Consultant en mobilité originaire de Portland, en Oregon, Jarrett Walker (troisième à partir de la gauche), est la tête d'affiche du Sommet international sur la mobilité organisé par la Ville et de Québec et le Réseau de transport de la Capitale (RTC).

Un expert américain propose de rebrasser le SRB

Sommité mondiale de la mobilité, Jarrett Walker propose un service rapide par bus (SRB) «ouvert» pour Québec. Le nouveau réseau de voies réservées à construire desservirait prioritairement des parcours phares - plus fréquents, plus rapides et pouvant piquer une pointe en banlieue au besoin - mais accueillerait aussi des bus réguliers de façon à améliorer le service en périphérie.
Le consultant en mobilité originaire de Portland, en Oregon, est la tête d'affiche du Sommet international sur la mobilité organisé par la Ville et de Québec et le Réseau de transport de la Capitale (RTC). L'événement se tient au Centre de foires d'ExpoCité, lundi et mardi.
Invité à identifier sa préférence entre le tramway et le bus pour une ville comme Québec lors d'une table ronde, M. Walker a prévenu les planificateurs contre la tentation du rail à tout prix. Il s'est aussi montré sceptique face à un SRB roi et maître de sa plateforme comme celui de l'agglomération française de Metz présenté lundi, qui fonctionne comme un tramway et en a même l'apparence. 
Le conférencier a plutôt opposé un SRB «ouvert», sur le modèle de ce qui existait à Ottawa avant que la capitale fédérale ne se convertisse au train léger. 
Dans pareil réseau, les voies réservées construites en bordure ou au milieu de la route sont accessibles à tous les types de bus et non seulement aux parcours à très haut niveau de service qui en constituent le coeur. Au lieu de tous terminer leur course à un même point de correspondance, certains bus du SRB peuvent poursuivre leur route dans les banlieues où un service bonifié est justifié. 
Invité par la presse écrite à préciser sa proposition, M. Walker a donné l'exemple de Beauport. Au lieu de faire tourner tous les véhicules affectés au SRB à la station D'Estimauville, certains pourraient offrir le service plus à l'est, sur les parcours les plus populaires, et épargner ainsi une correspondance à certains usagers. 
«Je pense que c'est un concept qui a tendance à être sous-évalué. Je pense que la notion de SRB doit être développée commercialement (branded), mais pas nécessairement avec de très jolis véhicules comme à Metz.[...] La flexibilité a une valeur. J'ai travaillé avec des villes qui ont été piégées, car elles ont construit des SRB fermés et elles ont ensuite dû faire des choix très déplaisants» pour leurs réseaux, a expliqué celui qui est présenté comme la «rockstar» de la mobilité. 
Dans la même optique de flexibilité, M. Walker croit que tous les SRB doivent être planifiés avec l'idée qu'il faudra peut-être passer au tramway un jour. «Vous voulez toujours construire ces choses avec la possibilité de convertir au rail», insiste-t-il. 
Élargir les autoroutes
L'expert s'est également prononcé sur les élargissements d'autoroute, qui selon lui peuvent être nécessaires pour améliorer le réseau routier périphérique, mais difficiles à justifier quand ils se rapprochent du centre-ville. «On ne fait alors que déplacer le goulot d'étranglement», fait-il remarquer, car les rues municipales ne peuvent absorber davantage d'automobiles. 
Jarrett Walker n'est pas un partisan non plus d'un service sur demande dans les secteurs moins denses d'une ville, dont parle régulièrement le maire de Québec. À une question venant de Régis Labeaume lui-même, le consultant a fait valoir que le coût du passage d'un bus est largement attribuable au salaire du chauffeur. Qu'il conduise un petit ou un gros bus, la facture est donc la même... à moins de négocier les salaires à la baisse. 
M. Walker considère également délicat de faire absorber le prix élevé d'un service personnalisé en périphérie par les clients des secteurs les plus denses et donc les plus rentables. Sans compter que «le service sur demande, c'est dépenser beaucoup d'argent pour prévenir la marche». 
Questionné sur la proposition de SRB ouvert de l'invité vedette du sommet sur la mobilité, le maire Régis Labeaume n'avait pas de commentaire à formuler lundi, car, dit-il, l'heure est encore à l'accumulation d'informations et «il n'y a pas de solution magique» pour améliorer la mobilité à Québec.
Le RTC prêt à centraliser l'offre de transport
Consulter son téléphone mobile pour savoir quel mode de transport il vaut mieux privilégier pour aller d'un point A à un point B et, tant qu'à y être, payer d'un clic son bus, son taxi ou même son stationnement. C'est la tendance en mobilité et le Réseau de transport de la Capitale (RTC) veut agir comme «intégrateur» en chef.
Le maire de Québec était particulièrement intéressé par les ateliers de l'après-midi au sommet international qu'il a commandé pour clore sa plus récente consultation publique sur la mobilité. Trois spécialistes sont venus expliquer pourquoi et comment il fallait mettre en commun l'offre de transport régionale pour que le citoyen puisse faire des choix faciles et éclairés.
Plusieurs transporteurs publics dans le monde, mais aussi des entreprises privées travaillent sur des applications mobiles qui centralisent l'information sur les parcours de bus, les pistes cyclables, les services de taxi, d'autopartage et de covoiturage. Ils proposent en plus des parcours sur mesure avec possibilité de poser des questions en direct, de commander des services et de les payer électroniquement. 
Régis Labeaume souhaite que le RTC assume le leadership du développement d'une telle plateforme technologique dans la région de Québec. «Le RTC pense pas juste au réseau structurant. Il commence à travailler pour entrer dans la révolution, dans l'intégration de tous les services de mobilité», a d'ailleurs déclaré le maire lors d'une mêlée de presse. 
Intégrateur c. propriétaire
Ce rôle d'intégrateur n'est pas à confondre avec celui de propriétaire. M. Labeaume résume en disant qu'il faut «s'organiser pour que des entités différentes avec des propriétés différentes puissent maximiser tout d'abord leur investissement, l'utilisation de ce qu'ils offrent comme services et finalement de faire en sorte que le client en ait pour son argent, le meilleur service pour le moins cher». Selon lui, «c'est à l'avantage de tout le monde». 
«Ce qu'on veut offrir à la population, c'est d'avoir des choix, que ces choix-là soient organisés sous l'angle technologique, qu'ils soient faciles et accessibles, mais que [les citoyens] aient la liberté, qu'ils aient le choix de l'un ou l'autre», a renchéri Rémy Normand, président du RTC, prêt à porter ce dossier régional qui motive grandement son équipe. 
Le sommet international sur la mobilité se poursuit mardi avant-midi. Le grand public est invité à participer au Centre de foires.