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Le maire Régis Labeaume
Le maire Régis Labeaume

Tramway: Legault cible le «manque d’ouverture» du maire

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
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Le premier ministre Legault a confirmé jeudi que son gouvernement présentera un projet de tramway «bonifié» et «intégré» à la construction d’un tunnel Québec-Lévis. Il va jusqu’à dire que le manque d’ouverture du maire Labeaume pour finaliser le tracé du tramway empêche son gouvernement de présenter sa promesse phare d’un troisième lien entre les deux rives.

«Régis Labeaume n’est pas ouvert. On va travailler un projet, qui selon nous, répond mieux aux banlieues de Québec (…) C’est sur que M. Labeaume n’est pas ouvert à des changements. Moi j’ai confiance qu’il va finir par être ouvert à des changements pour mieux desservir les banlieues.»

C’est la première fois jeudi que  le premier ministre Legault ciblait le maire pour l’échec des pourparlers afin de trouver un accord sur une façon, comme le répète la CAQ, de «mieux desservir les banlieues».

Il justifie la décision de son gouvernement, en rappelant qu’il octroie la majeure partie des 3,3 milliards de dollars nécessaires au projet de réseau structurant. «N’oublions pas que le gouvernement finance 1,8 milliard$. Je pense qu’on doit s’assurer que le projet dessert bien les résidents des différentes régions.»

Du même coup, il rejette les accusations d’ingérence dans les compétences municipales. «Je regarde le projet dans l’est de Montréal (REM). On l’a conçu avec Montréal et la Caisse de dépôt», illustre-t-il.

Alors que le maire Labeaume a toujours dit que le projet de tramway était prêt à démarrer, indépendamment du projet du tunnel Québec-Lévis, le premier ministre a un avis contraire.

«Le 3e lien, on pourrait être prêt à l’annoncer dépendamment du réseau structurant du tramway parce qu’on veut que les deux projets soient intégrés. Ce qui nous empêche actuellement de présenter le tunnel Québec-Lévis, c’est la finalisation du tracé du tramway et du réseau structurant.»

La mouture CAQ d’un réseau structurant pour mieux desservir les banlieues sera présentée dans les prochaines semaines avec l’intention de débuter les travaux d’ici la fin d’un premier mandat caquiste en 2022. Les ambitions du maire de vouloir débuter le plus tôt possible pourraient donc être compromises.

«On est clair là-dessus. Ça ne remet pas en question de lancer la construction (d’un tunnel) d’ici la fin du premier mandat. Je voudrais que les deux projets soient commencés», dit-il en toute confiance même s’il évoque la possibilité d’un nouveau Bureau d’audiences publiques sur l’environnement advenant «une grande différence dans le tracé (du tramway)». 

Paternalisme

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont dénoncé à l’unisson la position du gouvernement Legault.

En point de presse, la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, a qualifié l’attitude du premier ministre à l’égard de la Ville de Québec de «paternaliste» et «infantilisante».

«On peut tout promettre à la métropole. Puis Québec, non seulement on infantilise, on est paternaliste. On dit aux gens de Québec: «Un, vous ne connaissez pas vraiment vos banlieues, deux, voici quel devrait être le tracé. C’est infantilisant», a fulminé Mme Anglade.

Même réaction du côté de Québec solidaire (QS). «Pour la Coalition avenir Québec (CAQ), Québec, c’est une petite bourgade folklorique», a lancé le porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois.

Le Parti Québécois (PQ) est tout aussi outré de l’attitude de la CAQ. «C’est inacceptable cette ingérence dans des compétences dédiées clairement aux municipalités»­, a déclaré Sylvain Gaudreault, député de Jonquière.  (Avec la Presse canadienne)

Autre son de cloche

À l’hôtel de ville, l’opposition ne s’offusque nullement de la décision du gouvernement Legault. Bien au contraire.

«Si c’était moi qui étais là. J’aurais présenté une position d’ouverture et j’aurais collaboré», lance en substance le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin. Il dit maintenant attendre d’analyser la proposition du gouvernement avant de dévoiler son propre projet de réseau structurant qu’il voulait opposer à celui du maire lors d’une élection référendaire à l’automne.

Quand on lui demande si une telle élection est encore possible du moment que le projet devient aussi celui de la CAQ, il répète vouloir attendre la proposition de Québec. M. Gosselin s’est lui-même toujours opposé au tramway comme mode de transport lourd alors que le ministre des Transports, François Bonnardel, y a donné son appui.

Le chef de Démocratie Québec, Jean Rousseau, donne raison à la CAQ. «C’est le résultat d’une absence de dialogue de la part du maire. Le maire se refuse à tout compromis sur le tracé. Les gens veulent un tramway, mais pas nécessairement le projet du maire. J’accueille favorablement la position du gouvernement de faire sa propre proposition pour le tracé. Il y a moyen de faire mieux.»

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«On ne peut pas retarder»

Il n’y a aucune «bonne raison de retarder» la réalisation du tracé du tramway, quitte à poursuivre parallèlement la réflexion sur la desserte des banlieues.

C’est l’avis d’Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables, organisme qui promeut l’implantation d’un tramway comme celui défini par la Ville de Québec.

«C’est tout un revirement, lance-t-il d’entrée de jeu, concernant la nouvelle position du gouvernement Legault dans ce dossier. Mais il ne faut pas que ça empêche de réaliser ce qui fait consensus. Et ce qu’il doit y avoir, c’est une colonne vertébrale qui s’appelle un tramway», soutient le directeur.

«Si le gouvernement veut avoir une meilleure réflexion de la desserte des banlieues qui inclut ou pas un troisième lien, c’est son droit. Mais on ne peut pas retarder indument le projet de tramway pour des questions de coût et pour maintenir l’intérêt des consortiums», plaide-t-il.

Pour lui, c’est clair que le tracé choisi par la Ville répond aux besoins en transport collectif. «Depuis le début des années 90, on a travaillé à densifier la ville autour d’axes comme ceux qu’empruntent les autobus 800 et 801. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre qu’une des règles de base en transport collectif est que tu installes un système structurant là où tu as beaucoup d’achalandage et où tu penses pouvoir développer rapidement.»

Selon lui, l’intégration du projet de tramway et de celui du troisième lien est impensable en raison du décalage d’au moins deux ans dans la préparation des deux projets.

Malgré la situation, il garde espoir d’une entente rapide. «On n’a pas atteint le point de non-retour», conclut-il.

Pas de compétence provinciale

«Ca m’a surpris et ça m’a choqué aussi un peu de voir que le gouvernement veut avancer dans un domaine qui n’est pas sa compétence.» Le directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, Marc-André Viau, considère que cette «ingérence» de la CAQ, va à l’encontre de la Loi 122 sur l’autonomie municipale qui reconnaît les municipalités comme gouvernement de proximité.

Mais surtout, souligne-t-il, le transport collectif est une compétence qui revient à la Communauté métropolitaine de Québec, parce qu’elle est l’instance qui réalise les schémas d’aménagement et les plans d’urbanisme. En somme, c’est elle qui a un plan d’ensemble pour savoir ce qui répond le mieux aux besoins de la population.

«L’argument sur le financement n’est pas valide. À ce compte, le fédéral pourrait dire qu’il fait aussi son tracé parce qu’il injecte de l’argent comme le provincial. Je pense que le ministère des Transports n’a pas les compétences de faire ça», conclut-il.