Harold Noël, préfet de la MRC de l’île d’Orléans et maire de Sainte-Pétronille, a convenu que le dossier du pont de l’île d’Orléans cheminait pour le moment «dans le bon sens», mais il s’est inquiété des délais de livraison si un nouvel axe routier à l’est est véritablement considéré entre Québec et Lévis.

Troisième lien: un «nuage» au-dessus de l’île d’Orléans

Si le gouvernement de Philippe Couillard martèle que le projet de nouveau pont de l’île d’Orléans et l’éventuel troisième lien sont deux dossiers «indépendants», rien n’empêche qu’ils soient «réconciliés» en 2020. Une hypothèse qui inquiète sur l’île.

Le premier ministre a lui-même réitéré cette semaine que son gouvernement visait une mise en service du nouveau pont de l’île d’Orléans en 2024, un projet approuvé par le conseil des ministres en 2015 et évoqué dès 2010. 

Harold Noël, préfet de la MRC de l’île d’Orléans et maire de Sainte-Pétronille, s’est réjoui prudemment de cet engagement renouvelé des libéraux. Car à l’aube d’une campagne électorale, il ne tient rien pour acquis. «Il peut arriver n’importe quoi», a-t-il laissé tomber en entrevue au Soleil, faisant référence tant à un changement de garde au pouvoir qu’aux promesses qui seront mises de l’avant.   

M. Noël s’est inquiété des délais de livraison du nouveau pont à haubans de 2,1 kilomètres qui doit remplacer l’actuel, jugé désuet, reliant l’île d’Orléans à la rive nord. Surtout qu’il avait d’abord été annoncé pour 2020, puis 2022. 

Si un nouvel axe routier à l’est est véritablement considéré entre Québec et Lévis, «j’ai l’impression qu’on perd 5 ans ou même 10 ans» sur l’échéancier, a-t-il suggéré, qualifiant le troisième lien de «nuage qui plane sur notre tête».

M. Noël a convenu que le dossier du pont de l’île d’Orléans cheminait pour le moment «dans le bon sens». Encore mercredi, il participait à une rencontre d’information avec des représentants du ministère des Transports du Québec. «Il y a beaucoup d’études de faites», a-t-il rapporté.

Fenêtre d’opportunité

Au cabinet de la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, on a assuré jeudi que le gouvernement maintenait le cap sur 2024. «On veut livrer le pont», a lancé la directrice de cabinet, Véronique Normandin. 

Cette dernière ne pouvait toutefois apaiser toutes les inquiétudes du préfet de la MRC. «Je comprends la crainte. Maintenant, est-ce que je peux répondre aujourd’hui s’il est sûr et certain que le troisième lien ne passera pas par l’île? Non, parce qu’on a demandé au prestataire de services d’évaluer toutes les options.»

Elle ne pouvait donc écarter celle où les deux dossiers seraient mis en commun. On considère même 2020 comme une «fenêtre d’opportunité» pour le faire, si telle était la recommandation des experts mandatés par le bureau de projet du troisième lien, qui déposeront leur rapport final cette année-là. 

Selon Mme Normandin, les dossiers sont indépendants en ce sens que les deux suivent leur cours normalement. «Le projet de l’île d’Orléans peut continuer d’avancer. Il y a des forages qui se font, le travail se poursuit, la planification se poursuit.» Et si la recommandation n’était pas un lien routier à l’est, «c’est une bonne chose que le travail se poursuive».

À la Coalition avenir Québec, en tête des sondages, on juge qu’il «est essentiel que le bureau de projet du troisième lien prenne en considération la possibilité d’arrimer les deux projets, dans un souci d’économie de coûts».

Protéger l’âme

Harold Noël s’est par ailleurs réjoui de l’engagement de Philippe Couillard à protéger le patrimoine de l’île d’Orléans si le troisième lien devait se faire à proximité, voire sur son territoire. Le préfet a plaidé sa cause auprès du premier ministre le 23 mai lors d’un rassemblement du mouvement Tous ruraux. «Le message [de M. Couillard] venait d’une discussion qu’on a eue. […] On ne veut pas perdre notre âme», a-t-il exprimé.  

M. Couillard a déclaré qu’il aimerait «autant passer en dessous» de l’île, en référence à un tunnel. Ce avec quoi les maires peuvent «devenir d’accord». L’entièreté de l’île d’Orléans est considérée comme un site patrimonial. On craint à la MRC qu’un accès trop facile à l’île d’Orléans vienne la dénaturer.