À l'approche du tramway, un feu blanc prioritaire s'allumera pour le passage du tramway. Une fois passé, les automobiles pourront ensuite emprunter le rail.

Tramway: retrait de 1130 cases de stationnement

L'aménagement du tramway et du trambus force le retrait de 1130 cases de stationnement, dont 512 uniquement sur le boulevard René-Lévesque. Certains tronçons trop étroits obligent même des aménagements particuliers comme une voie partagée tramway-auto sur 460 mètres.

La Ville de Québec a donné des détails lundi sur les impacts du déploiement de son réseau structurant de transport en commun (RSTC). Les 23 kilomètres de tram ne possèdent pas toujours la largeur minimale de 20 mètres pour accueillir l'infrastructure, tout en conservant de chaque côté une voie de circulation automobile et un trottoir. 

Il faudra donc faire des sacrifices. Ainsi, les résidents et les commerçants de certains tronçons devront composer avec moins de stationnement. Le boulevard René-Lévesque est le plus touché avec la perte de 512 cases. 

Marc des Rivières, directeur du transport et de la mobilité intelligente, explique que la Ville mènera des études pour mesurer l'occupation des cases de stationnement durant diverses périodes la semaine et la fin de semaine. «Cette analyse nous permettra de déterminer s'il faut pallier la perte des cases de stationnement. Entre autres, s'il est nécessaire de réaliser des projets de stationnements publics dans les rues transversales.»

La 1re Avenue est aussi grandement affectée avec le retrait de 224 cases. M. des Rivières se dit particulièrement sensible à la perte de stationnement pour la portion plus commerciale de cette artère entre la 41e rue et la rue Godbout. Une réflexion pourrait être faite sur la pertinence de réserver des espaces commerciaux sur les rues parallèles pour compenser les pertes sur la 1re Avenue. Enfin, 14 emplacements sont perdus sur la rue de la Couronne au profit du tramway.

Le passage du trambus qui reliera le pôle d'échanges D'Estimauville à l'Université Laval aura aussi des impacts négatifs sur les espaces de stationnement disponibles. Le boulevard Charest en comptera 179 en moins. Cette perte s’élève à 59 sur le boulevard des Capucins; 50 sur le chemin de la Canardière; et 92 sur le boulevard Sainte-Anne.

Voie partagée

On savait déjà que les 15,5 mètres de la 1re Avenue entre la 4e rue et la rue Cardinal-Villeneuve sont insuffisants pour faire passer un tramway, tout en maintenant une voie de circulation dans chaque direction. À cet endroit, le tramway sera aménagé à l'est et la circulation automobile se fera à sens unique vers le sud. On prend le pari qu'une partie de la circulation automobile sera absorbée par les autres avenues parallèles qui traversent Limoilou, et même par la rue de la Pointe-aux-Lièvres où le pont Lavigeur, actuellement à une voie par alternance, sera remplacé par une structure qui permettra d'aménager une voie dans chaque direction. 

Le tronçon du boulevard René-Lévesque entre les rues Painchaud et Myrand comporte une particularité. À cet endroit, le boulevard fait seulement de 12 à 16 mètres en largeur. Impossible donc d'y maintenir une voie dans chaque direction. Autre particularité, il est bordé de part et d'autre par des cimetières.

M. des Rivières précise qu'une expropriation n'est pas définitivement exclue. Cependant, c'est une voie que ne veut pas emprunter la Ville parce que, dit-il, «c'est légalement et socialement compliqué».

La solution envisagée est d'aménagée une voie partagée auto-tram en direction ouest.

À l'approche du tramway, un feu blanc prioritaire s'allumera pour le passage du tramway. Une fois passé, les automobiles pourront ensuite emprunter le rail. Ce système de feu prioritaire existe actuellement à certaines intersections de la ville. C'est le cas de celui sur le boulevard Charest qui permet aux autobus de tourner de façon sur la rue Dorchester. 

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UN COUSSIN DE 500 MILLIONS $

Sur les 3 milliards $ pour le déploiement du réseau structurant en transport en commun (SRTC), la Ville a prévu un «confortable» coussin de 500 millions $, assure le maire de Québec.

Régis Labeaume a profité du plénier tenue, lundi, pour donner quelques précisions supplémentaires en lien avec le montage financier du projet de tramway. Selon M. Labeaume, non seulement les calculs sont faits à l’inflation, en supposant que les travaux débutent en 2022 selon l’échéancier prévue, mais la Ville a aussi prévu un plan de contingence de 500 000 $. 

«Des contingences, vous savez c’est quoi», a-t-il demandé aux journalistes. C’est des imprévus. Avec un demi-milliard de budget de contingences, on devrait être capable de s’en sortir. J’ai confiance. On va dire ça comme ça», a-t-il lancé.

Visiblement, cette confiance n’habite pas le chef de l’opposition officielle, Jean-François Gosselin, qui considère toujours le RSTC comme un projet «embryonnaire» et reproche à l’administration Labeaume de «livrer l’information au compte-goutte».

«C’est clair que ça va coûter plus cher avec les questions qu’on a posées ce matin, par exemple sur la décontamination, soutient-il. Mon collègue [Stevens Melançon] a posé une bonne question. Quand on va déplacer les infrastructures d’aqueduc et d’égout qu’est-ce qu’on fait avec celles qui sont rendues à a la fin de leur vie utile? Est-ce qu’on les compte dans le calcul? C’est la même chose pour les expropriations. Trois milliards, ça été lancé en l’air un peu», conclut-il.

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TOUJOURS PLUS DE QUESTIONS QUE DE RÉPONSES

Plus l’opposition à l’hôtel de ville s’informe sur le projet de tramway, plus elle a des questions.

C’est du moins l’opinion du conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau. «On apprend davantage de choses, mais en même temps ça soulève plus de questions. Ce qu’on a vu, c’est une vue d’ensemble à 30 000 pieds d’altitude. On sent qu’il y a beaucoup de choses à affiner», a-t-il expliqué à la sortie du plénier tenu lundi sur la question du réseau structurant de transport en commun.

M. Rousseau dit comprendre que des choix doivent être faits, notamment en fonction du respect du budget de 3 milliards de dollars. Cependant, il croit que des améliorations peuvent encore être apportées à la desserte envisagée.

«On dit que [seulement] 20% des gens de Lac-Saint-Charles sont dans le fameux rayon de 800 mètres du passage d’un Métrobus. Vont-ils vraiment en profiter? À notre avis, les gens de la couronne nord pourraient être mieux desservis, soutient-il. Ceux à qui j’ai parlé disent qu’il n’y a rien pour eux là-dedans.»

Le conseiller veut éviter de créer une situation dans laquelle des citoyens insatisfaits du réseau décident de conserver l’automobile comme mode de transport et de ne rien changer à leurs habitudes de déplacement.

Bien qu’il est toujours très favorable au projet, M. Rousseau veut aussi s’assurer que les notions de fiabilité et de fréquence de passages des autobus, Métrobus, trambus et tramway sont bien expliqués compte tenu qu’un gain appréciable en rapidité sur l’ensemble des parcours n’a pas encore été démontré.

Sur ce point, le chef de l’opposition officielle considère que la Ville fait fausse route. «Parmi une série de choix, 51% des répondants à un sondage de l’Institut du Nouveau Monde ont affirmé que la possibilité d’avoir des trajets plus rapides pour se rendre à destination pourrait augmenter la fréquence de leurs déplacements en transport en commun. Clairement, la Ville rate la cible sur ce point crucial et banalise l’importance de l’amélioration des temps de parcours», a-t-il commenté.

Son collègue, Stevens Melançon tente aussi, en vain, d’obtenir des réponses précises sur le fonctionnement du futur réseau dans son district de Beauport. «On a des équipements qui pourraient être utilisés, mais on n’a pas de réponse à savoir pourquoi ces options sont écartées, se désole-t-il.

Jean-François Gosselin et Stevens Melançon, lors de la présentation du projet de tramway à l'hôtel de ville.

EN BREF

Deux boulevards Laurier fusionnés en un seul

Le boulevard Laurier et le petit boulevard Laurier ne feront plus qu’un. Le directeur du transport et de la mobilité intelligente, Marc des Rivières, a confirmé que le terre-plein qui sépare le grand  boulevard Laurier à celui qui mène vers le quartier résidentiel au sud, sera enlevé. L’espace gagné permettra de faire passer le tramway au centre, sans retirer de voies de circulation aux automobiles. Le petit boulevard Laurier prend naissance à l’est à la hauteur de l’avenue des Gouverneurs et du boulevard René-Lévesque. Il se rend jusqu’à l’avenue Jean-de Quen, près du CHUL sur une distance totale d’environ 1,7 kilomètre. Pour la portion plus à l’ouest de Laurier, entre le CHUL et l’avenue Lavigerie, la Ville devra acquérir par expropriation une bande de terrain le long des commerces.

Débat sur le nombre de voies retranchées

La Ville a précisé sa définition d’une voie retranchée à la circulation automobile. Le directeur des transports, Marc des Rivières, précise qu’une voie de circulation est considérée perdue seulement lorsqu’elle est occupée par des automobiles aux périodes de pointe. Il exclut les voies occupées par des véhicules stationnés en dehors des périodes de pointe et celles utilisées par le transport en commun aux périodes de pointe. Cette clarification explique pourquoi la Ville estime que seulement 1,7 kilomètre de voies est enlevé aux automobilistes dans le sens du trafic. La question fait débat depuis l’annonce du projet puisque l’opposition officielle estime la perte plus grande en incluant les voies réservées aux autobus à différentes heures du jour. Si la Ville utilisait ce même mode de calcul, le kilométrage de voies enlevées passerait de 1,7 à 7,5 km dans le sens du trafic. Pour M. des Rivières, c’est un faux débat. Selon lui, il est clair que si le réseau fonctionne durant la période de pointe avec seulement une voie, «c’est qu’assurément il fonctionnera avec une voie en dehors des périodes de pointe puisque le débit de circulation est moins élevé».