Serge Simon, grand chef des Mohawks de Kanesatake, était présent à Québec samedi au nom des communautés autochtones du Québec.

Trans Mountain: la grogne se déplace à Québec

L’opposition à l’expansion du pipeline Trans Mountain, en Colombie-Britannique, s’est transportée à Québec, samedi, alors que des dizaines de manifestants ont sommé Desjardins d’annuler son financement de 145 millions $ à l’entreprise Kinder Morgan Canada.

Les manifestants ont profité de la tenue des assemblées générales annuelles de Desjardins, auxquelles participait son président Guy Cormier, pour se faire voir et entendre. Réunis devant le centre des congrès de Québec samedi midi, ils ont simulé un déversement de pétrole et brandi des pancartes demandant à l’institution québécoise de cesser de financer des projets liés aux énergies fossiles.

Patrick Bonin, de Greenpeace, et Serge Simon, grand chef des Mohawks de Kanesatake, présent au nom des communautés autochtones du Québec, espéraient remettre à M. Cormier une pétition de 10 000 noms, dont 6000 seraient membres de Desjardins. Ils avaient également avec eux une bouteille contenant de l’eau provenant de Burnaby, en banlieue de Vancouver. Cette eau est à risque d’être contaminée par Trans Mountain, selon l’organisation de défense de l’environnement. M. Cormier n’est pas allé à la rencontre des manifestants, qui sont demeurés pacifiques.  

«Bon côté de l’histoire»

«Desjardins doit cesser de financer des projets destructeurs de pipelines de sables bitumineux [de l’Alberta] et tomber du bon côté de l’histoire», a tranché M. Bonin en mêlée de presse. «[Les dirigeants de] Desjardins, on les a rencontrés, les Premières Nations les ont rencontrés, on les a avertis, ils ont quand même décidé d’aller de l’avant. Il est encore temps pour eux de reculer, de prendre la bonne décision. […] Le projet de pipeline de Kinder Morgan, ce n’est pas le projet qui leur permet d’être cohérent avec les valeurs [de développement durable] qu’ils disent défendre.»

Après avoir accordé le prêt de 145 millions $ — la facture totale du projet est estimée à 7,4 milliards $ — à Kinder Morgan Canada, Desjardins avait imposé un moratoire temporaire l’été dernier, en réflexion sur sa participation aux projets de pipelines. Ce moratoire a été levé en décembre. L’institution a alors annoncé de nouveaux critères d’autorisation en matière d’environnement et d’acceptabilité sociale, en plus de s’engager à influencer ses partenaires vers une transition énergétique.

Impossible de reculer

Tel que le mentionnait Guy Cormier le 6 décembre, la porte-parole de Desjardins Chantal Corbeil a soutenu samedi que l’institution ne pouvait cependant pas reculer dans le cas de Trans Mountain. «On a des contrats et on ne peut pas désinvestir comme ça», a-t-elle justifié. Et malgré les mesures annoncées en décembre, Desjardins ne croit pas que financer Kinder Morgan était une erreur. «Au moment où on l’a fait, ça répondait à tous les critères. Il n’y a pas eu d’erreur avec Kinder Morgan», a dit Mme Corbeil.

Desjardins se considère comme un «petit joueur» dans l’industrie pétrolière et gazière avec des investissements de l’ordre de 6,5 milliards $, soit environ 3 % de son portefeuille de 275 milliards $. Mme Corbeil a affirmé qu’un milliard de dollars étaient octroyés dans des projets d’infrastructures d’énergie verte, comme des parcs éoliens, et que ces montants seraient appelés à augmenter. «On est très présent et on va l’être de plus en plus. [...] On va être de moins en moins engagé vers les énergies fossiles.»

D’autres banques canadiennes, comme la Banque Toronto Dominion (TD), dont la participation dans Trans Mountain est la plus imposante, à 731 millions $, ont aussi été critiquées à travers le pays.

Nombreuses arrestations

Depuis la semaine dernière, environ 115 personnes, dont la chef du Parti vert, Elizabeth May, et le député fédéral de Burnaby-Sud, Kennedy Stewart, ont été arrêtés près des terminaux de Kinder Morgan Canada à Burnaby. 

La Cour suprême de la Colombie-Britannique a prononcé la semaine dernière une injonction interdisant toute manifestation à moins de cinq mètres des deux terminaux, où les travaux d’élargissement de l’oléoduc sont déjà en cours. 

Plusieurs dizaines de personnes, dont des chefs autochtones, ont tout de même manifesté samedi près des terminaux. Les manifestants, dont quelques dizaines ont affirmé être prêts à se faire arrêter, ont franchi l’entrée.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a déjà approuvé le projet d’élargissement de l’oléoduc, qui achemine au port de Vancouver le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta. Le projet de Kinder Morgan permettrait de pratiquement tripler, à près de 900 000 barils par jour, la capacité de l’oléoduc Trans Mountain.  Avec La Presse canadienne