La chapelle du Bon-Pasteur, érigée entre 1866 et 1868, est «classée» par l’État québécois et est désignée Lieu historique national du Canada par le fédéral.

Un avenir toujours incertain pour la chapelle du Bon-Pasteur

Voilà une douzaine d’années que les portes de la chapelle des Sœurs-du-Bon-Pasteur sont closes. Mais le gouvernement ne sait toujours pas quoi faire du joyau patrimonial voisin du complexe G, sur la colline Parlementaire.

«C’est certain que ça fait un bout de temps qu’il n’y a pas d’activités dans le bâtiment», convient Martin Roy, porte-parole de la Société québécoise des infrastructures (SQI). «Mais il faut trouver la chose qui va le mieux correspondre à l’endroit. Ce n’est pas simple de trouver une vocation qui colle avec la réalité du bâtiment.»

«Il y a des choses qui ont été regardées», dit-il. Mais aucun des «scénarios» évalués jusqu’à maintenant n’a été retenu. 

Il faut dire que les contraintes sont nombreuses. La chapelle érigée entre 1866 et 1868 est «classée» par l’État québécois et est désignée Lieu historique national du Canada par le fédéral. À peu près tout ce qui se trouve à l’intérieur doit être préservé. «L’ensemble présente […] une valeur patrimoniale inestimable et il est, de ce fait, irremplaçable», souligne-t-on justement dans un document produit pour la SQI.

M. Roy assure néanmoins que son organisation cherche encore à définir l’avenir du monument. Il refuse cependant même d’évoquer les pistes explorées. «On est en analyse de certains scénarios de réutilisation. Quand ces scénarios seront plus avancés, ça va être soumis aux autorités gouvernementales.»

La SQI n’est pas la première à se casser la tête depuis que les activités culturelles ont cessé en 2007, depuis que les musiciens classiques ont été expulsés — quelque 200 spectacles y étaient organisés annuellement.

En 2009, un appel à tous pour trouver des projets a fait long feu. Le ministère de la Culture avait certes reçu quatre propositions, mais aucune n’avait été acceptée. 

Puis, le gouvernement péquiste avait promis, en 2014, quelques millions de dollars pour la mise aux normes et la transformation de la chapelle de la rue De La Chevrotière. Mais les libéraux qui ont repris le pouvoir peu après avaient rayé la somme du budget.

La mairie avait aussi tenté à son tour un sauvetage… avec le même insuccès.

Résultat, la chapelle des Sœurs-du-Bon-Pasteur et son contenu sont laissés à l’abandon. Et la sécurité des lieux est mise à mal périodiquement : intrusions suspectes, interventions des pompiers, bris de tuyau…

Démolition d’une annexe

Aussi, l’annexe de la chapelle historique sera bientôt détruite, parce que trop abîmée. La SQI est en processus pour octroyer le contrat.

«C’est un petit bâtiment désuet qui est derrière la chapelle», explique Martin Roy. «Ça va se dérouler au printemps ces travaux-là. Ça va durer environ un mois.» L’échéancier préliminaire prévoit une intervention entre le 15 avril et le 15 mai.

Pas simple cependant de débarquer avec la machinerie autour d’un édifice patrimonial : «Les travaux de démolition […] devront être réalisés en regard à la spécificité historique du bâtiment. Toute intervention dans les bâtiments constituant la Chapelle nécessite l’application de mesures préventives de protection», lit-on dans les documents de l’appel d’offres. Toute personne embauchée pour ce contrat devra «reconnaître la grande sensibilité du projet et s’engager à tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité des lieux.»

Ils devront aussi faite attention à l’amiante et aux moisissures trouvées dans l’annexe.

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ÉTERNELLE SURVIVANTE

La chapelle des Sœurs-du-Bon-Pasteur a survécu à bien des périls depuis son érection en 1866. 

Le couvent des sœurs a notamment résisté, en mai 1876, au grand brasier qui a réduit en cendre tous les bâtiments du faubourg Saint-Louis, quartier aujourd’hui oublié. «L’incendie majeur détruit 411 maisons […] et jette 3000 personnes à la rue», raconte la Ville de Québec dans son site Web.

«En 1974, les religieuses sont expropriées et l’ensemble conventuel devient la propriété du gouvernement, qui entend utiliser les terrains pour compléter l’aménagement de la colline du Parlement», raconte la fiche du Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Mais l’intérêt patrimonial freinera les démolisseurs enhardis par le vent de modernité qui soufflait à l’époque.«De 1980 à 1982, le couvent est [finalement] recyclé en sept coopératives d’habitation. La chapelle est, quant à elle, entièrement préservée au cœur de l’ensemble.

Les Sœurs du Bon-Pasteur ont continué à gérer la chapelle jusqu’en 2001. Deux ans plus, une corporation sans but lucratif a pris le contrôle et y a organisé un grand nombre d’activités culturelles, de concerts. 

Dette de 175 000 $ en taxes

Sauf qu’en 2007, l’administration municipale a refusé d’aider les gestionnaires qui peinaient à payer une dette de 175 000 $ de taxes… Ce qui a forcé la fermeture de la salle de spectacle à l’acoustique appréciée des mélomanes.

La Société québécoise des infrastructures a finalement été mandatée par le gouvernement en 2014 pour reprendre le contrôle et trouver une nouvelle vocation à la chapelle négligée.