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La passerelle cyclopiétonne qui enjambe la Saint-Charles vers le Vieux-Limoilou portera le nom de Passerelle de la Tortue.
La passerelle cyclopiétonne qui enjambe la Saint-Charles vers le Vieux-Limoilou portera le nom de Passerelle de la Tortue.

Traverser la rivière à pas de tortue à la Pointe-aux-Lièvres

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
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À la Pointe-aux-Lièvres de Québec, la tortue est sortie victorieuse d’un concours de noms.

Voilà qui exige des explications! La Ville de Québec entend inaugurer cet été le pavillon ainsi que la passerelle cyclopiétonne du parc de la Pointe-aux-Lièvres. Mais les deux structures nouvellement construites pour environ 11 millions $ n’ont pas de nom. Avant leur inauguration, il fallait les baptiser.

Le Comité de toponymie de la Ville s’est donc creusé les méninges. Du côté du bâtiment d’accueil, la réflexion semble avoir été rapide, une seule dénomination ayant été proposée. Mais la délibération a été plus intense pour le petit pont permettant d’enjamber la Saint-Charles vers le Vieux-Limoilou…

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COMME LE QUARTIER, LE PARC ET LA RUE

Pas de grande surprise en découvrant le toponyme alloué au bâtiment qui remplace les deux veilles roulottes installées en 2009 : «Pavillon de la Pointe-aux-Lièvres».

Dans un document municipal récent, on offre un bref historique du quartier en guise de plaidoyer en faveur du toponyme choisi. «La pointe aux Lièvres est une longue presqu’île formée par un méandre de la rivière Saint-Charles et connue sous ce nom depuis le 19e siècle. Diverses industries s’installent dans le secteur à cette époque pour profiter de la présence de la rivière : tannerie, briqueterie, poterie. Jusque dans les années 1950, il existait à cet endroit deux presqu’îles formées par le caractère sinueux de la rivière. La construction de l’autoroute Laurentienne oblige toutefois l’assèchement du méandre ouest, qui ceinturait le parc Victoria depuis son aménagement en 1897, de même que le stade municipal construit en 1938. Les deux pointes n’en forment désormais plus qu’une seule, traversée par la rue de la Pointe-aux-Lièvres.» 

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LES PREMIÈRES NATIONS ET JEAN DE LA FONTAINE

La Ville de Québec entend inaugurer cet été le Pavillon de la Pointe-aux-Lièvres.

Afin de nommer la passerelle cyclopiétonne, le Comité de toponymie a effectué des recherches plus poussées dans l’histoire du site, dans les traditions des Premières Nations ainsi que la littérature.

Il a finalement présenté trois choix aux élus de l’arrondissement La Cité-Limoilou:

  • Passerelle de la Tannerie;
  • Passerelle des Six-Saisons;
  • Passerelle de la Tortue.

Les conseillers municipaux de La Cité-Limoilou ont voté pour la tortue! Ils ont ensuite invité leurs collègues du comité exécutif d’entériner cette recommandation, ce qu’ils ont fait mercredi. 

Maintenant, voyons où le Comité de toponymie a déniché les trois propositions.

Passerelle de la Tortue

«[…] La tortue représente la figure centrale du récit de la création de la Terre pour plusieurs nations autochtones en Amérique. Pour certaines, l’île de l’Amérique du Nord serait ainsi une grande tortue sur le dos de laquelle tous les peuples autochtones ont grandi. Pour les Hurons-Wendat, alors que Yäa’taenhtsihk (la Femme du Ciel) tombait du monde céleste, des outardes la recueillirent sur leurs ailes avant de la déposer sur la carapace de Grande Tortue, le chef des animaux. Grâce à la terre ramenée du fond de la mer par une femelle crapaud, Grande Tortue devint une île merveilleusement belle, la Terre.»

«La tortue est aussi connue comme l’un des personnages principaux de la fable de Jean de La Fontaine, “Le lièvre et la tortue”. La passerelle de la Tortue évoque une promenade contemplative et sans presse pour rejoindre le parc de la Pointe-aux-Lièvres.»

Passerelle de la Tannerie

«La tannerie fait référence à un établissement où l’on transforme les peaux en cuir. Le tannage du cuir est un savoir-faire très répandu en Nouvelle-France, d’abord sur les fermes familiales. De petites entreprises spécialisées se multiplient néanmoins à la campagne et à la ville.»

«À Québec, quelques tanneries s’établissent dans Saint-Roch, où l’eau nécessaire aux opérations de tannage coule en abondance de la falaise. En 1842, Québec compte 32 petites tanneries, dont 24 se trouvent dans Saint-Roch. Trente ans plus tard, on en dénombre désormais 43, qui emploient 630 ouvriers.»

«Les tanneries quittent progressivement le cœur du quartier Saint-Roch, très peuplé, à la fin du 19e siècle. Plusieurs déménagent dans le secteur de la Pointe-aux-Lièvres, sur les rives de la rivière Saint-Charles, où elles profitent d’un accès facile à l’eau.»

Passerelle des Six-Saisons

«Pour plusieurs cultures amérindiennes, les saisons représentent l’un des nombreux cycles qui rythment la vie. Chez les Atikamekw, le mode de vie est régi par six saisons qui déterminent les activités et les déplacements sur le territoire.»

«Le mouvement du temps, de la lumière et des températures marque un changement de saison et chacune est liée à une activité principale et à des lieux de campement différents.»

«L’ordre des saisons commence en mars par Sikon, une sorte de pré-printemps quand la neige commence à fondre. Il est suivi par le Miroskamin, le printemps annonciateur du réveil de la nature. Puis vient l’été, Nipin, qui préside à l’épanouissement de la nature, suivi de Takwakin (l’automne) et de Pitcipipon (le pré-hiver). Le cycle des saisons se conclut avec l’hiver, Pipon, alors que le froid s’installe pour de bon.»

«Les Atikamekw sont un peuple autochtone de la vallée de la rivière Saint-Maurice. Vers 1972, les cris vivant sur le cours supérieur de la rivière Saint-Maurice, au Québec, décident de reprendre le nom “Atikamekw” (poisson blanc) utilisé par leurs prédécesseurs au XVIIe siècle et d’abandonner le nom “Tête-de-Boule”, d’origine incertaine, qui leur avait été attribué à partir de 1697.»

«Bien que l’Office québécois de la langue française préconise le nom “Attikameks” en français, ceux-ci optent généralement pour la variante Atikamekw, invariable en genre et en nombre.»