La Société des gens de baignade craint l'embourgeoisement du bassin Louise et milite pour redonner l'accès à l'eau à l'ensemble des citoyens de Québec plutôt qu'à des privilégiés.

Un documentaire sur le bassin Louise pour susciter le débat

La Société des gens de baignade fourbit ses armes en prévision du rendez-vous aux urnes municipales de novembre. Le bassin Louise sera le sujet d'un documentaire que l'on veut bougie d'allumage d'un débat électoral.
«L'an dernier, le port a présenté son esquisse de projet pour le bassin et, en fait, il y a plusieurs des éléments qui vont à contre-courant de ce que ça devrait être. Entre autres, on exclut les gens, on privatise les berges, il n'y a pas d'accès à l'eau», note l'idéateur du film, le biologiste Michel Beaulieu, dans la vidéo explicative mise en ligne. «Il faut absolument s'interroger et concevoir un bassin différent.»
L'objectif est donc de mobiliser les politiques et les citoyens autour d'un bassin Louise serti de verdures et de plages permettant de sauter dans l'eau portuaire.
Le mandat de réalisation a été confié au sociologue Pierre Fraser, enseignant-chercheur à l'Université Laval. «La prise de position est: redonnons l'accès à l'eau à l'ensemble des citoyens de Québec et non à des privilégiés.»
Au bout du fil, M. Fraser regrette les visées du Port qui veut construire bureaux et habitations luxueuses. Il y a certes une plage et une place publique dans les plans préliminaires, mais pas d'accès à l'eau, déplore-t-il. «Le Port de Québec, ce n'est pas forcément à lui à décréter ou à dire comment devrait être utilisé le bassin Louise. C'est une eau qui est très très propre, absolument propre pour la baignade. Et, ce que le Port de Québec veut "imposer", c'est de construire des condos...»
Il craint l'embourgeoisement du milieu. «Alors que, tout près, il y a le quartier Saint-Roch, il y a Limoilou juste à un jet de pont. Si on gentrifie ce secteur-là, on n'est pas en train de rendre service aux citoyens qui sont dans les quartiers adjacents.»
M. Fraser et la Société des gens de baignade comptent livrer le documentaire avant l'automne pour lancer la discussion. «Évidemment, c'est tout à fait opportuniste [...] de faire une projection publique deux à trois semaines avant les élections municipales. Autrement dit: un petit truc un petit peu dérangeant qui oblige une réflexion.»
Le sociologue espère convaincre les élues Anne Guérrette et Julie Lemieux ainsi que le président-directeur général du Port, Mario Girard, d'embarquer dans l'aventure pour «équilibrer» les points de vue. «On part du principe que s'il y en a qui ne veulent pas participer, les absents ont toujours tort.»
«[Nous voulons] établir un débat sur la place publique qui est fait de façon la plus sociologique possible. On veut éviter de faire une confrontation. Ce n'est pas le but. On veut, tout simplement, exposer des faits.»
Sociofinancement
Pour réaliser le film, M. Fraser compte amasser au moins 3000 $. À notre dernière visite sur son site Web de financement participatif (www.photo-societe.com/sociofinancement), il avait reçu près de 1600 $.
Pourquoi recourir au sociofinancement? Les caisses des subventionnaires seraient vides: «Peu importe l'organisme à qui on fait des demandes présentement, il n'y en a pas, d'argent. Aujourd'hui, dans le domaine des sciences humaines et des sciences sociales, on en est rendu au point où si on veut faire de la recherche appliquée [...] il faut peut-être commencer à penser à aller chercher du financement ailleurs pour réussir à produire des choses. Parce que de l'argent, il n'y en a pas.»
Quant au Port de Québec, il poursuit les démarches pour mener à terme Le quartier portuaire du bassin Louise. «Les commentaires reçus sont très positifs. Nous travaillons actuellement à identifier et à intéresser des partenaires potentiels pour mener à terme cette vision. En 2017, nous poursuivrons notre démarchage afin d'identifier des partenaires pour développer le projet», nous écrit la conseillère relations publiques et événements, Marie-Andrée Blanchet.