Le Grand Théâtre de Québec sera recouvert d'une structure de verre, tel que montré sur cette maquette, un projet d'envergure qui vaudrait autour de 30 millions $.

Un cube de verre pour «encapsuler» le Grand Théâtre

Après de nombreux reports, le gouvernement québécois annonce finalement le sauvetage du fort mal en point Grand Théâtre de Québec: le bâtiment sera «encapsulé». Un projet d'envergure qui vaudrait autour de 30,3 millions $.
Jeudi, l'architecte Éric Pelletier a expliqué: «On prend le Grand théâtre, on l'encapsule dans une enveloppe de verre.» Pourquoi? L'édifice actuel souffre à la fois des intempéries et de l'humidité qui s'échappe de l'intérieur. Pris de frissons, il s'étiole et perd régulièrement des morceaux de béton. Il faut le réchauffer: «On prend le Grand Théâtre et on l'envoie à Miami!»
L'équipe du Grand Théâtre a donc opté pour la «transparence», pour une structure qui ne cachera pas le bâtiment originel. «On trouvait important de ne pas le dénaturer.»
Ces travaux sont «urgents» depuis qu'un rapport d'expertise a sonné l'alarme en 2013. Les tergiversations, concours et appels d'offres terminés, ils seront finalement entrepris sous peu, se réjouit le président-directeur général de la Société du Grand Théâtre de Québec, Gaétan Morency. «C'est un chantier qui débute au printemps et se terminera au plus tard à la rentrée 2018, en septembre 2018.»
L'installation d'une bulle protectrice extérieure permettra cependant de poursuivre les activités culturelles tout au long des travaux, souligne-t-il avec emphase: «C'est un des critères importants dans le choix de la solution». Il y avait bien une autre option sur la table, mais il aurait fallu fermer le Grand Théâtre durant deux ans pour le retaper.
Le pdg du Grand Théâtre, Gaétan Morency
Longue attente
Le ministre de la Culture, Luc Fortin, célébrait la nouvelle jeudi. «Ça nous prend des installations culturelles de qualité.»
Il a également vanté le travail du gouvernement dans ce dossier: «On a été diligent [...] depuis qu'on a été informé».
Rappelons que Le Soleil révélait en 2014 que les travaux devaient être effectués d'urgence. «Il y a une dégradation qui est irréversible», annonçait le président-directeur général de l'époque, Marcel Dallaire, en entrevue téléphonique. «On se doit de trouver une solution dans les meilleurs délais.»
Dans des documents que nous avions consultés, les experts étaient très explicites: «[Le] revêtement extérieur du GTQ est affecté par un processus de dégradation importante du béton, irréversible et nécessitant des travaux majeurs à court terme».
Ne sachant trop comment procéder, la Société du Grand Théâtre de Québec était ouverte à toutes les propositions; pourvu que le chantier débute en 2015 pour être complété avant la fin 2016. 
L'élastique des délais a toutefois été étiré malgré l'état de décrépitude du bâtiment culturel unique. Entre-temps, des filets de protection ont été installés, des «hommes-araignées» ont dû enlever périodiquement des morceaux de béton qui s'effritaient... 
Ceux qui passent par le Grand Théâtre à l'occasion auront peut-être remarqué les nombreuses jardinières imposantes disposées le long des murs extérieurs du Grand Théâtre. «Ce n'est pas esthétique», indique l'architecte consultant Jean-Yves Montminy. En attendant les travaux pour sauver le bâtiment, il a fallu installer ces entraves pour éviter que les passants reçoivent le béton sur la tête!
La Société québécoise des infrastructures sera responsable du chantier qui s'amorce finalement. La firme Pomerleau, qui a décroché le contrat, aurait garanti de le livrer sans «extras»: «C'est un budget clef en main», assure le pdg actuel du Grand Théâtre, Gaétan Morency.
Le chauffage du nouvel espace créé par la structure de verre devrait coûter autour de 60 000 $ par année.
Au fil des dernières années, le Grand Théâtre de Québec a perdu de nombreux morceaux de béton en raison de la dégradation irréversible qui l'affecte.
Le problème du béton connu depuis longtemps
Voilà de nombreuses années que les autorités ont remarqué que le Grand Théâtre de Québec (GTQ) est rongé. Près de 15 ans.
Un rapport de 2013 a sonné l'alarme. Dans une autre expertise produite l'année suivante, il est écrit: «Depuis près de 10 ans maintenant au GTQ, on observe que les composantes de béton préfabriqué de l'édifice se désagrègent de manière constante, récurrente, et que le phénomène est progressif dans le temps. [...] Les infiltrations d'eau, par les microfissures, provoquent l'éclatement du béton et des fragments se détachent du bâtiment.»
Dans les années 60 et 70, le béton était «magique» et extrêmement durable, note le pdg de l'institution, Gaétan Morency. Le matériau permettait de réaliser des structures aux formes variées; un nombre important de structures routières, de bâtiments, en témoigne. Dont le complexe G, l'édifice Marie-Guyart voisin.
Les certitudes de 1964, dans l'univers de la construction, ont toutefois été mises à mal par la suite. Le béton s'est révélé poreux. Il n'aime pas les intempéries. L'eau qui s'infiltre s'attaque à l'armature de métal qui se corrode et fait exploser le béton.
Un peu d'histoire
Le Grand Théâtre de Québec a été conçu par l'architecte Victor Prus [NDLR: décédé récemment]. Il avait gagné un concours en 1964. Il s'agit d'un édifice patrimonial emblématique du courant «brutaliste».
Jean Lesage aurait réussi à vendre le projet à son homologue fédéral Lester B. Pearson en lui disant que c'était une célébration du centenaire de la Confédération canadienne.
La partisanerie politique, une grève dans l'industrie de la construction et d'autres aléas ont repoussé les échéanciers à plusieurs reprises. Il sera finalement inauguré en janvier 1971, quelques années après le 100e anniversaire du Canada en 1967.
En dollars de l'époque, il a coûté 10 millions $, somme à laquelle il faut ajouter les 4 millions $ investis dans le Conservatoire.
Le Grand Théâtre abrite deux salles de spectacles, le Conservatoire de musique de Québec, une galerie d'art et deux salles de répétition. Quatre institutions culturelles de la capitale y logent: le Club musical de Québec, l'Opéra de Québec, l'Orchestre symphonique de Québec et le Théâtre du Trident. Quelque 275 000 spectateurs s'y rendraient chaque année.