Troisième lien: beaucoup d’arguments pour l’est, dit Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard croit que l’âge du pont de Québec et les projets de développement du Port de Québec sont deux arguments importants qui justifient la construction d’un troisième lien routier entre les deux rives. Situé à l’est? «C’est certain que beaucoup d’arguments militent de ce côté-là.»

Dans un discours devant la Chambre de commerce et d’industrie de Québec lundi, M. Couillard a répété que le troisième lien entre Québec et Lévis est un projet sur lequel son gouvernement travaille «avec beaucoup de sérieux». 

Selon lui, la région de Québec n’a pas à choisir entre un tramway, projet dans lequel son gouvernement s’est déjà engagé, et un troisième lien. «On n’a pas demandé aux Montréalais de choisir entre le tunnel Lafontaine et le métro.»

M. Couillard a refusé de prendre position clairement sur l’endroit où devrait être construit ce lien, car il faut selon lui laisser les experts du bureau de projet faire leur travail. 

Il a toutefois fait valoir qu’un tel lien pourrait très bien servir le Port de Québec, qui cherche à prendre de l’expansion dans l’est de Québec et dans l’est de Lévis. «Le projet du port, ça va augmenter fortement le volume de transport par camion et là, le troisième lien devient encore plus utile et intéressant pour désengorger la ville de Québec du transport par camion», évoque le premier ministre. 

Mario Girard, le pdg du Port de Québec, a soutenu il y a quelques jours qu’un troisième lien entre les deux rives serait une «opportunité extraordinaire» pour ses projets. M. Couillard a d’ailleurs approuvé les visées du port quant à la création d’un terminal de conteneurs. «Comptez pas sur moi pour freiner l’élan de Québec», a-t-il lancé, avertissant qu’il ne souhaitant pas de «chicane» avec Montréal à ce sujet. 

Le premier ministre voit également un troisième lien comme une garantie future quant à l’état du pont de Québec, qui est maintenant âgé de 100 ans. «Lorsqu’on fera le troisième lien, c’est un projet pour 50, 60, 75 ans. Qu’est-ce qui va arriver du pont de Québec d’ici 75 ans? Il rajeunira pas. Il peut être là au moins pour le soutenir et être en complémentarité.»

Voie réservée

M. Couillard a assuré que son nouveau président de campagne électorale, l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, est aujourd’hui d’accord avec la construction d’un troisième lien à Québec, tant que ce projet s’insère dans une vision plus large de la mobilité. D’ailleurs, le chef des libéraux croit que le troisième lien «devrait avoir un élément de voie réservée au transport collectif». Sous un gouvernement libéral, les autobus ou le tramway pourraient donc circuler sans contraintes sur ce pont ou dans ce tunnel. 

Le premier ministre s’est beaucoup appuyé sur son bilan des quatre dernières années dans son discours devant les gens d’affaires. Il a plaidé que son équipe avait déjà «changé le Québec», alors que certains sont tentés de voter pour le changement. 

Selon lui, la clé pour qu’un gouvernement stimule l’économie est «la confiance» qu’ont les investisseurs et les consommateurs. «La confiance, elle est pas tombée du ciel. Elle est revenue par notre gestion vraiment rigoureuse et efficace des finances publiques», a-t-il soutenu. 

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LEHOUILLIER SE RÉJOUIT DE L'APPUI

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, s’est réjoui des commentaires du premier ministre Philippe Couillard voulant qu’un troisième lien entre sa Ville et Québec puisse être situé à l’est.

«C’est un pas dans la bonne direction. Enfin, il est en train de voir la nécessité de boucler la région», a déclaré en point de presse lundi soir celui qui prône depuis le début l’importance qu’un nouveau lien entre les deux rives soit construit à l’est et non pas près des deux ponts actuels.

«Si on fait un autre lien à côté des deux ponts, on perpétue une erreur qui a déjà été faite», a laissé tomber le maire, faisant référence à la construction du pont Pierre-Laporte juste à côté du pont de Québec.

«Nos démarches, notre insistance, commencent à porter fruit», enchaîne-t-il, heureux également du récent passage du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, devant la Chambre de commerce de Lévis.

«M. Legault a dit que le troisième lien serait un lien autoroutier dans l’est, il a aussi dit que dans un gouvernement caquiste, on passerait rapidement à l’étape des plans et devis. On s’attend aussi à ce que M. Couillard accepte l’invitation de la Chambre de commerce de se présenter devant les membres.»


« C’est un pas dans la bonne direction. Enfin, [Philippe Couillard] est en train de voir la nécessité de boucler la région »
Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier

Cette multiplication des appuis pour un troisième lien à l’est réjouit également le chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Québec, Jean-François Gosselin.

«Nous sommes ravis de constater qu’un consensus se dessine de plus en plus dans ce dossier. Comme nous l’avons toujours mentionné, le troisième lien est loin d’être seulement l’affaire de la Rive-Sud et il est grand temps que nos décideurs prennent le dossier en main et fassent preuve de volonté politique. L’état du pont de Québec n’a rien de rassurant et l’augmentation de l’achalandage du transport lourd dans le secteur du port de Québec ne doit pas s’ajouter au trafic que doivent déjà subir quotidiennement nos citoyens», a-t-il déclaré par voie de communiqué de presse.

Québec solidaire

Sans grande surprise, le maire Lehouillier n’était guère impressionné par la position de Québec solidaire, exprimée en fin de semaine par le coporte-parole Gabriel Nadeau-Dubois, d’abandonner le projet de troisième lien.

«C’est certain que ça ne fait pas notre affaire, car nous, on mène bataille pour un troisième lien. Près de 90 % des gens de Lévis et de 65 % à 70 % des gens de Québec y sont favorables et le président du Port de Québec a récemment dit que ce serait une bonne chose», poursuit-il.

Le maire a cependant répété que pour lui, il n’y avait que deux options possibles pour le troisième lien : un tunnel ou un pont autoroutier. 

C’est que le ministère des Transports était un peu moins clair, lundi, dans l’annonce du démarrage de l’étude d’opportunité en indiquant que la solution globale «pourrait inclure une combinaison de solutions permettant d’améliorer les déplacements à court, moyen et long terme entre les deux rives, dont l’implantation d’un troisième lien».

Entente

C’est avec le Groupement mobilité interrives, composé de la firme albertaine Stantec, de la firme californienne Tetra Tech et de la firme ontarienne Hatch, que le ministère a conclu une entente pour réaliser l’étude.

La rencontre de démarrage avec les différents intervenants et partenaires, dont Groupement mobilité interrives, aura lieu mardi. Groupement mobilité interrives devra déterminer les besoins en matière de déplacement ainsi que les meilleures interventions qui pourront être réalisées pour améliorer la fluidité des transports dans la région métropolitaine de Québec.

Les faits saillants de l’étude de besoins seront dévoilés cet été, les résultats finaux à la fin de 2018 et les résultats de l’étude des solutions à l’été 2020. Le dépôt du dossier d’opportunité en vue d’une décision gouvernementale doit être fait au plus tard à la fin de l’année 2020. Ian Bussières