L'ancien patro Saint-Vincent-de-Paul

Un concepteur du patro St-Vincent-de-Paul applaudit sa démolition

Henri Thibault a beau avoir contribué à la naissance du patro Saint-Vincent-de-Paul voilà 60 ans, ne comptez pas sur lui pour verser une larme quand les pics des démolisseurs jetteront par terre sa façade. Pour l'architecte à la retraite, le bâtiment n'a aucune valeur architecturale. Encore moins historique.
L'homme se rappelle encore du violent incendie qui avait rasé au milieu des années 1940 l'ancienne église érigée au haut de la côte d'Abraham. Important mouvement à l'époque, la Société Saint-Vincent-de-Paul a alors fait appel pour la reconstruction à un architecte bien en vue, Pierre Lévesque. «Un homme qui imposait le respect sur les chantiers quand il arrivait avec sa canne et son chapeau haut-de-forme», se remémore Henri Thibault, qui à travaillait pour lui comme dessinateur.
Le jeune apprenti avait beau avoir le plus grand des respects pour son employeur, il n'a jamais aimé le concept auquel il en est arrivé pour la reconstruction du patro, dont la plus grande partie du bâtiment a été démolie en 2006. «C'était lourd, massif. Il n'y avait rien de sensationnel là-dedans», confie-t-il dans une entrevue accordée au Soleil lundi. Il détestait en particulier les deux immenses tours de la façade dont le ministère de la Culture avait pourtant demandé la préservation. Trop «moyenâgeux» à son goût.
À la retraite depuis près de 20 ans, l'homme qui a dessiné les plans du défunt patro comprend mal pourquoi on a si longtemps tenu à en préserver les vestiges. «Tant qu'à avoir jeté par terre les trois quarts, je ne comprends pas pourquoi on s'est arrêté là. Ça ne donnait rien de conserver la façade. Ce n'était pas beau, ça n'avait pas de valeur historique, ça n'avait pas de valeur architecturale. Ce n'était rien», dit aujourd'hui M. Thibault, devenu architecte en 1966.
Ce dernier s'est toujours farouchement opposé à l'idée d'intégrer la façade dans une nouvelle construction, estimant que la plupart des expériences sont des échecs. «Je trouve ça faux. C'est juste un petit bout d'un bâtiment. Peut-être si ça avait été un bâtiment historique ou qui avait eu une valeur historique, mais ce n'est pas assez vieux pour être considéré historique. Soixante ans, c'est rien.»
«Je n'irais pas jusqu'à dire que je suis heureux de voir la façade disparaître, mais je suis content. Ça me faisait mal de voir cette "cochonnerie» sur un site aussi prestigieux", laisse-t-il tomber.
Un excellent projet
M. Thibault dit avoir apprécié les ébauches de l'hôtel que projette de construire le promoteur Jacques Robitaille. «Le projet proposé est excellent. À cet endroit, ça ne prend pas quelque chose de massif. Ça prend quelque chose d'aéré, de très vitré. Au lieu de faire une masse, ça donne quelque chose de lumineux. L'idée d'intégrer cette mauvaise carcasse de pierre dans un bâtiment, ça n'avait pas de bon sens.»
Malgré son point du vue tranchant, Henri Thibault déplore le sort réservé aux bâtiments des communautés religieuses. Plutôt que de les démolir, celui-ci estime qu'on aurait avantage à les préserver pour les recycler. «On est en face de carcasses établies. On devrait les transformer pour les itinérants ou les gens dans le besoin.»
Selon lui, l'archevêché devrait donner - et non pas vendre - ses églises ou bâtiments inutilisés pour qu'ils soient convertis en logements sociaux. «Avec une église, tu peux en faire beaucoup, des logements.»