Québec couvre 90 % des pertes pour une résidence principale et 75 % pour les dommages causés aux loyers. Le ministère de la Sécurité publique a remis à ce jour 682 356 $ en indemnités aux sinistrés de la rivière Saint-Charles. Et ça devrait augmenter puisque le traitement des dizaines de demandes n’est pas complété.

Trois mois de stress pour les inondés de la Saint-Charles

Ça fera trois mois vendredi que la soudaine crue de la Rivière Saint-Charles a inondé une quarantaine de résidences du quartier Duberger-Les Saules. Aujourd’hui encore, les citoyens touchés vivent le stress et l’insécurité financière de cette montée des eaux.

«Je n’avais pas de dettes. Là, j’ai des dettes.» Danielle Hamel-Paquet demeure philosophe malgré les dommages causés par l’eau au sous-sol de sa résidence. Lorsque l’embâcle responsable des inondations s’est formé au pont du boulevard Père-Lelièvre, la dame à la retraite venait tout juste d’y exécuter des travaux pour le louer.

«Tout est à recommencer», lance-t-elle, en désignant les pièces aux cloisons ouvertes. Elle avait même pris soin d’installer une petite croix en bois dans l’une d’elles pour obtenir la protection divine. Ce qui est arrivé par la suite n’aide pas à garder la foi, convient la résidente de l’avenue Grandbois.

«Mes assurances me disent que c’est un ‘‘Act of god’’ [un acte de Dieu]. À ce que je sache, Dieu ne construit pas de pont», lance pour sa part Éric Plante pour qui la hauteur insuffisante du tablier du pont est en partie responsable de son malheur. Comme bien d’autres, sa couverture n’inclut pas le débordement des rivières. Le résident de la rue Saint-Léandre a donc dû se tourner vers le ministère de la Sécurité publique pour obtenir un soutien financier.

Danielle Hamel-Paquet, au sous-sol de sa résidence. Elle discute des conséquences des inondations de janvier 2018 avec son voisin, Mongi Hasni, un autre sinistré.

Il dit comprendre que c’est une aide de dernier recours. Cependant, il déplore la lenteur des procédures et il considère que les montants alloués pour de nombreux items comme les électroménagers ne reflètent pas les prix de 2018. «J’ai pour environ 130 000 $ de dommages, et ça va me coûter 25 000 $ à 30 000 $ de ma poche», explique celui qui a réintégré son domicile seulement lundi avec sa conjointe et sa fille.

«On me donne 600 $ pour une cuisinière alors que j’ai une plaque encastrée dans un îlot», illustre-t-il. Autre exemple, il a déboursé 600 $ pour quatre poubelles pour ses locataires et lui, alors que le ministère lui octroyait seulement 100 $ pour une seule poubelle. Au final, le total de la facture monte rapidement. 

Québec couvre 90 % des pertes pour une résidence principale et 75 % pour les dommages causés aux loyers. «C’est stressant, parce que tu dois faire les travaux sans jamais savoir si tu vas être remboursé», indique-t-il.

«Moi, j’ai sorti mon CELI», raconte Mongi Hasni, résident de l’avenue Grandbois, qui n’a toujours pas réintégré le rez-de-chaussée de son domicile. Son sous-sol a aussi été inondé par cinq pieds d’eau. Le locataire qui s’y trouvait a évidemment trouvé un autre loyer. Le sinistré espère maintenant terminer les travaux à temps pour louer le logement le plus rapidement possible. Le revenu qu’il en retire est important pour lui.

«Je trouve ça compliqué la façon de faire avec le gouvernement. On ne doit jamais déroger de la demande initiale. Il y a parfois du cafouillage dans la gestion des dossiers. Il faut toujours payer avant d’être remboursé et ce sont des gros montants. Actuellement, je ne peux plus payer l’entrepreneur. Lui, il veut l’être et je le comprends. Mais je ne peux plus», lance-t-il, résigné, avec en main des factures non payées de près de 15 000 $. M. Hasni estime qu’il devra débourser une vingtaine de milliers de dollars, qui ne lui seront pas remboursés. 

Un nouveau pont

Lors du passage du Soleil, Mme Hamel-Paquet avait un message clair. Pour éviter que se reproduise l’embâcle de janvier 2018, la Ville doit reconstruire un pont mieux adapté sur le boulevard Père-Lelièvre. «Ils ont construit un barrage après l’inondation de 1981. C’est bien. Maintenant, il faut un pont avec un tablier plus haut. J’ai écrit au maire et j’ai parlé avec ma conseillère. Ça réglerait le problème sur ce deux kilomètres de rivière», avance-t-elle, ajoutant qu’elle ne fondait pas beaucoup d’espoirs sur sa démarche.

+

682 356 $ DÉJÀ VERSÉS EN INDEMNITÉS

Le ministère de la Sécurité publique a remis à ce jour 682 356 $ en indemnités aux sinistrés de la rivière Saint-Charles. 

Et ça devrait augmenter puisque le traitement des dizaines de demandes n’est pas complété. Au ministère, on indique que le bilan final sera donné lorsque le dernier dossier sera clos. Le chiffre évolue quotidiennement.

La Ville de Québec a aussi dépensé gros dans cet épisode. En février, l’administration Labeaume indiquait avoir dépensé 716 000 $ dont une partie de la facture est attribuable à la location de la fameuse pelle-grenouille. Le service de base de location était évalué à 13 000 $, somme à laquelle il faut ajouter 585 $/l’heure.

Nouvelles mesures

Le maire de Québec avait promis mettre en place des mesures additionnelles de surveillance de la rivière pour éviter une répétition de cet événement malheureux et coûteux. 

Une caméra de surveillance a été installée au pont qui enjambe le boulevard Père-Lelièvre. Mais plus encore, la Ville a grossi les rangs de son équipe de surveillance.

«Deux experts en mécanique des glaces et en hydrologie de l’Université Laval appuient le Bureau de la sécurité civile de la Ville de Québec et suivent particulièrement l’évolution des rivières Saint-Charles et Montmorency, avec des visites sur le terrain et des modèles prévisionnels actualisés, ainsi qu’une analyse en continu des risques», explique David O’Brien du service des communications.