Le chemin Traverse de Laval, entre Lac-Beauport et Sainte-Brigitte-de-Laval, a fait une entrée fracassante dans l’espace public en décrochant la palme de pire route de la province.

Traverse de Laval: le chemin de la discorde

Le chemin Traverse de Laval est un sujet de discorde entre Lac-Beauport et Sainte-Brigitte-de-Laval, et ce, depuis bien avant que le CAA-Québec ne lance son palmarès des pires routes de la province, en 2015. Retour sur ce qui a toutes les apparences d’une guerre de clochers.

Le problème tient sa source… en 1993. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) rétrocédait cette année-là 30 000 kilomètres de routes locales aux municipalités québécoises. Y compris le chemin Traverse de Laval, qui est tombé sous la responsabilité de Lac-Beauport.

«Le tout a été accompagné par la mise sur pied de programmes d’aide financière à la voirie locale, qui ont été renouvelés annuellement», explique Mila Roy, porte-parole au MTQ. 

Des millions de dollars sont donc disponibles depuis toutes ces années pour les municipalités qui ont hérité de l’entretien de ces routes. L’enveloppe est de 224,7 millions $ cette année.

Dans le cas de la Traverse de Laval, on précise au MTQ que le projet de réfection, évalué entre 1 et 2 millions $ par la direction générale de Lac-Beauport, est «admissible à une aide financière» à hauteur de «75 %». Il suffisait et suffit toujours d’en faire la demande.

Guerre de clochers

Le palmarès de la honte du CAA-Québec est apparu en 2015. Le chemin Traverse de Laval a fait une entrée fracassante dans l’espace public en décrochant la palme de pire route de la province. Le tronçon a percé le top 10 en 2017 et est revenu en force avec une solide deuxième position en 2018. 

À Lac-Beauport, on a tenté d’améliorer son sort avant qu’elle ne soit tristement populaire. On voyait bien que la chaussée s’affaissait, se fissurait et se cassait sous le poids des véhicules. Le 3 juin 2013, le conseil municipal avait adopté un règlement visant à demander au MTQ de limiter le camionnage sur le chemin Traverse de Laval. Encore à ce jour, Lac-Beauport y voit une cause majeure de la détérioration de la route. 

«La municipalité de Sainte-Brigitte-de-Laval a exprimé son objection, rappelle Mila Roy. Puisque la limitation de la circulation des camions et des véhicules-outils sur le chemin de la Traverse de Laval a des conséquences pour cette dernière.»

Le MTQ s’est finalement objecté à la demande de Lac-Beauport, «à défaut d’obtenir une résolution d’appui de la municipalité de Sainte-Brigitte-de-Laval».

Michel Beaulieu, réélu maire de Lac-Beauport en 2017, était aux commandes de la ville de 2009 à 2013. «J’ai tenté par tous les moyens de réussir à interdire le transit lourd sur la Traverse de Laval», a-t-il dit au Soleil, vendredi. «Je suis venu bien près [de régler le dossier].» Il aura manqué de temps, battu par Louise Brunet aux élections de novembre 2013. 

Cette dernière a aussi tenté de dénouer l’impasse. Pressée par les élus et les résidents de Sainte-Brigitte-de-Laval de rénover la route, elle s’est butée, ironiquement, à ses collègues du conseil municipal, dont certains ont pointé Sainte-Brigitte-de-Laval du doigt.

«Le projet de réparer cette route est sur la table depuis des années. Il s’agissait d’une priorité pour moi lors de la dernière élection et je souhaite que cela se règle rapidement. Tous les acteurs sont prêts à procéder, sauf les conseillers municipaux de l’opposition de Lac-Beauport», affirmait-elle en novembre 2016.

Ces conseillers, majoritaires, ne voyaient pas l’intérêt de payer pour les citoyens de Sainte-Brigitte-de-Laval. «La Traverse n’est pas empruntée par beaucoup de gens de Lac-Beauport, mais plutôt par les résidents des nouveaux développements de Sainte-Brigitte-de-Laval comme raccourci pour se rendre au centre-ville de Québec», déplorait l’ex-conseiller Marc Bertrand, pas plus tard que l’été dernier.

Résultat net : seul du colmatage de nids de poule a été effectué. Si bien que sur les deux kilomètres endommagés, «il y a plus de patchs que d’asphalte d’origine», disait la semaine dernière Richard Labrecque, directeur général de Lac-Beauport.

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«L'HARMONIE» RETROUVÉE

Cette fois, c’est la bonne. «L’harmonie» est revenue, selon le maire de Lac-Beauport, Michel Beaulieu. Avec le conseil municipal renouvelé aux dernières élections, il a mis en branle l’étape des plans et devis pour procéder à la réfection du chemin Traverse de Laval. Le rapport des ingénieurs est attendu cet automne et les travaux seront terminés à la fin de l’été 2019, anticipe-t-on. 

Encore plus important, M. Beaulieu croit pouvoir convaincre son homologue de Sainte-Brigitte-de-Laval, Carl Thomassin, de l’appuyer dans ses démarches pour mettre fin au transit de véhicules lourds. «On a déjà des discussions pour s’assoir avec son conseil. […] Je pense qu’on va trouver une façon de leur faire comprendre.» M. Beaulieu assure que le surfaçage ne sera pas «mis en péril» par l’issue des discussions.

L’autre écueil, sur lequel il a peu de contrôle, concerne le MTQ, qui persiste à considérer la Traverse de Laval, en vertu des mêmes règles établies en 1993, comme une route «locale de niveau 1». Selon le MTQ, sa vocation est uniquement de relier Lac-Beauport et Sainte-Brigitte-de-Laval, deux centres «de moins de 10 000 habitants». 

Mais Lac-Beauport ne le voit pas de cet œil. «C’est pas notre vision du tout, c’est de ne pas connaître la réalité de ce qui se passe concrètement chez nous», plaide le maire. Il est évident à ses yeux que de nombreux automobilistes ne font que passer pour aller vers Québec.

Au MTQ, la définition veut que le lien ne soit «pas direct» vers l’agglomération urbaine, ce qui en fait une route à responsabilité municipale. «Le débit de circulation journalier, le pourcentage de camion ou le développement immobilier ne sont pas des critères qui peuvent changer cette classification de la route.»