Aymen Derbali a tenu à remercier samedi les donateurs, ses voisins, les Canadiens et les Québécois, la communauté musulmane ainsi que le personnel médical qui l’ont supporté dans cette dure épreuve.

Un don qui rapproche Aymen Derbali de sa famille

Plus d’un an après l’attentat de la Grande Mosquée de Québec, Aymen Derbali n’est toujours pas rentré à la maison. Si seul le temps pourra lui permettre de retrouver sa famille au quotidien, les 400 000 $ qui lui ont été remis samedi soir faciliteront au moins ce qu’il qualifie «d’essai de retour à la vie normale».

L’imposante somme a été amassée grâce à une campagne de sociofinancement lancée à la mi-décembre par l’organisation musulmane DawaNet, basée dans la région de Toronto. Quelque 4800 donateurs provenant de 40 pays, dont 1400 Québécois, ont ainsi soutenu celui qui s’est sacrifié pour donner le temps à ses camarades de se mettre à l’abri, le soir du 29 janvier 2017.

En s’interposant, Aymen Derbali a été atteint par sept balles provenant de l’arme à feu d’Alexandre Bissonnette. Il sera paraplégique jusqu’à la fin de sa vie, cloué à un fauteuil roulant.

Les représentants de DawaNet lui ont remis samedi soir un chèque qui doit lui permettre de s’acheter une maison adaptée à sa condition. Si «tourner la page serait difficile», Aymen Derbali y voit une étape de plus vers un retour auprès de sa famille. Le survivant espère retrouver sa femme, «qui s’est accrochée pour que je sois maintenu [en vie]», et leurs trois enfants d’ici la fin de l’été. «J’attends avec impatience le retour à la maison. Je me vois dans chaque pièce jouer avec mes enfants», a-t-il dit devant les journalistes. 

Au cours de la conférence de presse, M. Derbali a tenu à remercier les donateurs, ses voisins, les Canadiens et les Québécois, la communauté musulmane ainsi que le personnel médical qui l’ont supporté dans cette dure épreuve.

«À chaque minute, je vois la tragédie»

Interrogé sur le plaidoyer de culpabilité enregistré plus tôt cette semaine par Bissonnette, Aymen Derbali a déclaré qu’il aurait été prêt à la tenue du procès, même si cela signifiait de revivre cette soirée d’horreur à travers les témoignages. Il est d’avis que la preuve qui aurait été présentée était «irréfutable» et qu’il est évident «que son geste était prémédité».

À savoir s’il arriverait un jour à pardonner le tireur, M. Derbali a esquissé un court sourire avant de d’affirmer qu’il était «au tout début du processus», laissant entendre qu’il était encore trop tôt. «À chaque minute, je vois la tragédie [à travers mon fauteuil roulant]. Je vois ce qu’il m’a fait. Je me rappelle les [six] frères qu’on a perdus [le soir de l'attaque].»

Longue réadaptation

Pour chaque jour passé aux soins intensifs, il faut 10 jours en réadaptation, a rappelé samedi Aymen Derbali. Il est resté six mois à l'hôpital. «Ça fait à peu près cinq ans de réadaptation.» Si tout se passe bien, il pourra se rendre en clinique externe au cours des prochains mois, lui qui vit dans un centre de réadaptation. Malgré tout, M. Derbali s’estime chanceux. «Tout ce qui est physique peut être remplacé, mais si on perd la mémoire ou le cerveau, c’est irremplaçable.»

Lorsqu’il en aura la force, le survivant souhaite s’impliquer auprès des jeunes afin de «bâtir des ponts» entre les Québécois et la communauté musulmane. «C’est une autre chance que Dieu m’a donnée pour parfaire mes actions et aller au-delà pour aider les autres.»

Quant à DawaNet, l’organisation a l’intention de continuer à renforcer ses liens avec le Centre culturel islamique de Québec. Depuis l’attentat, des représentants de l’organisation ont effectué des voyages réguliers entre Sainte-Foy et Toronto pour offrir du soutien aux familles des six victimes et aux survivants.

L’organisme avait déjà mis sur pied une première campagne de sociofinancement de 400 000 $ pour les proches des disparus, en plus de produire un documentaire relatant les tristes événements à travers ceux qui ont survécu.

Dans le cas d’Aymen Derbali, DawaNet a voulu venir en aide à un homme qui n’a pas hésité à mettre sa vie en danger. «Nous sommes très heureux d’avoir fait une petite différence dans sa vie. Aymen est le héros qui s’est mis dans la ligne de tire pour protéger d’autres personnes. Nous sommes heureux de pouvoir l’aider en retour», a expliqué Tariq Syed, de DawaNet, rencontré à la Grande Mosquée samedi.

Ce dernier était  heureux de voir qu’un donateur sur quatre était québécois. «Nous n’avons jamais douté du soutien des Canadiens et des Québécois ou du fait qu’ils partageaient notre chagrin. Mais de voir que ça se manifeste aussi dans une campagne de financement comme celle-là, ça nous rend très fier.»