d'usage courant comme les fruits et les légumes, les produits de boulangerie, de charcuterie et de prêt-à-manger», précise la Ville de Québec dans son communiqué de presse.
La place de Paris accueillait jusqu'en 2015 l'oeuvre d'art Dialogue avec l'histoire, le fameux cube blanc de l'artiste français Jean-Pierre Raynaud. Régis Labeaume a assuré jeudi que sa démolition était une question de sécurité et n'avait pas de lien avec cette nouvelle vocation décidée beaucoup plus tard.
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Le SRB, un sujet tabou...
L'architecte Pierre Thibault était membre du comité qui a pondu le plan de mobilité durable de la Ville de Québec en 2011. Il était donc naturel de profiter de sa présence à la conférence de presse sur le Grand marché pour lui demander ce qu'il pensait de l'abandon du service rapide par bus (SRB) et de la consultation lancée pour trouver une solution de remplacement.
C'était sans compter sur le maire Régis Labeaume, qui a refusé la question. «On ne mêlera pas les affaires là», a-t-il tranché avant même que le principal intéressé n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche. «Je suis favorable à un transport en commun efficace pour l'agglomération de Québec, je pense qu'on est rendus là», a tout de même tenté M. Thibault.
Requestionné une fois les caméras éteintes, l'architecte s'est réjoui que les citoyens soient écoutés et que «le désir semble là» d'investir dans le transport collectif. «Il faut tout regarder et peut-être que ça permettra d'arriver avec un projet de plus grande envergure», a-t-il dit, en référence au tramway.
Rien pour donner des sueurs froides au maire.